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Le débat sur le rôle du cholestérol et des gras dans la maladie cardiaque a fait couler (et fait encore couler) beaucoup d’encre.

Nous connaissons les arguments usuels qui nous ont été martelés comme des vérités depuis 50 ans, peut-être même plus: Les gras saturés et le cholestérol causent les maladies cardiaques. Nous devons donc limiter nos apports en gras saturés et en cholestérol et tenter de réduire notre taux de cholestérol.

Par contre, la science derrière ces affirmations érigées en dogmes n’est pas très solide, voire erronée (lisez aussi à ce sujet les articles https://www.jydionne.com/les-gras-satures-sont-ils-coupables/ et https://www.jydionne.com/la-guerre-au-cholesterol-et-aux-gras-satures/).

Traitement du cholestérol

En 2013, Aseem Malhotra, un cardiologue anglais, a écrit un article dans la revue British Medical Journal où il commente le rôle des gras saturés dans la prévention cardiaque et affirme que le cholestérol et son traitement ne sont pas aussi intéressants qu’on le prétend.(1) Il rapporte que, dans une grande étude d’observation sur 150 000 personnes utilisant des statines pour réduire leur taux de cholestérol, les effets secondaires ont causé un abandon de la médication chez près de 18% des patients.(2) Ce chiffre est loin, très loin au-dessus de ce que rapportent les études cliniques sur les statines. En outre, plusieurs professionnels de la santé ont tendance à minimiser les effets secondaires de ces médicaments.

Effets secondaires des statines

De nombreuses voix s’élèvent pour demander un peu plus de prudence avec ces médicaments, qui sont parmi les plus prescrits au monde. Katz et collaborateurs mentionnent qu’il faudrait porter attention aux 5 M (métabolisme, muscle, autres médicaments [interactions], effets sur les organes majeurs [notamment le foie] et mémoire) pour évaluer les effets secondaires et l’utilité de la prescription de statines. Les statines peuvent provoquer des effets suffisamment sérieux dans chacun de ces 5 M pour entrainer l’arrêt de la médication.

Indication des statines

L’indication même des statines est un sujet de controverse. En effet, on devrait réserver ces médicaments au traitement secondaire des maladies cardiaques, c’est-à-dire aux personnes qui ont déjà subi un infarctus ou un évènement cardiovasculaire. Pour bien comprendre ceci, il faut expliquer la notion de NNT (Number Needed to Treat) qui fait référence au nombre de patients qu’il faut traiter pour sauver un évènement cardiaque. En prévention primaire, donc chez des personnes ayant un taux de cholestérol élevé mais n’ayant pas fait d’infarctus, la prise de statines durant 5 ans: (4)

  • Ne sauve pas de vie;
  • Peut prévenir 1 crise cardiaque (infarctus) sur 60 utilisateurs;
  • Peut prévenir 1 AVC sur 268 utilisateurs;
  • Peut entrainer 1 cas de diabète sur 50 utilisateurs;
  • Peut causer 1 cas de dommages musculaires sur 10 utilisateurs.

Pas très reluisant comme portait.

Par contre, pour une personne ayant déjà fait un infarctus (prévention secondaire), alors les chiffres sont différents. La prise de statines durant 5 ans: (5)

  • Peut sauver une vie sur 83 utilisateurs;
  • Peut prévenir 1 crise cardiaque non fatale sur 39 utilisateurs;
  • Peut prévenir 1 AVC sur 125 utilisateurs;
  • Peut entrainer 1 cas de diabète sur 50 utilisateurs;
  • Peut causer 1 cas de dommages musculaires pour 10 utilisateurs.

Ce portrait est un peu mieux, mais les risques de diabète (1 sur 50) et de dommages musculaires (1 sur 10) nous forcent à réfléchir sur le rôle de ces médicaments et du cholestérol dans la maladie cardiaque.

Ce sont des chiffres comme ceux-ci qui poussent le cardiologue français Michel de Lorgeril (http://michel.delorgeril.info) a intervenir contre l’usage de ces médicaments et contre la notion que le cholestérol est «le grand coupable» de la maladie cardiaque. Dans ses différents livres (comme Cholestérol, mensonges et propagande http://www.thierrysouccar.com/sante/livre/cholesterol-mensonges-et-propagande-196), il s’attaque de front à cet usage.

Quelles sont les autres options?

