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La TerreL’alimentation est de tous les débats. Le plus souvent, on nous parle d’alimentation santé, de malbouffe, d’éducation à la santé chez les jeunes, voire même d’initiation à l’économie via l’alimentation. Récemment, l’alimentation s’est immiscée dans le discours écologiste et altermondialiste. Depuis le louable «Acheter c’est voter» de Laure Waridel jusqu’à la diète des 100 milles (The 100-Mile Diet, un livre de Alisa Smith et JB Mackinnon), en passant par le locavore (un locavore est une personne qui mange des produits locaux) et l’empreinte carbone de l’assiette, l’alimentation est devenue, pour plusieurs, l’outil par excellence pour lutter contre la mondialisation et le néolibéralisme, sources de richesse pour un petit nombre et de pauvreté pour la majorité.

Au-delà de cet effort notable et admirable de conscientisation sur l’impact de tous nos gestes, une question demeure: est-il possible de manger santé tout en encourageant le développement durable de la planète et de l’agriculture au sens le plus large?

Certains pays, notamment l’Allemagne et la Suède, ont tenté à même leur guide alimentaire de fournir des lignes directrices permettant à leurs citoyens de combiner ces deux buts de l’alimentation, soit la santé individuelle et celle de l’environnement.

Un classement des aliments alliant santé et environnement

Des chercheurs anglais ont développé un système qui permet d’évaluer les aliments en mesurant leur impact sur les émissions de gaz à effet de serre tout en accordant une importance à leurs aspects nutritionnels et culturels.(1,2) On y apprend, par exemple, que les patates, les pâtes alimentaires, le pain, l’avoine, certains légumes (oignons, pois, carottes, maïs sucré, choux), des fruits (principalement les fruits locaux), les légumineuses (fèves et lentilles), le sucres et les confiseries ont un petit impact sur la production de gaz à effet de serre (≤ 1,0 kg CO2e/kg poids comestible). C’est-à-dire qu’un kilo de ces aliments produit moins d’un kilo d’émission de gaz carbonique.

Le poulet, le lait, le beurre, le yogourt, les œufs, le riz, les céréales à déjeuner, les tartinades, les noix, les graines, les biscuits, gâteaux et desserts, des fruits (principalement ceux importés), les salades, les légumes à forte perte ou culture complexe (champignons, fèves vertes, chou-fleur, brocoli, courges) entrent dans la catégorie des émissions moyennes (1,0 à 4,0 kg CO2e/kg poids comestible).

Le bœuf, l’agneau, le porc, la dinde, le poisson et les fromages entrent dans la catégorie haute émission (≥ 4,0 kg CO2e/kg poids comestible).

Ces résultats ont été calculés pour la Grande-Bretagne, mais seraient certainement semblables dans les autres pays (dont le Canada) situés à des latitudes voisines.

À partir de leurs constats, Macdiarmid et ses collaborateurs ont réussi à établir un menu qui réduit considérablement l’emprunte écologique tout en maintenant la qualité nutritionnelle et en respectant des «critères d’acceptabilité» (inclure des aliments consommés en bonnes quantités en Grande-Bretagne).(1) D’autres chercheurs ont aussi mis en parallèle le contenu nutritionnel et l’empreinte écologique et arrivent à des conclusions légèrement différentes, mais fondamentalement similaires.(3)

Il est donc possible de manger santé tout en sauvegardant la planète. Les grands principes pour une alimentation à la fois santé et écologiquement durable sont:

1-     Privilégiez les aliments produits localement.

2-     Privilégiez les protéines végétales (légumineuses, fèves, lentilles, pois) plutôt que la viande.

3-     Lorsque vous mangez de la viande, appréciez-la en petite portion et savourez-la!

4-     Les fruits et légumes de saison sont toujours le meilleur choix. (D’ailleurs, objectez-vous vocalement lorsque votre épicier met sur les tablettes des fruits importés durant leur saison de récolte chez vous. Par exemple, des fraises de la Californie durant la saison des fraises d’ici, ou des pommes de Chine ou du Chili à l’automne. Plus on le dira, plus les grossistes trouveront le moyen de nous satisfaire).

5-     Question poisson: référez-vous au guide Seachoice.org http://www.seachoice.org/wp-content/uploads/2012/04/SC_card_2012_5panel_web.pdf

6-     Privilégiez le biologique. Les aliments et produits biologiques coûtent plus chers à l’achat, mais leurs qualités environnementales et nutritionnelles en font les premiers choix. Lorsque c’est possible, choisissez le bio.

7-     Lisez les étiquettes. Plus un produit est transformé, plus son coût énergétique est élevé.

8-     Privilégiez les aliments peu emballés. Le suremballage est une source de pollution inutile.

9-     Mangez avez plaisir. Prenez le temps d’apprécier ce que vous mangez, ou encore mieux, ce que vous préparez.

10-  Souvenez-vous: tout doit se prendre avec modération, y compris la modération!

