Récemment, des chercheurs ont voulu vérifier si l’obésité, le tour de taille, ainsi que la variation de ces paramètres, pouvaient être associés au risque de dépression. La question n’est pas banale puisque ce lien avec l’obésité a été observé de par le monde dans plusieurs groupes et populations. Par exemple, lors d’une étude d’observation effectuée entre 2005 et 2009 chez des femmes américaines (1), on a constaté une relation entre l’obésité et la dépression: plus les femmes sont obèses, plus le risque de dépression est élevé. L’estime de soi est assurément affectée par l’obésité, mais il semble que ce facteur ne soit pas suffisant pour expliquer le lien avec la dépression et qu’une cause physiologique soit probable.

Dans une étude suédoise, les résultats ont été légèrement différents. Les chercheurs ont effectivement noté un lien entre l’obésité et la dépression, mais ce lien est plus complexe qu’une simple association.(2) En effet, leurs résultats démontrent une association positive entre la dépression et l’obésité abdominale, c’est-à-dire le tour de taille. Selon eux, plus le tour de taille augmente, plus le risque de dépression est grand. Par contre, un IMC (indice de masse corporelle) élevé constituerait un facteur de protection: les personnes qui présentent un surpoids réparti un peu partout sur le corps (qui n’est donc pas situé principalement dans les viscères) souffrent moins de dépression et d’anxiété.

Existe-t-il un lien physiologique semblable à celui observé avec les maladies cardiaques entre le gras abdominal (ou viscéral) et la dépression? On le sait, lorsqu’il est question de maladies cardiaques, le tour de taille est un facteur de risque indépendant beaucoup plus important que le surpoids lui-même.

Une étude encore plus récente s’est penchée sur la progression de l’obésité et les symptômes de dépression. Pour ce faire, ils ont utilisé les dossiers médicaux de 4643 personnes et ont évalués la progression de l’obésité depuis l’âge de 5 ans jusqu’à l’âge de 20 ans. Ils ont constaté que la progression du tour de taille est associée directement à une augmentation des symptômes dépressifs chez ces gens. Ce lien est beaucoup moins évident avec le poids et/ou l’obésité en général.(3)

Cette dernière étude tend donc à montrer que l’effet du surpoids sur l’estime de soi, même s’il est présent, ne peut pas expliquer complètement le lien avec la dépression. Si le rôle de l’estime de soi n’est pas très important, c’est donc qu’il doit y avoir une autre explication… On a bien constaté un profil psychologique associé à une augmentation du risque de syndrome métabolique (4), mais on est encore très loin d’une explication du mécanisme (consultez La consommation modérée de fructose cause le développement du syndrome métabolique pour plus d’informations sur le syndrome métabolique).

Toujours est-il que, pour vous et moi, réduire le tour de taille est un but qui apporte beaucoup plus de bienfaits santé qu’une simple réduction du poids sur la balance.

Santé!

JYD

Références:

1. Ma J, Xiao L. Obesity and depression in US women: results from the 2005-2006 National Health and Nutritional Examination Survey. Obesity (Silver Spring). 2010 Feb;18(2):347-53. Epub 2009 Jul 9. PubMed PMID: 19590500.

2. Rivenes AC, Harvey SB, Mykletun A. The relationship between abdominal fat, obesity, and common mental disorders: results from the HUNT study. J Psychosom Res. 2009 Apr;66(4):269-75. Epub 2008 Dec 16. PubMed PMID: 19302883.

3. Needham BL, Epel ES, Adler NE, Kiefe C. Trajectories of change in obesity and symptoms of depression: the CARDIA study. Am J Public Health. 2010 Jun;100(6):1040-6. Epub 2010 Apr 15. PubMed PMID: 20395582.

4. Goldbacher EM, Matthews KA. Are psychological characteristics related to risk of the metabolic syndrome? A review of the literature. Ann Behav Med. 2007 Nov-Dec;34(3):240-52. Review. PubMed PMID: 18020934.

3 commentaires

  1. C’est certain que le mode de vie a un lien avec le tour de taille.

    La dépression? Peut-être mais je crois qu’il faudrait aller plus loin.

    Je dirais qu’en règle générale, le surpoids est un problème lié —au moins en partie— à la pauvreté et l’endettement. Une personne opprimée financièrement a du mal à vivre aussi pleinement qu’une autre qui n’a pas à traîner ces lourds boulets socialement dévastateurs.

    Le poids n’est pas un mince problème mais ce n’est pas non-plus le seul qu’il faille adresser.

    Une meilleure répartition de la richesse et moins d’oppression financière ferait des miracles pour les tours de tailles des Québécois en surpoids, à mon humble avis.

    1. Bonjour Claude,
      il est tout à fait vrai que le premier déterminant de la santé est le statu socio-économique. L’article sur le dépanneur en fait foi. Par contre, le sujet de cet article est de montrer que le surplus de gras ne se comporte pas de la même façon s’il est viscéral ou s’il est réparti ailleurs sur le corps. Le gras viscéral, qui est surtout dû aux sucres alimentaires (notamment le fructose), est beaucoup plus pro-inflammation et est donc associé à des maladies chroniques dont les maladies cardiovasculaires et les dépressions. Le gras corporel, sans être un indice santé, est moins nocif.
      Mais vous avez raison, sans entrer dans une rhétorique politico-gauchiste, une meilleure répartition de la richesse et de l’éducation fera beaucoup plus pour la santé que de bâtir des hôpitaux de luxe et de payer la procréation assistée…
      Santé!
      JYD

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

*