La mauvaise presse sur les produits de santé naturels est devenue chose courante, et les omégas 3 sont des cibles de choix. On sait, grâce à plusieurs études bien faites, que les omégas 3 à chaine longue (AEP et ADH) diminuent l’inflammation, aident contre l’hypertension et apportent des bénéfices cardiovasculaires connus.1,2,3

Démontrer l’inefficacité…

Le 27 aout dernier, le journal La Presse titre pourtant : « Diabète: une étude démontre l’inefficacité des oméga-3 » 4 en reprenant le communiqué de l’agence France Presse. Il faut bien avouer que le titre est accrocheur : « démontre l’inefficacité. » Par contre, en recherche, prouver une inefficacité est un oxymore. C’est impossible. Au mieux, on devrait lire que, dans ce groupe de personnes, dans cette situation-ci, le produit n’a pas montré l’effet attendu. C’est ce que les chercheurs appellent les limitations de l’étude. Avouer que ça ne fait pas un titre accrocheur…

Ceci dit, regardons ce que l’étude ASCEND 5, à l’origine de cet article, dit vraiment.

“Effects of n−3 Fatty Acid Supplements in Diabetes Mellitus”

(Effets des suppléments d’acides gras omégas 3 dans le diabète)

Cette étude a porté sur 15 480 participants souffrant de diabète et d’artériosclérose. Avouez que ce nombre est impressionnant! La durée moyenne de l’étude a été de 7,4 ans, donc suffisamment longtemps pour pouvoir constater un effet.

Quand on sait que le budget de l’étude est fonction du nombre de participants et de la durée… Il a dû être énorme!

Les participants ont reçu soit des capsules contenant 840mg d’omégas 3 (460mg AEP & 380mg ADH) ou, comme placébo, des capsules d’huile d’olive.

Le diabète étant une des causes principales de maladie cardiaque, les deux mesures principales de l’étude (outcome) étaient le nombre d’évènements cardiaques sérieux et le nombre de morts. On n’a donc pas directement mesuré l’impact des omégas 3 sur le diabète, mais bien sur certaines conséquences du diabète.

Les chercheurs n’ont pas trouvé de différence significative entre les 2 groupes. Pourtant, le nombre de participants est suffisant, la méthodologie irréprochable, et on ne trouve pas de conflit d’intérêt apparent. Alors pourquoi cette étude arrive-t-elle avec des résultats qui vont à l’opposé d’études comme GISSI (étude italienne qui a montré des réductions de mortalité de l’ordre de 9%)?6

Question de placébo

L’utilisation de l’huile d’olive comme placébo est curieuse. En effet, l’huile d’olive n’est pas inerte. Au contraire, on sait qu’elle est bénéfique pour le cœur. Le choix d’une huile de maïs ou de tournesol aurait été plus intéressant puisque ces huiles ne sont ni bénéfiques, ni mauvaises pour le cœur. Donc, ces huiles végétales, très présentes dans l’alimentation, auraient été de meilleurs placébos.

Question de taux sanguin

La principale lacune de cette étude se trouve dans l’absence d’un paramètre très important: le taux sanguin d’omégas 3.

Même si un effort a été fait pour évaluer les apports en omégas 3 des participants avant l’étude, rien n’est fait pour mesurer leur taux sanguin. Il est donc tout à fait plausible que des participants du groupe huile d’olive aient consommé des omégas 3 dans leur alimentation (poisson et autres) et qu’ils aient eu des taux sanguins égaux ou supérieurs à ceux du groupe huile de poisson. Comme la réponse au traitement est fonction du taux sanguin, on peut se demander si les chercheurs ont réellement comparé des groupes avec des taux sanguin différents. Sans cette variable, il est impossible d’interpréter les résultats.

Index oméga 3, marqueur du risque cardiovasculaire

L’index oméga 3 (développé par William S Harris et Clemens Von Schacky 7) est le calcul de la proportion d’omégas 3 à chaine longue dans la membrane des globules rouges. Cet index est le marqueur le plus fidèle pour déterminer vos risques cardiovasculaires. Pourtant, il ne s’est jamais répandu dans les laboratoires, pour la simple raison qu’il est couteux et demande beaucoup de manipulations.

