Un expert en obésité infantile a récemment publié, avec ses collaborateurs, un document très provocateur dans lequel il affirme que le sucre rajouté, en particulier le sirop de maïs riche en fructose (SMRF), devrait être traité comme l’alcool et même comme le tabac (donc règlementé). Le Dr Robert H. Lustig base son argumentaire sur 2 points fondamentaux :

· La consommation de sucre est liée à une hausse des maladies non transmissibles.

· Les effets du sucre sur le corps peuvent être similaires à ceux de l’alcool.

Un des aspects insidieux de la consommation excessive de sucre est l’augmentation du processus de glycation qu’il entraine. La glycation est la fusion, dans le corps, d’une molécule de sucre avec une protéine. Cette liaison inhibe la fonction de la protéine ainsi liée et est une des causes fondamentales des maladies du vieillissement. Vous voulez vivre en santé longtemps et ne pas ressentir ces maladies dégénératives associées au vieillissement? Limitez les sucres!

Selon les autorités sanitaires du monde occidental (FDA américaine et EFSA de l’Europe), le sucre rajouté est une des principales causes des maladies non transmissibles qui affectent de plus en plus nos sociétés: cancers, maladies cardiaques, obésité, diabète, etc. Les deux autres causes principales étant… l’alcool et le tabac. Ces autorités ainsi que Dr Lustig définissent le sucre rajouté comme du fructose rajouté durant la fabrication.

Encore le fructose?

Pourquoi le fructose est-il encore désigné comme coupable? Simplement parce qu’on le retrouve dans toutes les formes de sucres qui ont montré un effet néfaste sur la santé. Parce que le fructose, au-delà d’une certaine quantité, passe par la voie métabolique du foie et cause une augmentation des triglycérides sanguins, un encrassement du foie (stéatose hépatique ou foie gras) ainsi qu’une recrudescence du syndrome métabolique, de la goutte, des maladies cardiaques, etc.

La consommation de sucre rajouté a triplé dans les 50 dernières années. Le Dr Lustig compare les effets de cette consommation accrue de fructose à celle de l’alcool. Dans les deux cas, la consommation modérée, à petite dose, n’apporte pas de danger, mais la consommation importante augmente les risques de maladies de façon importante.

Voici un tableau comparatif des effets néfastes d’une consommation chronique d’alcool et de fructose (traduction libre):(1)

Éthanol chronique

Fructose Chronique

Désordres sanguins

Perturbation des électrolytes

Hypertension

Hypertension (acide urique)

Dilatation cardiaque

Cardiomyopathie

Infarctus du myocarde (dyslipidémie, résistance insuline)

Dyslipidémie

Dyslipidémie (lipogenèse de novo)

Pancréatites

Pancréatites (hypertriglycéridémie)

Obésité (résistance à insuline)

Obésité (résistance à insuline)

Malnutrition

Malnutrition (obésité)

Dysfonction hépatique (stéatose hépatique alcoolique)

Dysfonction hépatique (stéatose hépatique non alcoolique)

Syndrome alcoolique foetal

Addiction/dépendance

Habitude, voire dépendance

On constate ainsi que la surconsommation de fructose nous entraine dans le même cercle vicieux que l’alcool. Sauf que, la consommation d’alcool est relativement facile à modérer. On nous rappelle partout que la modération a bien meilleur goût; c’est une substance règlementée; son accès est restreint et, surtout, il faut choisir de boire de l’alcool (on n’en boit pas par inadvertance…).

À l’opposé, le sucre est omniprésent, il se cache partout, même dans le sel (oui, certaines marques de sel contiennent du sucre)! Il est donc presque impossible de simplement choisir de ne pas consommer de sucre. D’ailleurs, il est souvent difficile d’identifier le sucre (sous tous ses noms) dans les aliments industriels, donc de le modérer. De plus, le sucre n’est pas légiféré.

Faut-il se fier aux compagnies pour améliorer les aliments?

Selon Dr Lustig, la notion selon laquelle les compagnies peuvent changer d’elles-mêmes et s’autoréguler ne tient pas. Il affirme que: «le sucre est peu couteux, il goute bon et se vend bien. Donc, les compagnies n’ont aucune motivation à changer.» Il faut être coercitif. Oui, mais comment?

