Personnellement, quand je mange gras, mon appétit diminue. Mais bon, des chercheurs ont « prouvé » le contraire…1

Le magazine Science et Avenir a d’ailleurs rapporté leurs résultats sous le titre : Obésité : les aliments gras inhibent la sensation de satiété.2

Des souris et des hommes

L’article semble bien informatif. On y explique l’effet d’une enzyme du système digestif (la NAPE-LD) qui joue un rôle important pour la sensation de satiété. Elle transforme les gras en d’autres substances qui agissent sur l’appétit. Ce n’est qu’au 4e paragraphe qu’on apprend que l’étude est faite… sur des souris. Et pas n’importe quelles souris non plus. On les a génétiquement modifiées pour leur enlever l’enzyme NAPE-LD.

Devons-nous donc être surpris que des souris ainsi modifiées et soumises à une diète riche en gras mangent plus et grossissent plus que des souris non modifiées? Franchement, c’était à prévoir. On a bloqué une cascade métabolique qui sert à limiter leur apport alimentaire.

Question de métabolisme

De plus, le métabolisme des rongeurs est très différent de celui des humains. Par exemple, on peut facilement induire un foie gras chez des souris en leur faisant manger du gras. Chez l’humain, pour obtenir ce résultat, il faut que le gras soit accompagné de beaucoup de sucre (en fait, il faut surtout beaucoup de sucre).

En effet, le sucre (surtout le fructose) est le principal responsable du foie gras chez l’humain (stéatose hépatique non alcoolique). Chez le rongeur, une diète sucrée le fait engraisser, mais son foie n’est pas ou très peu altéré.

Les recherches futures confirmeront-elles l’hypothèse que les aliments gras inhibent la sensation de satiété (donc augmentent l’appétit) chez l’humain? J’en doute fort.

Les modulateurs de l’appétit

Dans le corps humain, plusieurs substances jouent un rôle dans la modulation de l’appétit. Eh oui, les gras et les glucides influencent fortement plusieurs de ces modulateurs.

  • L’insuline est générée par le pancréas lors de l’ingestion de glucides (farines, féculents et sucres). Si elle est trop élevée, elle peut causer de l’hypoglycémie et une faim insatiable. L’insuline augmente l’appétit.
  • La sérotonine (dans le système digestif) est stimulée entre autres par les gras. Elle améliore la sensation de satiété et le plaisir de manger. La sérotonine diminue la faim.
  • La CCK est sécrétée par le duodénum en présence de gras et signale au cerveau et à l’estomac d’arrêter de manger (donc elle diminue l’appétit). Elle provoque aussi la vidange de la vésicule biliaire et aide donc à mieux digérer les gras.
  • Certains additifs sont aussi connus pour altérer la perception de la satiété, comme le fameux MSG (glutamate monosodique).
  • Etc.

Conclusion

L’étude d’Everard et collaborateurs nous renseigne sur le mécanisme de l’enzyme NAPE-LD, ce qui est fort intéressant. Le problème, ce sont les conclusions qu’on en tire. Cette étude n’a rien à voir avec nous, humains, ou avec « la graisse [qui] appelle la graisse ».

Bref, les grands titres des articles n’ont pas toujours rapport avec la science sur laquelle ils se basent. Et c’est bien dommage car ça entretient la confusion et ça nous empêche de prendre des décisions informées sur notre santé.

Pour mieux comprendre les effets des gras et leurs rôles dans la prise de poids en particulier et dans la santé en général, je vous recommande mes Concentrés de santé suivants :

Ces articles pourraient également vous intéresser:

Références

  1. Everard A, Plovier H, Rastelli M et al.Intestinal epithelial N-acylphosphatidylethanolamine phospholipase D links dietary fat to metabolic adaptations in obesity and steatosis. Nat Commun 10457 (2019). https://doi.org/10.1038/s41467-018-08051-7 https://www.nature.com/articles/s41467-018-08051-7
  2. Obésité : les aliments gras inhibent la sensation de satiété – Sciences et Avenir. https://www.sciencesetavenir.fr/sante/obesite-les-aliments-gras-inhibent-la-sensation-de-satiete_131130

Image par DRIDI BENACHER de Pixabay

2 commentaires

  1. Bonjour monsieur Dionne,
    Merci pour tous vos efforts remarquables visant à nous renseigner le plus honnêtement possible sur les questions de santé et de nutrition.
    Si vous le permettez, il y a un sujet sur lequel il serait urgent de mieux informer la population et de susciter une remise en question dans le monde médical et de l’alimentation.
    Selon la journaliste d’enquête Nina Teicholz (The Big Fat Surprise), à peu près tout ce qu’on nous a dit sur les gras alimentaire depuis 50 ans est faux. Les recommandations alimentaires faites par les autorités américaines on joué un rôle primordial dans la dégradation de la santé des populations à l’échelle mondiale.
    Nina Teicholz est probablement la personne la mieux documentée sur la planète pour parler de ce sujet. Elle a révisé des milliers de recherches et publications et fait des centaines d’entrevue avec les experts les plus pertinents. Son enquête a durée 9 ans.
    L’hypothèse des lipides et la question du cholestérol ( The diet heart hypothesis promue par Ancel Keys ) s’avère non fondée. Son livre retrace dans le détail l’historique de cette saga. Selon le chercheur Georges Mann qui a travaillé à la fameuse étude de Framingham, il s’agit de “la plus grande arnaque médicale du vingtième siècle”. Vous pouvez vous faire une petite idée en visionnant sur YouTube une conférence de Nina Teicholz: Big Fat Nutrition Policy, 1:20:19 il y a deux ans.
    Si vous pensez vous investir sur le sujet, pourriez-vous me le faire savoir.
    Bonne suite dans votre travail essentiel.

    1. Bonjour Jean-Yves, merci pour cet article, comme toujours, c’est super intéressant.
      Comme vous dites justement :
      “Et c’est bien dommage car ça entretient la confusion et ça nous empêche de prendre des décisions informées sur notre santé.”
      (Désolée, ici ça n’a rien avoir)
      Mais si je fais un parallèle avec la campagne “Vaccin anti-Covid 19”, comment encore faire confiance à un manque de transparence ? On aimerait les croire mais . . . Il y a le Big Pharma, les Souris et les Hommes Comme le scandale des statines et d’autres . . .

      Et pour les graisses, évitons les produits transformés. Vive l’huile d’olive bio.

      Cordialement ,

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