On me contacte souvent pour savoir comment faire pour se sevrer de somnifères, anxiolytiques (anti-anxiété) ou antidépresseurs. L’usage de ces médicaments (si utiles soient-ils) entraine certains problèmes, dont la dépendance n’est pas le moindre. Lorsque le besoin d’un antidépresseur ou d’un anxiolytique n’est plus, il est logique de vouloir passer à autre chose, mais un arrêt de but en blanc ne se fait pas sans en subir les conséquences, parfois sérieuses.

Longtemps contestés, les effets d’un sevrage rapide sont sérieux.(1) Ces effets comprennent, entre autres, le retour des symptômes de dépression, l’agitation et l’insomnie, des symptômes très réels qui peuvent durer longtemps. Il faut donc y aller doucement et prendre des précautions.

Trois conseils de base pour un sevrage en douceur

Conseil #1: N’hésitez pas à en parler à votre pharmacien. Il (ou, le plus souvent, elle, puisqu’il y a plus de pharmaciennes que de pharmaciens 😉 ) connait non seulement les médicaments, mais aussi, et surtout, votre dossier pharmacologique. Il (ou elle) pourra vous guider durant les étapes de transition.

Conseil #2: Lentement, mais surement. La pire chose à faire est de vouloir aller trop vite. Vous devez écouter votre ressenti. Si une réduction trop rapide du dosage vous cause de effets négatifs, remontez à la dose antérieure et attendez une semaine de plus.

Conseil #3: Chaque réduction réussie est un succès. Si vous ne vous rendez pas à zéro (sans médicament), ce n’est pas un échec. Certaines personnes ayant utilisé des antidépresseurs durant des années ne sont pas capables de les cesser complètement. La seule chose qui importe est l’amélioration de votre état. Êtes-vous mieux? Si la réponse est oui: je vous dis bravo!

Préliminaire

Avant de réduire la dose des médicaments, il faut penser à renforcer votre système. Idéalement, environ 2 semaines avant le début du sevrage, commencez à prendre certains suppléments qui sont connus pour aider le système nerveux.

  • Premier choix: les omégas 3. À un dosage de 1000 mg AEP (ou EPA) et peu (50 à 150mg) d’ADH (ou DHA) par jour, les omégas 3 ont démontré un effet contre la dépression et les symptômes anxieux.(2-4) Voir aussi https://www.jydionne.com/des-omegas-3-de-poisson-contre-la-depression-majeure/
  • Ensuite, une multivitamine ou un complexe de vitamines B saura soutenir votre système nerveux pour pallier le stress qu’implique un sevrage de médicaments.(5-7)
  • Finalement, comme nous sommes à peu près tous en manque de vitamine D et qu’elle est essentielle au bon fonctionnement du cerveau, un supplément de vitamine D améliore vos chances d’éviter de retomber dans la dépression et l’anxiété.(8)

Combien de temps?

Les naturopathes ont un adage qui s’applique très bien ici: «Pour chaque année de maladie (ou d’usage d’un médicament), il faut compter un mois de traitement (ou de sevrage).» Sans être précis, cet énoncé met en perspective la notion de durée. Certes, à l’origine, il s’applique au traitement des maladies chroniques, mais ici, il permet de désamorcer l’attente irréaliste de réussir à se débarrasser d’un médicament en quelques jours.

Réduire la dose

Pour chaque médicament, il faut s’assurer que la forme est sécable, c’est-à-dire qu’on peut fractionner la dose (couper la pilule). S’il s’agit de capsules, on doit alors se procurer des dosages plus faibles (par exemple, au lieu de capsules de 100mg, demandez des capsules de 50mg et/ou de 25mg pour pouvoir ajuster le dosage). Si des capsules à plus faibles dosages ne sont pas disponibles, il faut réduire la quantité de poudre par capsule. Certains pharmaciens sont équipés pour effectuer précisément cette opération.

Lorsqu’on est prêt, on commence à diminuer graduellement, par petites étapes.

1ère étape: Diminuez du quart (1/4) la dose du médicament. Si le dosage est très élevé, commencez par une réduction d’un huitième (1/8). Conservez cette dose jusqu’à ce que vous vous sentiez bien à ce dosage. Cela prendra au moins 1 semaine, plus probablement 2 semaines, ou même plus.

2ème étape: Diminuer d’un autre quart (ou huitième) de dose et conservez cette dose le temps nécessaire pour vous y habituer.

N’oubliez pas que si vous ne vous sentez pas bien lors d’une diminution de dosage, si vous percevez que cette réduction est trop pour vous, revenez à la dose antérieure jusqu’à ce que vous vous sentiez mieux. Vous pourrez alors réduire à nouveau, peut-être en y allant plus graduellement (par exemple, couper de 1/8 au lieu de 1/4).