Le Dr Lustig prône la mise en place d’un règlement incluant une taxe, une limitation des ventes pendant les heures scolaires et l’instauration de limites d’âge pour l’achat d’aliments sucrés. Joseph Azize, de la Faculté de droit de la University of Technology de Sydney abonde dans le même sens en ce qui concerne la taxe sur le sucre.(3)

J’aimerais vous rappeler le billet La vraie cause de l’épidémie d’obésitépublié le 14 juin 2010. Ce billet, basé sur les publications de Physicians Committee for Responsible Medicine (PCRM) et The Economist, nous montre que le problème fondamental est le coût des ingrédients. Les sucres (le SMRF) et autres ingrédients raffinés comme les farines blanches sont subventionnés à la source. Donc, les aliments contenant ces ingrédients néfastes pour la santé coûtent moins cher que les aliments santé. Et même, le néfaste food a baissé de prix depuis 30 ans grâce à ces subventions. Doit-on instaurer une taxe? Oui, mais ce devrait faire partie d’une approche complète. Ne serait-il pas logique que le coût réel des aliments se reflète sur le prix de vente? D’abord, couper les subventions et empêcher le dumping de ces matières dans nos aliments.

De plus, il faudrait penser à un ensemble de mesures qui diminueraient l’accès à ces quantités faramineuses de sucre qu’ingèrent nos concitoyens. L’américain moyen consomme 110g de sucre par jour, soit plus de 40 kg par an (voir 22 cuillérées à thé de sucre.). Vous avez bien lu: l’américain moyen. Donc, avec une répartition normale qui inclut ceux qui, comme vous et moi, ont une consommation minime de sucre, il y a forcément des gens qui consomment 2 ou 3 fois ce 110g. Imaginez l’effet sur leur corps, leur pancréas: syndrome métabolique, diabète, obésité…

Quantité raisonnable

L’American Heart Association, malgré les lobbys, recommande une consommation maximale de 20g de sucre ajouté par jour pour les femmes, 36g pour les hommes et 12g pour les enfants. C’est quand même une bonne quantité, mais c’est beaucoup moins que ce que consomme l’américain moyen!

En terminant, j’aimerais faire une distinction entre consommation habituelle et consommation occasionnelle. C’est la saison des sucres, nos cabanes à sucre sont ouvertes! Sans prêcher pour les abus, un plaisir occasionnel va de pair avec une modération habituelle.
« Tout doit se prendre avec modération… Y compris la modération! »

Santé !

P.S. Au Québec, la notion d’une taxe sur le sucre est à l’étude. Je vous invite à consulter le site de la Coalition québécoise sur la problématique du poids (plus connue sous le nom de Coalition poids) et à lire leur communiqué à ce sujet: « Redevance sur les boissons gazeuses et énergisantes: La Coalition Poids exhorte le ministre des Finances à tenir tête au lobby intensif des fabricants de boissons sucrées »

Références:

1. Lustig RH, Schmidt LA, Brindis CD. Public health: The toxic truth about sugar. Nature. 2012 Feb 1;482(7383):27-9. doi: 10.1038/482027a. PubMed PMID: 22297952.

2. Almost Everyone Eats it, But it’s a “Breeding Ground” for Disease Posted By Dr. Mercola | February 27 2012

3. Azize J. Sugar, ethics and legislation. J Law Med. 2010 May;17(5):784-99. PubMed PMID: 20552941. Faculty of Law, University of Technology, Sydney. Joseph.Azize@uts.edu.au

16 commentaires

  1. Bonjour JYD, merci pour ces informations (ainsi que toutes les autres!). Mais est il judicieux de remplacer ( modérément) le sucre avec du sirop d’agave qui contient du fructose? Que penser aussi du miel, du sirop d’érable, enfin de tous les succédanés du sucre que l’on peut trouver dans les magasins de produits naturels?

    1. Bonjour Isabelle,
      1- plus le sucre est brute et non raffiné, meilleur il est.
      2- peu importe la source, un sucre est un sucre. Donc, avec parcimonie.
      L’agave, brut ou cru, est correct parce qu’il contient environ 35% de fructose. Par contre, le sirop d’agave le plus vendu est fabriqué avec la même technologie que le sirop de maïs riche en fructose. Il contient autour de 95% fructose, à éviter SVP.
      Pour les autres, référez-vous au point 1.
      Santé!

  2. Bonjour JY, Je vous remercie de cette article éclairant. Comme pour l’alcool, prendre les vitamines B, vitamine D, ainsi que du magnésium m’a aidé à réduire l’envie de produits sucrés. Au plaisir de vous lire!

  3. Merci pour votre magnifique blogue… merci pour votre clarté, votre rigueur, votre accessibilité… Les sujets sont intéressants et pertinents. Je savais tout ça mais de voir ça en tableau, ça a vraiment frappé mon esprit et c’est le coup de pouce que j’avais besoin pour faire mieux. Je suis déjà végétarienne, je ne bois pas d’alcool, mais le sucre c’est très difficile à éviter.. vous avez raison. Mais il faut toujours faire mieux… merci!

    1. Bonjour Annick,
      “toujours faire mieux…” Attention, quelques fois, on veut trop faire mieux. Souvent, la simple vigilance couplée au plaisir de savourer de bons aliments est le meilleur chemin vers la santé durable.
      Santé!