Une compilation récente d’études montre qu’en augmentant le taux d’omégas 3 dans les globules rouges depuis < 4% (taux fréquent dans nos sociétés) jusqu’à > 8%, on réduit le risque de maladies cardiaques de 30%.8

Pour atteindre ce taux d’omégas 3, il faut en consommer passablement et de toutes sortes (poissons, végétaux [lin, chia, etc.] et suppléments). Il faut aussi penser à restreindre les sources d’omégas 6 (viandes rouges d’élevage industriel, maïs, tournesol, etc.).

Question de dose

La dose d’omégas 3 donnée aux participants de cette étude peut aussi ne pas être suffisante. Si ces nutriments étaient en carence dans cette population, on doit présumer que la dose nécessaire pour corriger ou renverser la carence doit être plus grande qu’un apport alimentaire. Notez bien que si, au contraire, les participants n’avaient pas de carence en omégas 3, alors il est tout à fait normal qu’un supplément à dose alimentaire n’ait pas d’effet.

Plusieurs chercheurs postulent que les doses nécessaires pour contrer les méfaits d’une carence doivent être beaucoup plus élevées que le 840mg utilisé dans cette étude. Dr Barry Sears, auteur de la série de livres « The Zone Diet », mentionne des dosages de l’ordre de 2500 mg (AEP+ADH) pour aider à résoudre des problèmes inflammatoires (liés, entre autres, aux maladies cardiovasculaires).9

Encore des études négatives

Au début de l’année 2017, une immense méta-analyse (compilation d’études déjà publiées avec une nouvelle analyse mathématique des données combinées) arrive aussi à des résultats négatifs. Cette méta-analyse incorpore 10 études comportant 77 milles participants avec une durée moyenne de 4,4 ans.10 Encore ici, à première vue, rien à dire. La méthode est bonne, sauf que…

Un des critères de sélection pour inclure ou non les études est le nombre de personnes: les études devaient contenir un minimum de 500 personnes. Pour un médicament, on peut comprendre. Pour un nutriment comme les omégas 3, il n’y a pas de logique. Von Schacky (un des 2 créateurs de l’index oméga 3) a critiqué cette publication.11 Voici ses principaux commentaires:

  • Aucune des études répertoriées n’a mesuré le taux d’omégas 3.
  • Les doses utilisées varient par un facteur de 13, depuis le ridiculement petit jusqu’à des doses significatives.
  • Dans plusieurs études, les participants prenaient 1 capsule le matin, au déjeuner. Ce repas n’étant pas très riche en lipides dans plusieurs cultures, l’absorption des omégas 3 s’en trouve réduite.
  • Plusieurs études positives n’ont pas été incluses à cause du critère de nombre de participants.

On constate ainsi, qu’avec une apparence de méthodologie correcte, on peut faire dire pas mal ce qu’on veut à ces grandes méta-analyses. Il suffit de d’utiliser des critères de sélection qui favorisent l’hypothèse désirée. Je ne dis pas que toutes les méta-analyses sont biaisées, mais lorsqu’il s’agit de nutriments (par opposition aux médicaments, dont on sait qu’ils ne sont pas présents si les participants n’en prennent pas), il est si facile ne pas inclure les études positives…

Si je devais un jour piloter une méta-analyse sur un nutriment, mon premier critère d’inclusion serait la mesure du taux sanguin de ce nutriment au départ, et à chaque fois que des résultats sont mesurés.

Et des études positives

En terminant, la controverse étant le propre de la science, 2 autres méta-analyses arrivent à la conclusion que les omégas 3 devraient être considérés comme outil de prévention cardiovasculaire.12,13 Curieusement, ces deux publications n’ont pas fait la manchette…

Une autre méta-analyses, toute récente, s’est penchée sur le dosage. Les auteurs mentionnent eux aussi que les publications négatives répertorient des études avec des dosages trop faibles, en deçà de 1000 mg par jour (comme l’étude ASCEND). Selon les auteurs, les doses significatives commencent à 2000 mg d’omégas 3 (AEP+ADH) par jour.14

Je ne sais pas pour vous, mais je vais personnellement continuer à prendre et à recommander des omégas 3.

Santé!

