LumièreQuand on donne à des souris, animaux nocturnes, accès à la nourriture uniquement durant les heures de lumière, elles deviennent plus grosses que leur congénères nourries normalement durant les heures de noirceur.(1) De même, lorsqu’on laisse une source de lumière durant la nuit, même à faible intensité, les souris mangent plus et sont plus grosses que celles qui vivent dans une alternance nuit-noirceur/jour-lumière normale. Dans un environnement normal, les souris mangent la très grande majorité de leurs aliments la nuit. Par contre, celles qui vivent avec une nuit claire mangent tout le temps et consomment jusqu’à 55% de leurs aliments le jour.(2)

Une société d’insomniaques

Durant les dernières décennies, nos heures de sommeil ont été graduellement amputées. L’arrivée de la lumière électrique dans nos foyers, presque aussi puissante que celle du jour, nous a permis d’occuper nos soirées. Plus récemment, les médias électroniques ont continué l’érosion de notre période de noirceur. Au début, ce fut la télévision, avec sa capacité à monopoliser l’attention et son horaire fixe, qui a normalisé l’heure du coucher en la reportant après l’heure des nouvelles (ou du Late show, selon l’intérêt). Ensuite, l’apparition des ordinateurs et télévisions dans la chambre à coucher a continué de sabrer dans nos nuits. S’ajoutent à cela les écrans allumés, les réveils lumineux, les divers émetteurs de champs électromagnétiques comme les WIFI, et notre pauvre nuit est de moins en moins réparatrice.

Un rythme perturbé

La réduction des heures de sommeil et l’augmentation de la période de lumière et des sources de distraction perturbent la chronobiologie. Ainsi, ce qui était programmé par le rythme circadien (jour/nuit) est maintenant déséquilibré.

Selon Garaulet et ses collaborateurs, l’homéostasie (équilibre interne; concept définit par Claude Bernard au début du 20e siècle; voir la définition du CEGEP de St-Jérôme) est perturbée parce que, chez tous les mammifères, elle dépend des stimulus: alternance lumière/noirceur, interactions sociales, activité physique et nourriture. Ces stimulus sont gérés par le cerveau et les principaux organes (comme les reins, le foie et le cœur) qui communiquent entre eux via les systèmes endocriniens (hormones), les systèmes nerveux sympathique et parasympathique, ainsi que par un complexe réseau de messagers d’inflammation. L’intégration de ces stimulus par le corps produit des effets observables: l’alternance éveil/sommeil, les activités locomotrices, les rythmes endocriniens, les variations de la température corporelle, le rythme cardiaque et la prise de nourriture.

Lorsque le rythme des stimulus est brisé, les réponses biologiques se dérèglent:(3) la recherche de nourriture est altérée et la réponse métabolique à cette nourriture l’est également. Il se crée donc un cercle vicieux: plus les nuits sont écourtées, plus les rythmes circadiens sont affectés, plus nous recherchons de la nourriture à des heures où nous devrions normalement nous reposer, perturbant  encore plus le rythme des stimulus et notre réponse métabolique. Finalement, plutôt que de dépenser l’énergie consommée, notre métabolisme l’engrange et nous engraissons.

Les conséquences de ces perturbations sont nombreuses, le gain de poids n’étant que la première. Le syndrome métabolique/diabète, l’augmentation des cancers, des maladies cardiovasculaires et des troubles de l’humeur ainsi que les pertes cognitives peuvent tous être reliés à des perturbations du rythme circadien.(3,4)

Il devient donc primordial de porter une attention particulière à notre sommeil et à la qualité et durée de la noirceur si on veut atteindre et maintenir notre poids santé et préserver notre santé.

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Références:

  1. Arble DM, Bass J, Laposky AD, Vitaterna MH, Turek FW. Circadian timing of food intake contributes to weight gain. Obesity (Silver Spring). 2009 Nov;17(11):2100-2. PubMed PMID: 19730426.
  2. Fonken LK, Workman JL, Walton JC, Weil ZM, Morris JS, Haim A, Nelson RJ. Light at night increases body mass by shifting the time of food intake. Proc Natl Acad  Sci U S A. 2010 Oct 26;107(43):18664-9. PubMed PMID: 20937863;  PubMed Central PMCID: PMC2972983.  (texte complet gratuit)
  3. Garaulet M, Ordovás JM, Madrid JA. The chronobiology, etiology and pathophysiology of obesity. Int J Obes (Lond). 2010 Dec;34(12):1667-83. Review. PubMed PMID: 20567242.
  4. Bass J, Takahashi JS. Circadian integration of metabolism and energetics. Science. 2010 Dec 3;330(6009):1349-54. Review. PubMed PMID: 21127246.

Photo : Christian Pelant

8 commentaires

  1. Merci pour ce rappel historique qui élargit le regard et facilite une observation et une explication plus justes de la réalité actuelle! Nous ne sommes jamais trop «bien» informés!

    Hélène
    Québec

    1. Bonjour Jean,
      Très bonne question. Ce n’est pas idéal, mais comme notre vie est désordonné, et en particulier celle des personnes travaillant selon des horaires atypiques comme les travailleurs de nuit, alors c’est la réponse pour eux. Dans une société qui ne dort pas, certains doivent se taper le travail de nuit.
      Santé!

    1. Bonjour Richard,
      Je vous propose de consulter les articles Dormir comme un loir. et les suivants. Il serait important de corriger l’environnement de votre chambre à coucher. Simple à dire, difficile à faire, mais très souvent de simples changements dans l’environnement améliorent grandement la qualité du sommeil.

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