Le site Eating Ecologically pousse ces mêmes principes à l’extrême en dénonçant l’alimentation santé qui ne prend pas en considération le bien-être de la planète. Il est vrai que la production animale (viandes et produits laitiers), et surtout leur production industrielle, est le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. Il est aussi vrai qu’on peut très bien se nourrir sans manger de viande ni de produits laitiers. Par contre, ce type d’alimentation n’est pas pour tout le monde. Certaines personnes se sentent beaucoup mieux avec une alimentation végétalienne, mais d’autres ne tardent pas à manquer d’énergie. Si vous aimez ou vous sentez attirés par une alimentation végétalienne, peu importe la raison, allez-y, mais de grâce, apprenez à cuisiner végé. Prenez-le temps d’apprendre comment faire! Il est trop facile de se retrouver avec des carences alimentaires par manque de connaissances.

Personnellement, je recommande de modifier les habitudes de vies petit à petit, en commençant par prendre conscience des impacts de notre alimentation et en cheminant graduellement vers une meilleure santé individuelle, locale, économique et environnementale. Les changements trop radicaux ont moins de chance de devenir permanents.

Nous ne pouvons pas réformer le FAO: Organisation des nations unis pour l’agriculture et l’alimentation qui prône l’agriculture industrielle… Par contre, nous pouvons agir pour que notre assiette ressemble à nos valeurs. De plus, lorsque possible, nous pouvons nous objecter aux aberrations environnementales telles que l’utilisation du maïs pour faire de l’éthanol qui représente la pire absurdité en terme d’alimentation mondiale.

Bref, un pas à la fois, tous ensemble, il est possible de faire des changements bénéfiques pour tous.

Dans le même ordre d’idées, consultez La vraie cause de l’épidémie d’obésité qui expose les raisons de l’accessibilité des néfastes foods versus les fruits et légumes, ainsi que Dépendance alimentaire?

Santé!

 

Références:

  1. Macdiarmid JI, Kyle J, Horgan GW, Loe J, Fyfe C, Johnstone A, McNeill G. Sustainable diets for the future: can we contribute to reducing greenhouse gas emissions by eating a healthy diet? Am J Clin Nutr. 2012 Aug 1. [Epub ahead of print] PubMed PMID: 22854399.
  2. Clonan A, Holdsworth M. The challenges of eating a healthy and sustainable diet Am J Clin Nutr published 8 August 2012, 10.3945/ajcn.112.044487
  3. Smedman A, Lindmark-Mansson H, Drewnowski A, Modin Edman AK. Nutrient density of beverages in relation to climate impact. Food & Nutrition Research 2010, 54: 5170 – DOI: 10.3402/fnr.v54i0.5170 (texte complet gratuit)
  4. http://www.eateco.org/Environment/EnvGeneral.htm

7 commentaires

  1. Très bon article Jean-Yves,
    Comme femme, il est reconnu que nous mangeons moins de viande, c’est facile.
    En effet, j’essaie aussi de manger local en saison, en hiver, on a qd même qq produits de chez nous et je suis tannante pcq je le dis aux endroits où je vais si on m’offre des produits qui ne sont pas de chez nous, en saison. Je remarque que les produits bio proviennent presque tout le temps des USA ou ailleurs. Est-ce que le maïs vendu en magasin ou au marché est transformé ???
    Bon, l’important c’est que chacun de nous fasse sa part, un pas de plus, ne pas virer fou… et en parler. Je crois qu’il est important aussi d’encourager ceux qui font des efforts pour nous vendre des produits de la ferme dans nos quartiers.
    Bonne fin de semaine !

  2. Réduire sa consommation de viande surtout de viande rouge ne veux pas nécessairement dire devenir végétarien. Dans ces saines habitudes, il y en a pour tout les goûts. Modifier lentement ses habitudes de consommation est la façon la plus certaine de les adapter pour de bon. Alimentation, vêtements, meubles, suppléments alimentaire, services de toutes sorte… Sont tous des des secteurs de notre économie local et durable à soutenir pas seulement pour des questions écologiques, mais aussi pour des raisons économique et social. Créer et soutenir des entreprises d’ici permet de soutenir notre environnement et notre économie. Alors plus d’hésitation faite le virage en douceur, à votre rythme, mais surtout pour la vie.

  3. Je préfère éviter tout ce qui est légumineuse à cause de leur teneur en Oméga 6, ainsi que les pois et fèves en raison de leur teneur plus élevés en glucides.

    Personnellement, je crois qu’un problème encore bien plus grand que l’impact hypothétique de l’activité humaine sur le réchauffement climatique (qui est démenti par plusieurs), incluant les gaz à effet de serre générés par l’agriculture, est la pratique continue de monocultures qui ruine et appauvrit tous les sols. En ce sens, les produits considérés comme favorables sont les pires, et faire pousser d’autres cultures de même qu’élever du bétail aidera à les régénérer. Pour moi il s’agit du véritable ennnemi. Donc désolé, mais moi je préfère plutôt faire ma part dans le cadre de cette lutte-là, et je ne cesserai pas de manger de généreuses portions de viande de si tôt. 😉

    Je crois que si quelqu’un tient ardamment à être végétarien ou végétalien, il devrait au moins consommer de la noix de coco et des avocats, question d’avoir au moins une petite quantité de gras saturés dans son alimentation.

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