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Le raccourcissement des heures d’ensoleillement annonce la saison des voyages dans le Sud! Les grands courtiers de voyages y vont de leurs annonces les plus aguichantes. Ces voyages peuvent être d’extraordinaires occasions de se reposer et de faire le plein de vitamine soleil, mais attention à la vengeance de Montezuma*! Passer ses vacances dans une chambre avec la turista comme compagnon n’est ni plaisant, ni des plus revitalisant! Voici donc quelques conseils pour vous permettre d’échapper à cette diarrhée du voyageur!

Les causes

Malgré tout l’inconfort et les désagréments qu’elle provoque, la diarrhée du voyageur est généralement bénigne et se guérit d’elle-même. Dans bien des cas, elle n’est associée à aucun agent pathogène ou infectieux. Cette diarrhée découle très souvent d’un réflexe d’adaptation à un environnement nouveau, à des aliments radicalement différents (comme les piments forts), et à une eau qui n’est pas aseptisée comme celle à laquelle notre système digestif est habitué. Dans quelques cas, la diarrhée peut être due à un agent infectieux comme un E. coli, une Shigella ou même un parasite. D’ailleurs, en présence de fièvre ou si les symptômes de turista persistent plus de quelques jours, il faut consulter.

Les conseils d’usage

Santé Canada nous offre toute une panoplie de conseils d’usage pour la prévention de la turista: des précautions alimentaires et recommandations d’hygiène qui sont bien résumées par ce vieil adage anglais: «Boil it, cook it, peel it or forget it» (Fais-le bouillir, cuis-le, pèle-le, ou oublie-le !).(1) Par contre, en portant un regard critique sur la science qui sous-tend ces conseils, on est sévèrement déçu. Sur les 8 études publiées à ce sujet, 7 ont donné des résultats négatifs!(2)

Les antibiotiques

Quant à la prévention antibiotique de la diarrhée du voyageur, il faut se rappeler qu’elle n’est ni sans risque, ni absolument efficace. En effet, plusieurs des antibiotiques utilisés (doxycycline, quinolones, sulfamides, etc.) peuvent entraîner des effets secondaires comme de la diarrhée(!) et, en particulier, de la photosensibilité. Comme les pays où cette diarrhée est endémique sont des pays chauds et ensoleillés, cet effet secondaire est véritablement problématique. Rappelez-vous également que la turista n’est pas nécessairement causée par un agent pathogène. Un antibiotique ne vous aidera pas à soulager un système digestif dépaysé, bien au contraire. De plus, l’usage répété d’antibiotiques est reconnu pour favoriser l’apparition de souches résistantes. Pour ces raisons, l’usage d’antibiotiques en prévention de la turista n’est pas recommandé.

Les vaccins

Avant un voyage dans le Sud, on nous propose souvent une panoplie de vaccins dont le DUKORALMD, qui protège partiellement contre la diarrhée du voyageur. Ce vaccin a été développé par la compagnie Crucell pour protéger contre la bactérie qui cause le choléra (Vibrio cholerae). Il contient les principales souches de cette bactérie ainsi qu’une fraction de la toxine. Parce qu’il contient cette toxine, il permet de développer une certaine immunité contre un (et un seul) des agents responsables des diarrhées du voyageur: une souche de E coli dite entérotoxique.

Les probiotiques, une alternative très intéressante…

L’usage des probiotiques en prévention de la diarrhée du voyageur est controversé. L’argument majeur des opposants est que les recherches scientifiques n’ont pas suffisamment démontré l’efficacité des probiotiques pour en valider la prescription de routine.(3) Il est vrai que des problèmes méthodologiques (en particulier concernant la grosseur des cohortes) ont été relevés dans plusieurs des études sur l’usage des probiotiques en prévention des turistas. Cependant, il faut tout de même noter que la majorité a obtenu des résultats positifs. En effet, L. V. McFarland, dans sa méta-analyse, arrive à la conclusion que les probiotiques sont généralement utiles pour diminuer les épisodes de diarrhées en nombre et en intensité des symptômes.(4) Les produits multi-espèces (qui contiennent plusieurs types de bactéries) seraient les plus efficaces. Le Saccharomyces Boulardii, une levure probiotique, est mieux documenté et offre une bonne protection.

Ainsi, même si la preuve scientifique n’est pas suffisante pour convaincre l’establishment médical canadien d’encourager la prescription de routine, l’usage en automédication offre assurément un certain degré de protection.(5)

… parfaitement sécuritaire…

Les bactéries lactiques (Lactobacillus spp et Bifidobacterium spp) ont démontré une innocuité de type alimentaire. Seuls quelques rares cas de bactériémies isolées ont été rapportés, mais uniquement chez des patients immuno-compromis aux soins intensifs.(6,7) Ces cas peuvent généralement être reliés à de mauvaises pratiques causant, par exemple, la contamination de cathéters (ces petits tubes qu’on introduit dans votre corps).

Ainsi, quoique la preuve soit plutôt anecdotique, les probiotiques démontrent un effet positif et, surtout, une innocuité exemplaire. Aucun argument valable ne milite en défaveur de l’usage des probiotiques. Ils peuvent donc nous éviter une perte de jouissance importante, en plus de nous apporter de nombreux autres bienfaits.

… et aux nombreux bienfaits.