Continuez ainsi jusqu’au sevrage complet ou jusqu’au dosage minimum auquel vous vous sentez bien.

Nombre de prises par jour

Si vous prenez un même médicament plusieurs fois par jour, ne diminuez qu’une prise à la fois. Si ce médicament est plus calmant que stimulant, commencez par réduire la première dose de la journée. Si ce médicament est plus stimulant que calmant, comme c’est le cas pour certains antidépresseurs, réduisez en premier la dose du soir.

N’oubliez pas…

Rappelez-vous des 3 conseils de base:

  • Demandez de l’aide.
  • Procédez lentement, mais surement.
  • Soyez fier de chaque réussite.

Le sevrage est possible, mais il est important le faire comme il faut. Le but n’est pas nécessairement l’arrêt complet du médicament, mais plutôt l’amélioration de votre qualité de vie.

Santé!

Références:

  1. Fava GA, Gatti A, Belaise C, Guidi J, Offidani E. Withdrawal Symptoms after Selective Serotonin Reuptake Inhibitor Discontinuation: A Systematic Review. Psychother Psychosom. 2015 Feb 21;84(2):72-81. [Epub ahead of print] PubMed PMID: 25721705. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25721705
  2. Pudell C, Vicente BA, Delattre AM, Carabelli B, Mori MA, Suchecki D, Machado RB, Zanata SM, Visentainer JV, de Oliveira Santos Junior O, Lima MM, Ferraz AC. Fish oil improves anxiety-like, depressive-like and cognitive behaviors in olfactory bulbectomised rats. Eur J Neurosci. 2014 Jan;39(2):266-74. doi: 10.1111/ejn.12406PubMed PMID: 24191918. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24191918
  3. Lespérance F, Frasure-Smith N, St-André E, Turecki G, Lespérance P, Wisniewski SR. The efficacy of omega-3 supplementation for major depression: a randomized controlled trial. J Clin Psychiatry. 2010 Jun 15. [Epub ahead of print] PubMed PMID: 20584525. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20584525
  4. Lucas M, Asselin G, Mérette C, Poulin MJ, Dodin S. Ethyl-eicosapentaenoic acid for the treatment of psychological distress and depressive symptoms in middle-aged women: a double-blind, placebo-controlled, randomized clinical trial. Am J Clin Nutr. 2009 Feb;89(2):641-51. PubMed PMID: 19116322. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19116322
  5. Lewis JE, Tiozzo E, Melillo AB, Leonard S, Chen L, Mendez A, Woolger JM, Konefal J. The effect of methylated vitamin B complex on depressive and anxiety symptoms and quality of life in adults with depression. ISRN Psychiatry. 2013 Jan 21;2013:621453. doi: 10.1155/2013/621453. Print 2013. PubMed PMID: 23738221; PubMed Central PMCID: PMC3658370. (texte complet accessible gratuitement) http://www.hindawi.com/isrn/psychiatry/2013/621453/
  6. Kennedy DO, Veasey R, Watson A, Dodd F, Jones E, Maggini S, Haskell CF. Effects of high-dose B vitamin complex with vitamin C and minerals on subjective mood and performance in healthy males. Psychopharmacology (Berl). 2010 Jul;211(1):55-68. doi: 10.1007/s00213-010-1870-3. Epub 2010 May 8. PubMed PMID: 20454891; PubMed Central PMCID: PMC2885294. (texte complet accessible gratuitement) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2885294/
  7. Pipingas A, Camfield DA, Stough C, Cox KH, Fogg E, Tiplady B, Sarris J, White DJ, Sali A, Wetherell MA, Scholey AB. The effects of multivitamin supplementation on mood and general well-being in healthy young adults. A laboratory and at-home mobile phone assessment. Appetite. 2013 Oct;69:123-36. doi: 10.1016/j.appet.2013.05.016. Epub 2013 May 30. PubMed PMID: 23727255. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23727255
  8. Shaffer JA, Edmondson D, Wasson LT, Falzon L, Homma K, Ezeokoli N, Li P, Davidson KW. Vitamin D supplementation for depressive symptoms: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Psychosom Med. 2014 Apr;76(3):190-6. doi: 10.1097/PSY.0000000000000044. PubMed PMID: 24632894; PubMed Central PMCID: PMC4008710. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24632894

Photo: RayNata

12 commentaires

  1. Un pharmacien à la retraite m’a suggéré ce site afin de m’aider au sevrage des benzodiazépines (ativan + rivotril) et antidépresseurs: https://benzo.org.uk/freman/contents.htm ainsi qu’une série de vidéos après le sevrage: https://www.youtube.com/watch?v=oZEdbbrON2k.
    Au cours de mon sevrage, cela m’a beaucoup aidé à me préparer pour chaque étape afin de savoir à quoi m’attendre. Ayant terminé un sevrage qui a duré 4 mois il y a deux semaines, malgré tout ça, l’après-sevrage est toujours très très difficile.