Plusieurs approches ont fait leurs preuves pour réduire la maladie cardiaque et améliorer la qualité de vie. Je vous encourage à lire le blogue que publiait, en 2009, le Dr Martin Juneau, cardiologue à l’institut de Cardiologie de Montréal, où il explique les bénéfices majeurs d’outils simples: l’alimentation et l’exercice (http://www.docteurmartinjuneau.com/blog/articles/exercice_alimentation_maladie-2009-12-03.html). Ces 2 outils sont beaucoup plus efficaces que la médication: l’exercice réduit la mortalité de 30 à 45%; l’alimentation, à elle seule, est plus de 2 fois plus efficace que les statines (70% vs 30%) pour prévenir un second évènement cardiaque.

En 2013, le Dr Juneau répondait à un article du New York Times qui réclamait littéralement des statines pour tous. Le Dr Juneau démontre que les statines et l’approche préconisée par certains n’est, ni plus ni moins, qu’une prescription pour manger mal! (http://www.docteurmartinjuneau.com/blog/articles/actualitemedicalestatines-2013-12-06.html)

Je termine en citant un autre médecin, américain cette fois, qui écrit un témoignage dans le journal Archive of Internal Medicine. Le Dr Jonathan McDonagh rapporte qu’il prenait religieusement son médicament pour le cholestérol. Au fil du temps, il constate qu’il a de plus en plus de difficulté à maintenir son attention et que sa mémoire n’est plus la même. Il oublie même de renouveler ses statines! Curieusement, quelques jours après l’arrêt de sa médication, sa mémoire et son attention redeviennent normales. Une première fois, c’est peut-être le hasard… Il reprend donc des statines. Après quelques arrêts et reprises, il est cependant convaincu du lien de cause à effet. Il décide donc d’arrêter la prise de statines et de se passer des «bienfaits du médicament». Le titre de son article est évocateur: «Vous vivrez plus longtemps, mais vous n’aimerez peut-être pas ça» (You’ll Live Longer, but You Might Not Like It).(6)

Cesser ses médicaments?

Faut-il cesser ses médicaments? Non. Il faut d’abord en discuter ouvertement et prendre sa propre santé en main. Savez-vous ce que vous mangez? Faites-vous de l’activité physique, n’importe quelle activité, tous les jours? Quand on parle activité, on ne parle pas nécessairement gym. Un mode de vie actif implique des petites décisions et des petits gestes à tous les jours. Par exemple, devant la porte d’un édifice public, poussez-vous sur le bouton d’ouverture mécanique ou poussez-vous sur la porte? Ascenseur ou escalier? Automobile ou autre transport actif?

Vous avez la capacité de changer. Ces petits gestes ont un impact beaucoup plus important qu’on ne le croit généralement. Il faut décider de s’améliorer par de petites choses, et persister. Il ne faut surtout pas remettre sa destinée aveuglement dans les mains de quelqu’un d’autre (professionnel ou autre).

Joyeuses Fêtes et super santé, pour longtemps!

JYD

Autres articles connexes :
https://www.jydionne.com/medicaments-pour-le-cholesterol-et-coenzyme-q10-un-choix-logique/
https://www.jydionne.com/diminuer-le-risque-davc/
https://www.jydionne.com/de-la-veritable-prevention/
https://www.jydionne.com/des-vitamines-mon-coeur/
https://www.jydionne.com/encore-des-omegas-3/

Références:

  1. Malhotra A. Saturated fat is not the major issue. BMJ 2013;347:f6340 http://www.bmj.com/content/347/bmj.f6340.full
  2. Zhang H, Plutzky J, Skentzos S, Morrison F, Mar P, Shubina M, Turchin A. Discontinuation of statins in routine care settings: a cohort study. Ann Intern Med. 2013 Apr 2;158(7):526-34. doi: 10.7326/0003-4819-158-7-201304020-00004. PubMed PMID: 23546564; PubMed Central PMCID: PMC3692286. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3692286/
  3. Katz DH, Intwala SS, Stone NJ. Addressing statin adverse effects in the clinic: the 5 Ms. J Cardiovasc Pharmacol Ther. 2014 Nov;19(6):533-42. doi: 10.1177/1074248414529622. PubMed PMID: 24770611. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24770611
  4. Statin Drugs Given for 5 Years for Heart Disease Prevention (Without Known Heart Disease) http://www.thennt.com/nnt/statins-for-heart-disease-prevention-without-prior-heart-disease/
  5. Newman D. Statins given for 5 years for heart disease prevention (with known heart disease). NNT. http://www.thennt.com/nnt/statins-for-heart-disease-prevention-with-known-heart-disease/
  6. McDonagh J. Statin-Related Cognitive Impairment in the Real World You’ll Live Longer, but You Might Not Like It JAMA Intern Med. 2014;174(12):1889. doi:10.1001/jamainternmed.2014.5376. http://archinte.jamanetwork.com/article.aspx?articleID=1918928