  4. Je suis accro au sucre, parfois je me sens comme une alcoolique qui a besoin de son alcool…. Ce n’est pas facile de s’en débarrasser….

    1. Bonjour Stéphanie,
      Vous n’êtes pas la seule. Suggestions : Choisissez vos aliments sucrés les plus gouteux possible. Par exemple, du chocolat noir. Il contient moins de sucre que le chocolat au lait. Ensuite, donnez-vous le temps de le laisser fondre, profitez de la saveur, de la texture, etc. Savourez le plaisir.
      Ce faisant, vous vous permettez le gout sucré, vous l’appréciez… longtemps… Et vous consommez moins de sucre.
      L’idée est de remplacer très graduellement le sucre (quantité) par le goût intense et complexe.
      Sur une longue période, en faisant des choix en fonction du gout intense, vous verrez votre consommation de sucre diminuer, et même votre intérêt pour le sucré être remplacé par un intérêt pour les autres saveurs.
      Santé!

  5. Merci Jean-Yves, je vous croyais occupé à bien préparer vos prochaines fins de semaine.

    Ah, le sucre, le chocolat, mélange de gras et de sucre…. Je trouve la chronique bien éclairante. Je tenterai de mesurer les g de sucre connu que j’ingère. Dans le vin, c’est écrit où ?

    Comme québécois, du moins ceux de ma génération terminaient leur repas, en général, par un bon gâteau ou tarte maison, difficile de modifier cette habitude…. je crois tout simplement que les sucres étaient différents, les gras aussi, et on bougeait davantage, c’est là que réside l’immense différence.

    Santé Jean-Yves et si possible, j’irai vous rencontrer…. Ciao !

  6. C’est tout à fait génial ce blogue! Que d’informations! Merci de nous rendre toutes ces recherches “accessibles” et compréhensibles! Je suis une accro du sucre,il y a un moment que j’essaie de réduire. J’ai maintenant plus de raisons d’être plus vigilante. Et moi j’aime bien la phrase qui parle de modération avec modération. Ne dit-on pas que ce sont les abus qui tuent?
    Merci!

  7. Bonjour,

    Le fructose par definition on le trouve dans les fruits, or il est régulièrement conseillé de manger des fruits…
    Il m’arrive de manger 4 grosses pommes par jour, dois je en manger moins ?
    Ca devient difficile de s’y retrouver.
    Et la phrase « Tout doit se prendre avec modération… Y compris la modération! » nous plonge dans un flou total.

    Merci pour vos billets.

    1. Bonjour David,
      Notez que je n’ai pas mentionné les sucres dans les fruits. Simplement le sucre rajouté. Personnellement, les fruits ne rentrent pas dans l’équation, surtout s’ils sont consommés frais et crus. Par contre, si vous souffrez d’une intolérance au fructose, ce sera différent. Mais là, c’est une autre histoire.
      Un aliment complet, dans sa forme naturelle, demeure un aliment santé.
      Le fructose devient un problème quand il y a surdose… de sucre rajouté. Donc par définition dans les aliments industriels.
      Question flou. Bien d’accord.
      Avez-vous remarqué que plus on apprend des choses via la science, plus on se fait bombarder d’informations contradictoires? Pourquoi? Simplement parce que les intérêts commerciaux de ceux qui nous vendent la malbouffe sont directement attaqués par les bonnes informations. Donc, ces lobbys s’arrangent pour faire publier des informations douteuses (sous le couverts d’études scientifiques) pour jeter de la confusion.
      Morale de cette histoire, suivez votre instinct. Mangez de vrais aliments et oubliez la controverse.
      Évitez les aliments raffinés, les pires étant les boissons gazeuses.
      Pour la modération avec modération, comprenez simplement que l’alimentation n’est pas une religion. On fait de son mieux tous les jours. Et on se permet des plaisirs quand ils passent.
      Santé!

  8. J’aimerais avoir votre opinion sur le calcium de corail on me dit de prendre
    9,000 U par jour en plus de 12,000 U de vitamine D3 pour détruire les cellules cancéreuses …Je ne veux pas commencer ce traitement sans savoir ce que vous en pensez…Merci de votre réponse
    Zoé

    1. Bonjour Zoé,
      La vitamine D contre le cancer est une bonne idée. La dose devrait être établie en fonction de votre taux sanguin. Vous devez viser un taux sanguin de 150nmol/l ou 60ng/ml selon l’unité de mesure du test.
      Les doses élevées sont correctes tant qu’elles vous mène au bon taux sanguin.
      Les doses que vous mentionnez, par contre, sont particulièrement élevées. Faites vérifier.
      Le calcium de corail n’a pas sa place dans votre traitement. Si vous voulez prendre un supplément, choisissez un supplément de calcium qui vous donnera aussi de bons dosages des autres minéraux plus importants comme le magnésium (faites une recherche sur le site avec magnésium, vous verrez).
      Santé!

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