L’intérêt pour les probiotiques est grandissant, et pour cause. En effet, on leur trouve, dans la documentation, plusieurs indications allant des troubles digestifs (comme la pouchite ou les diarrhées associées aux antibiotiques) à la prévention des allergies (consultez Peut-on contrer les allergies?), en passant par l’amélioration des maladies inflammatoires et la prévention des infections (consultez Supporter ses défenses pour prévenir les contagions). Chez les enfants, l’innocuité des probiotiques en fait des outils de premier plan dans le traitement et la prévention des diarrhées non spécifiques.(8)

Ces avantages indéniables ont d’ailleurs convaincu la communauté scientifique allemande de recommander l’usage général des probiotiques comme agents de prévention des infections intestinales et urogénitales ainsi que des allergies.(3,9)

Quand la comparaison ne tient pas

Entre toutes ces alternatives, que choisissez-vous? La prévention antibiotique (qui n’est pas sans effet secondaire), les recommandations d’hygiène et précautions alimentaires (qui, d’après les études, ne sont pas très efficaces), le vaccin (qui ne couvre qu’une seule souche de bactéries et ne s’attaque pas du tout aux autres causes) et/ou les probiotiques (qui démontrent des effets intéressants pour différents troubles digestifs et dont l’innocuité est de type alimentaire)? Personnellement, j’utilise des suppléments de probiotiques, en plus de certaines précautions usuelles qui ne peuvent pas faire de tort.

Choisissez idéalement un produit multi-espèce et stable à la température de la pièce (durant le voyage, vous ne pourrez pas le garder au réfrigérateur tout le temps). Prenez-le avant (une bonne semaine avant), pendant et après (1 bonne semaine après) votre séjour dans une zone endémique de turista.

Et bon voyage!

*Note : Le terme « vengeance de Montezuma » fait référence à Moctezuma II (aussi appelé Montezuma), roi aztèque de 1502 à 1520. On croyait alors que la turista des Espagnols conquérants était un résultat de la vengeance des dieux locaux.(10,11)

Références :

1. http://www.phac-aspc.gc.ca/tmp-pmv/travel/diarre_f.html

2. Shlim DR. Looking for Evidence that Personal Hygiene Precautions Prevent Traveler’s Diarrhea. Clinical Infectious Diseases 2005; 41:S531–5. PMID: 16267714

3. Marteau PR, de Vrese M, et al. Protection from gastrointestinal diseases with the use of probiotics. Am J Clin Nutr. 2001 Feb;73(2 Suppl):430S-436S. PMID: 11157353

4. McFarland LV. Meta-analysis of probiotics for the prevention of traveler’s diarrhea. Travel Med Infect Dis. 2007 Mar;5(2):97-105. PMID: 17298915

5. Sullivan A, Nord CE. Probiotics and gastrointestinal diseases. J Intern Med. 2005 Jan;257(1):78-92. Review. PubMed PMID: 15606379.

6. Marteau P, Seksik P. Tolerance of probiotics and prebiotics. J Clin Gastroenterol. 2004 Jul;38(6 Suppl):S67-9. Review. PubMed PMID: 15220662.

7. Salminen S, von Wright A, Morelli L, Marteau P, Brassart D, de Vos WM, Fondén R, Saxelin M, Collins K, Mogensen G, Birkeland SE, Mattila-Sandholm T. Demonstration of safety of probiotics — a review. Int J Food Microbiol. 1998 Oct20;44(1-2):93-106. Review. PubMed PMID: 9849787.

8. Shamir R, Makhoul IR, Etzioni A, Shehadeh N. Evaluation of a diet containing probiotics and zinc for the treatment of mild diarrheal illness in children younger than one year of age. J Am Coll Nutr. 2005 Oct;24(5):370-5. PubMed PMID: 16192262.

9. Barrons R, Tassone D. Use of Lactobacillus probiotics for bacterial genitourinary infections in women: a review. Clin Ther. 2008 Mar;30(3):453-68. Review. PubMed PMID: 18405785.

10. http://en.wikipedia.org/wiki/Montezuma%27s_Revenge_(illness)#Montezuma.27s_revenge

11. http://www.wisegeek.com/what-is-montezumas-revenge.htm

7 commentaires

  1. Bonjour,
    Merci beaucoup pour vos explications, il est vrai que dans le monde des probiotiques on peut vite être dépassé! Ce qui était mon cas lorsque l’on m’en a parlé pour la première fois.

  2. Bonjour,

    JE pars bientôt pour le Guatémala. J’utilisais habituellement des probiotiques, mais la formule régulière pour adultes de Probaclacs Au début, la version pour voyageurs n’existait pas. Je n’ai jamais su exactement combien en prendre dans ce contexte. J’y allais à l’oeil: deux avant chaque repas.

    Donc, 2 questions:

    1. Conseillez-vous vraiment la forme pour voyageurs?
    2. Quelle quantité dans ce contexte?

    Au fait, je n’ai pas lu les études scientifiques, mais j’ai fait la mienne. Lors d’un voyage au Mexique (je prenais 2 comprimés av. chaque repas), tout allait bien…mais comme j’avais mal calculer le nombre de comprimés nécessaires, j’en ai manqué 3 ou 4 jours avant la fin……………C’est là que j’ai constaté que c’était efficace, quand je les prenais! 😉

    Merci!

    1. Bonjour Liette
      Suivez votre recette avec le produit habituel. Il est vrai que leur produit voyageur contient du S. Boulardii qui est étudié pour la turista, mais l’usage de complexe est tout aussi intéressant.
      Santé!

  3. Bonjour M.Dionne
    Pourriez vous expliquer la différence
    entre l’intolérance à la caséine et l’intolérance aux produits laitiers.
    Merci beaucoup.

    1. Bonjour Lynda,
      Difficile en peu de mots
      1- normalement une intolérance à la caséine implique une intolérance à tous les produits laitiers puisque la caséine est la protéine principale du lait de vache.
      2- on peut être intolérant au sucre du lait, le lactose, sans qu’il y ait autre chose.
      Santé!

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