Photo : Arnaud 25 (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

16 commentaires

  1. Merci Jean-Yves pour cet article sur un sujet toujours aussi intéressant et d’actualité. Effectivement, le livre du Dr. Michel de Lorgeril est une source indiscutable d’informations sur le sujet. J’ai par ailleurs compléter avec le livre des Drs. Stephen T Sinatra et Jonny Bowden ” Le Grand Mythe du Cholestérol”, ” La vérité sur les gras, les sucres, l’inflammation et les statines”. Ce livre est écrit dans un langage accessible à tous. On y apprend notamment le rôle du cholestérol dans le corps humain et ils font la différence entre les cholestérols LDL de type A et de type B, ce dernier étant celui à vraiment éliminer. Malheureusement, les tests sanguins n’en font pas la distinction alors ils proposent de plutôt suivre les résultats des triglycérides, les vrais marqueurs de l’inflammation à l’origine du processus qui mène à l’infarctus.
    Sous le suivi de notre médecin et les conseils d’une naturopathe, mon mari à cessé graduellement la prise de statines qui lui étaient prescrites depuis au moins 15 ans. Oui, son cholestérol a légèrement augmenté mais demeure tout de même à l’intérieur des anciens paramètres ( avant qu’on les baisse pour vendre plus de pilules ! ). Curieusement, sa glycémie est redevenue normale sans qu’on change vraiment nos habitudes alimentaires puisque nous suivons du mieux qu’on le peut le régime hypotoxique ( Jacqueline Lagacée ) depuis près de 3 ans. Tiens tiens, Est-ce que tous ces problèmes pouvaient être causés par les fameuses statines ???? …J’espère que ce témoignage encouragera d’autres personne à se prendre en main et à en discuter avec leur médecin. Fini la médecin passive ! Et comme vous le dites si bien, Objectif 2015 : bouger plus !

    1. Merci pour ce témoignage Hélène.
      Oui, les effets secondaires sont souvent pires que le problème lui-même, surtout quand le “problème” n’est qu’une valeur statistique.
      Santé!

  2. Comme d’habitude tes articles sont d’excellentes sources d’information et très bien documentées. Aujourd’hui, non seulement le manque d’exercice et la malbouffe sont responsables des maladies cardiaques : l’électrosmog a une très forte influence. Nos écoles primaires se dotent des défibrillateurs cardiaques sans réfléchir de ce nouveau phénomène depuis l’installation du Wi-Fi. Les nouveaux compteurs, qui sont une source constante de micro-ondes (entre 9600 et 190 000 ondes pulsées par jour) sont en train de rendre plusieurs malades, incluant des problèmes cardiaques : palpitations, arythmie, pression artérielle basse ou élevée, rythme cardiaque rapide ou lent, l’essoufflement. Les gens qui veulent se défaire de leur compteur « intelligent » à moindres frais peuvent le faire avant le 5 janvier 2015. Pour plus d’info : http://basseslaurentidesrefuse.com/2014/12/21/choisir-loption-de-retrait-avant-le-5-janvier-2015/
    Bonne année et surtout santé

  3. Merci Jean-Yves, Merci Dr Lorgeril, Merci maman.

    Si ma maman n’avait pas été malade et si elle n’avait pas une confiance naïve en la médecine et aux médecins, j’aurais moins passé de temps à m’informer.

    Il y a quelques temps que j’ai commencé des recherches au sujet des statines. Ils font parti de ma liste des médicaments que je ne prendrai sous aucun prétexte. Si comme femme, si comme femme de plus de 50 ans, je n’en ai pas eu besoin à date, il y a 0% de chance que ces produits me fasse quelques bienfaits que ce soit.

    Plus je lis, plus je m’informe et plus je doute des “mirages”. Les certitudes d’autrefois sont déboulonnées. Au dernières nouvelles, le cholestérol serait même protecteur contre le cancer, le beurre contre le diabète. Le sucre raffiné et non le sel est le pire ennemi des hypertendus. Les femmes ménopausées ont une meilleure qualité de vie avec l’hormonothérapie (idéalement bio-identique) que sans, et ce jusqu’à 10 ans, à la condition de ne pas attendre 10 ans comme dans la fameuse étude WHI. Les régimes faibles en gras ne font plus autant maigrir que ceux faibles en glucides. L’association calcium et vitamine D, n’est plus la meilleure garanti d’avoir des os solides, mais, exercices, musculation et mélatonie (bon sommeil) seraient plus efficace. Que dire des Fosamax et autres bisphosphonates? Depuis 2 ans, tous les refrains santé du passé ont été remis en doute et n’ont pas résisté à leur remise en question.