    J’aimerais avoir votre opinion et quelques conseils.
    Est-ce que les 5-HTP – 50 mg (ViaZen – sommeil) pourraient m’aider et combien/jour? Et la scutellaire en teinture-mère? J’ai tellement besoin d’aide.

    Merci beaucoup!

    Sylvain

  2. Bonjour, je pense souffrir de symptômes de sevrage aigus. J’ai pris du lysanxia peu et pas longtemps mais à chaque fois que j’enlevais un morceau jetais super nerveuse. Ça fait 7 mois que j’ai arrêté et je ne suis pas bien, déprimée, je rumine tout le temps, je suis tendue constamment, je suis hyper nerveuse ou à plat et j’ai mon diaphragme bloqué. Je ne peux plus travailler, ni même partir en vacances. Jai tenté plein de choses comme l’ostheopathie, homéopathie, plantes, micro kiné, magnetiseur mais rien à faire, soit ça ne fait rien, soit ça empire les symptômes. Je ne veux pas reprendre de lysanxia car j’ai fait un effet paradoxal. Je prends du magnésium, omega trois sous forme d’huile de noix. Que faire? Qu’ y aller voir? Vais je souffrir à vie ou cela va t il s’atténuer? Merci Marie

  3. Bonjour

    J’ai pris pendant 16 ans effexor pour crise de panique sur ces 16 années j’ai tenté d’arrêter 2 fois mais sans succès après 3 mois
    Le 1 juin était la dernière pilule que je prenais de 37.5 sur un sevrage de 6 mois
    Donc je crois que mon sevrage a été bien fait
    Par contre après 1 mois j’ai envie de refaire des crises de panique. Je pr ne rivotril par moment de crise mais je ne veut pas devenir dépendante
    Vous parlez d’omega est ce que je peut prendre cela pour aider mes crises de panique et l’insomnie et je sens beaucoup de nervosité
    Merci beaucoup xxxx
    Anie

    1. Bonjour Anie
      Oui, les oméga 3, sans être une panacée, peuvent aider à prévenir. Si vous lisez en anglais, je vous recommande de lire les articles de Georgia Ede
      https://www.psychologytoday.com/blog/diagnosis-diet/201706/ketogenic-diets-psychiatric-disorders-new-2017-review
      et
      https://www.psychologytoday.com/blog/diagnosis-diet/201706/stabilize-your-mood-food
      ILs expliquent comment l’alimentation est à la base des problèmes tels que les vôtres et comment en arrêtant de manger des glucides complexes (féculents) et en augmentant de façon importante les gras alimentaires (voir le blogue http://plumette-la-gourmande-lchf3.webnode.fr sur cette approche alimentaire et ses bienfaits santé) vous retrouverez votre équilibre et votre vitalité.
      Santé!

  4. Bonjour docteur,

    Je tombe sur votre site par hasard et je le trouve très explicite !
    J’ai réalisé (malheureusement) un sevrage trop rapide d’anxiolytiques (rivotril et lysanxia) il y a maintenant 9 mois et je souffre toujours terriblement. (Vertiges, Problèmes sensorielles, maux de tête, raideurs musculaires, mémoire, sensation d’être dans le gaz, etc…)
    Je prend du millepertuis mais en plus de cela, auriez vous un conseil de traitement à me donner (type medecine naturel)

    Bien cordialement,
    Merci !

    1. Bonjour Nico
      Plusieurs choses à faire :
      les plus simples : oméga 3, une dose qui procure au moins 1000 mg de EPA par jour; vitamines B un complexe d”au moins 50mg; Si vous avez des problèmes à dormir : valériane et/ou mélatonine; Si vous avez de l’anxiété, la mélisse et la passiflore sont des choix pour soulager.
      Bref, vous avez des options.
      santé!

  5. Bonjour,Docteur Dionne,
    Merci pour votre courriel qui m’a très bien expliqué le sevrage lent des benzodizepines,et comment s’y préparer.
    Bien cordialement à vous

    Et sachez que c’est toujours avec confiance ,que je prends note de vos écrits.

  6. Bonsoir Docteur Dionne,
    Cet article est très intéressant et surtout très bien expliqué. C’est toujours un plaisir de vous lire.
    A bientôt

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