Références

  1. Les oméga-3 aident à traiter l’hypertension http://www.extenso.org/article/les-omega-3-aident-a-traiter-l-hypertension/
  2. https://www.jydionne.com/les-omegas-3-nauraient-pas-deffet-protecteur-cardiaque/
  3. https://www.jydionne.com/les-omegas-3-remplissent-ils-leurs-promesses/
  4. Diabète: une étude démontre l’inefficacité des oméga-3. Publié le 27 août 2018. http://www.lapresse.ca/vivre/sante/201808/27/01-5194392-diabete-une-etude-demontre-linefficacite-des-omega-3.php
  5. ASCEND Study Collaborative Group. Effects of n-3 Fatty Acid Supplements in Diabetes Mellitus. N Engl J Med. 2018 Aug 26. doi: 10.1056/NEJMoa1804989. [Epub ahead of print] PubMed PMID: 30146932. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1804989
  6. Gissi-HF Investigators, Tavazzi L, Maggioni AP, Marchioli R, et al. Effect of n-3 polyunsaturated fatty acids in patients with chronic heart failure (the GISSI-HF trial): a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet. 2008 Oct 4;372(9645):1223-30. PubMed PMID: 18757090. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18757090
  7. von Schacky C, Harris WS. Cardiovascular risk and the omega-3 index. J Cardiovasc Med (Hagerstown). 2007 Sep;8 Suppl 1:S46-9. Review. PubMed PMID: 17876200. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17876200
  8. Harris WS, Del Gobbo L, Tintle NL. The Omega-3 Index and relative risk for coronary heart disease mortality: Estimation from 10 cohort studies. Atherosclerosis. 2017 Jul;262:51-54. doi: 10.1016/j.atherosclerosis.2017.05.007. PubMed PMID: 28511049. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28511049
  9. http://www.drsears.com/anti-inflammatory-nutrition/high-dose-omega-3-fatty-acids/
  10. Aung T, Halsey J, Kromhout D, et al; Omega-3 Treatment Trialists’ Collaboration. Associations of Omega-3 Fatty Acid Supplement Use With Cardiovascular Disease Risks: Meta-analysis of 10 Trials Involving 77 917 Individuals. JAMA Cardiol. 2018 Mar 1;3(3):225-234. doi: 10.1001/jamacardio.2017.5205. PubMed PMID: 29387889; PubMed Central PMCID: PMC5885893. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5885893/
  11. von Schacky C. Rebuttal to Aung et al, “Associations of Omega-3 Fatty Acid Supplement Use With Cardiovascular Disease Risks: Meta-analysis of 10 Trials Involving 77 917 Individuals”. Altern Ther Health Med. 2018 Mar;24(2):8-9. PubMed PMID: 29859508. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29859508
  12. Alexander DD, Miller PE, Van Elswyk ME, Kuratko CN, Bylsma LC. A Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials and Prospective Cohort Studies of Eicosapentaenoic and Docosahexaenoic Long-Chain Omega-3 Fatty Acids and Coronary Heart Disease Risk. Mayo Clin Proc. 2017 Jan;92(1):15-29. doi: 10.1016/j.mayocp.2016.10.018. Review. PubMed PMID: 28062061. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0025619616306814
  13. Marik PE, Varon J. Omega-3 dietary supplements and the risk of cardiovascular events: a systematic review. Clin Cardiol. 2009 Jul;32(7):365-72. doi: 10.1002/clc.20604. Review. PubMed PMID: 19609891. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19609891
  14. Tenenbaum A, Fisman EZ. Omega-3 polyunsaturated fatty acids supplementation in patients with diabetes and cardiovascular disease risk: does dose really matter? Cardiovasc Diabetol. 2018 Aug 28;17(1):119. doi: 10.1186/s12933-018-0766-0. PubMed PMID: 30153832; PubMed Central PMCID: PMC6112138. https://cardiab.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12933-018-0766-0

14 commentaires

  1. Merci pour cette analyse rigoureuse sur ces études. En effet, elles sont souvent contradictoires et il est difficile de déceler celle qui biaise.
    Concernant les omega 3 mais dans un but plutôt anti dépresseur, reste t-on sur les mêmes doses quotidiennes?