    Ce qui est toujours vrai cependant, c’est que les fameuses bonnes habitudes de vie, exercice et aliments sains sont encore les meilleures garanties de vivre en santé. J’évite comme la peste tous les produits industriels.

    1. Oui, merci Danie pour ces informations. Je remets bien des choses en question avec les statines. Je commence à comprendre pourquoi j’ai tant de difficulté à me bouger et pourquoi c’est le “free for all” dans ma tête au niveau de ma mémoire.
      Vous terminez en disant que exercice et aliments sains sont les meilleures garanties de vivre en santé, bien d’accord. Mais les aliments sont maintenant tellement transformés, ça fait peur et on vient qu’on ne sait plus à qui ni à quoi on peut faire confiance quand on commence vraiment à s’y intéresser sérieusement. J’ai l’impression d’être dans une jungle, sans GPS.

      1. Bonjour Danielle
        Le premier outil pour se retrouver dans les aliments est : plus les aliments sont bruts et complets, meilleurs ils sont. Plus vous cuisinez, plus vous avez le contrôle sur ce que vous mangez.
        Santé!

  4. allo JY

    merci pour ces clarifications, mais je vais t’amener sur un autre sujet, car là aussi ce qu’on disait et ce qu’on dit maintenant laisse perplexe. Je suis allée sur ton site pour voir si tu avais déjà écrit un article sur les déodorants et les effets de l’aluminium sur le cancer du sein, mais je n’ai rien trouvé. Depuis une quinzaine d’années ayant entendue parler du chlorhydrate d’aluminium dans les déodorants, et après plusieurs recherches, je décide donc d’opter pour le déodorant avec les sels minéraux connu sous l’appellation “déodoroche”. Il y a surement d’autres compagnies qui en vendent. Or en lisant un blogue du fameux nom de plume de “Jean-Marc Dupuis” où il dit que les sels d’alun ne sont pas mieux et qu’eux aussi contiennent de l’aluminium, je suis abasourdie. Sur les sites web, c’est la confusion totale, certains disent que c’est sans danger, d’autres que c’est nocif. La compagnie où j’achète ce produit me dit que la molécule dans ce bloc minéral est plus grosse et n’entre pas dans la peau, elle ne fait qu’enlever les odeurs. De quoi en perdre son latin. Alors je te pose la question : Y a-t-il un site considéré comme sérieux ou une recherche sérieuse sur le sujet. Et aussi quelle est ton opinion à ce sujet ? Voilà ! Bon 30 décembre. Je vais attendre en janvier pour te souhaite la bonne année !!!

  5. Il y a cette émission Club Science publique: “Le ventre est-il notre second cerveau ?” sur France Culture
    avec Fabrizia Stavru, chargée de recherche CNRS, elle travaille au sein de l’Unité des interactions Bactéries-Cellules, dirigée par Mme Pascale Cossart à l’Institut Pasteur. Ces travaux portent sur les effet de l’infection par la bactérie Listeria monocytogenes sur les mitochondries de la cellule hôte.
    Aude Bernheim, ingenieure des Ponts Eaux et Forêts, doctorante à l’Institut Pasteur
    Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, à l’Agro Paris-Tech et à Sciences Po, que j’ai adoré :
    http://www.franceculture.fr/emission-science-publique-club-science-publique-le-ventre-est-il-notre-second-cerveau-2014-12-19
    C’est mon cadeau de Noël, j’espère qu’elle vous plaira.

  6. Merci, merci, et merci encore pour vos articles.
    Je vous souhaite une excellente fin d’année et plein d’énergie pour une bonne continuation en 2015.
    Oui, mes voeux sont intéressés, j’aimerais vous lire en 2015 et au-delà.

  7. Merci,
    Bonne Année aussi, Santé et Bonheur !

    je suis encore sans voix, 12e journée, ça devrait se terminer j’espère… j’ai l’impression de perdre des forces… le soleil et le pelletage qui s’annoncent devraient aider, en tout cas, pas de magasinage et toutes invitations chez moi et ailleurs sont reportées, won janvier sera occupé…. 😉

    Bonne fin et début d’Année !!!

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