• Recherche

Une toute récente étude montre un lien entre la consommation de poisson et le risque de développer un diabète type II. Depuis bien des années, on nous transmet le message que le poisson est un bon aliment pour la santé cardiovasculaire, pour prévenir les dépressions, pour favoriser l’intelligence et la santé des enfants, etc. Voici maintenant qu’on nous avertit que la consommation de poisson pourrait être associée à un risque plus élevé de diabète?

Ces données pour le moins surprenantes proviennent de l’équipe prestigieuse de WC Willett de Harvard, ceux-là même qui suivent les immenses cohortes américaines: Nurses Health Study (plus de 150 000 femmes) et Physicians Heatlh Study (plus de 40 000 hommes) depuis plus de 30 ans. À l’intérieur de ces cohortes, les chercheurs ont identifié 9 380 cas de diabète. Ils ont également évalué la fréquence de consommation de poissons à l’aide d’un questionnaire de consommation alimentaire. Grâce à ces données, ils ont comparé le groupe souffrant de diabète à un groupe similaire dans la même cohorte. L’équipe de Harvard a constaté que, chez les femmes, la consommation fréquente (plus de 5 fois par semaine) de produits de la mer est associée à un risque de 1,22 (IC 95: 1,03-1,45) – donc 22% plus de risque – de développer un diabète type II (par rapport aux femmes qui rapportent n’en consommer qu’une fois par mois). La différence de risque n’a pas été significative chez les hommes.

Les auteurs, après avoir pondéré les autres facteurs de risque (comme le tabagisme) de leur équation, énoncent l’hypothèse que ce sont les omégas 3 à chaîne longue qui entraînent cette augmentation. Je me permets de douter de cette théorie et voici pourquoi:

1- Le questionnaire utilisé se veut le plus inclusif possible. Pour compiler les données, ce questionnaire englobe, dans la catégorie poisson, tous les produits de la mer (incluant crevettes, mollusques, tous les poissons et autres crustacés). Or, tout ce qui vit dans la mer n’est pas source d’omégas 3 à chaîne longue. Par exemple, comme nous l’avons déjà vu (voir Un poisson qui se compare à une viande rouge?), le tilapia n’en contient pas vraiment et est une source majeure d’oméga 6 (acide arachidonique). Les palourdes, le merlu, l’abalone ou haliotis et la seiche, entre autres, ne contiennent aucun oméga 3.

2- Le questionnaire ne prend aucunement en considération la façon de préparer les poissons ou fruits de mer. Ainsi, un fish & chips (morue ou autre poisson blanc) bien frit et accompagné de frites, bien évidemment, n’a pas la valeur d’un filet de truite ou de saumon poêlé servi avec des légumes colorés. Les bienfaits du poisson ne peuvent pas contrebalancer tous les méfaits des néfastes foods!

Donc, malgré l’intérêt d’une telle étude, il est définitivement prématuré (et peut-être même un peu tiré par les cheveux) de faire un lien entre les omégas 3 et le diabète. Rappelez-vous qu’on parle d’une étude effectuée aux États-Unis, temple du néfaste food où poisson égale plus souvent qu’autrement Filet-O-Fish ou Red Lobster! Je doute fort que leur hypothèse s’avère exacte chez les gens qui suivent une diète plus méditerranéenne, même s’ils mangent beaucoup de poissons!

JYD

Références:

1. Can fish for dinner lead to diabetes? Reuters Wed Oct 14

2. Kaushik M, Mozaffarian D, Spiegelman D, Manson JE, Willett WC, Hu FB. Long-chain omega-3 fatty acids, fish intake, and the risk of type 2 diabetes mellitus. Am J Clin Nutr. 2009 Sep;90(3):613-20. Epub 2009 Jul 22.

4 commentaires

  1. Pas plus d’information sur la sédentarité, le surplus de poids ou l’héridité dans l’étude clinique ? A-t-on accès au type de questionnaire remis aux participants ?
    Ce qu’il faut savoir :
    -on peut faire dire tout et n’importe quoi à des résultats statistiques. Le tout est de savoir jouer avec !
    -une seule étude ne suffit pas à imposer une conclusion générale.
    C’est donc à suivre, mais ça ne m’empêchera pas de consommer du poisson, miam !!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

*