    1. Bonjour Louis
      En fait la dose pour les troubles de l’humeur est : 1000 à 2000 mg de EPA et très peu de DHA. C’est la seule indication ou le ratio des EPA/SHA importe.
      Santé!

  2. Quand je vois des études dénigrant les produits naturels j’essaie toujours de voir qui est le commanditaire secret de cette étude. Celle-ci a été reportée dans France Presse et actuellement la France fait une chasse aux sorcières dans les médecines douces. Donc ca ne m’étonne pas. De plus pour moi les études valent ce qu’on veut bien leur faire dire car effectivement ca dépend toujours comment elles sont menées et quelle est la quantité de produit naturel utilisé ainsi que sa qualité. Je me rappelle encore de celle dénigrant l’échinacea.

    1. Merci Louise
      Ça très vrai et en particulier pour les plantes médicinales où la fabrication de l’extrait peut nous donner n’importe quoi quand elle est effectuée “au laboratoire”
      Santé!

  3. Je prends des omégas-3 (Ω3) depuis plus de 24, j’ai 68 ans et ne prend aucune médication. Peut-être juste un peu de poids en surplus donc pas un super athlète.
    Le fait de manger du poisson riche en (Ω3) apporte de nombreux bénéfices, on le sait depuis déjà un bon bout de temps. Et peut-être vous demandez-vous, comme moi, si un jour on ne découvrira pas quelque chose de négatif à propos du poisson? Ah oui, tantôt on va nous dire que les Ω3 que l’on retrouve dans l’Huile de krill ne servent à rien!
    Eh bien, ce n’est pas encore le cas, car une étude publiée récemment dans le Journal of the American Medical Association a démontré que, parmi les hommes atteints d’une maladie coronarienne stable, ceux avec le taux le plus élevé Ω3 dans le sang affichaient les télomères les plus longs, d’après une évaluation faite au début de l’étude et 5 ans plus tard. Ce qui veut dire que manger du poisson ou prendre des suppléments d’oméga-3 peut nous garder jeunes plus longtemps.
    Je ne suis pas convaincu qu’il n’y a pas un agenda caché derrière ces études. Je suis enclin de croire des personnes comme Barry Sears, David Perlmutter, Dr. Louis Ignarro professeur émérite et gagnant du Prix Nobel e la Médecine et Physiologie qui vante les mérites et même les valident les Ω3. Et aussi l’huile de Krill.
    Merci de bien veiller à l’information et de bien faire la part des choses.

    1. Bonjour Louise
      pas de danger avec les statines mais l’aspirine, il y a peut-être une augmentation de l’effet anticoagulant/antiplaquettaires de l’aspirine 80mg. Attention seulement aux hauts dosages (3000mg et plus) et surveillez si, par exemple, vous saignez du nez, cessez les oméga 3 pour un temps et une fois résorbé, ne prenez que la moitié de la dose que vous preniez.
      Santé!

  4. Tel qu’indiqué dans le texte BARRY SEARS a écrit sur la question dans son ouvrage THE OMEGA 3 RX ZONE. Il s’agit d’un individu qualifié et effectivement sa série de volume sur le régime THE ZONE s’avère très intéressant.

  5. Merci Jean-Yves pour décortiquer cette étude… nous n’avons pas besoin de le faire car c’est fastidieux.
    Rechercher les failles des études l’est encore plus.
    Il y aura toujours des “études de paille” pour contredire les bénéfices soit des oméga-3, soit des probiotiques , etc…
    Il y aussi des “chercheurs de paille” qui viennent vanter les bienfaits des OGMs et qui sont à la solde des multinationales… À ce sujet, voir le site du Dr D. Perlmutter.
    J’aimerais aussi que tu commentes l’étude de Weizman sur les probiotiques paru dans la Presse la semaine dernière ou celle avant… on le savait déjà que les bactéries sont des visiteuses, des touristes mais quand elles passent ou visitent, elles font du bien et interagissent avec le système immunitaire du “cerveau inférieur” qu’est l’intestin.
    Vous êtes un site de référence crédible! Merci!

  6. Merci beaucoup pour cette mise au point. Je prends des Omégas 3 depuis des années et je suis heureuse de savoir que je n’ai pas perdu mon argent! Très contente de vous lire, vous vous faites trop rare!

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