Le 19 janvier dernier, sur les chaines PBS (États-Unis) et CBC (Canada), on présentait un documentaire à scandale clamant que les suppléments alimentaires (dietary supplement aux États-Unis, produits de santé naturels au Canada, compléments alimentaires en France et ailleurs en francophonie) ne sont pas règlementés et sont dangereux.

Le titre donne déjà le ton du documentaire: «Supplements and Safety».(1) Ce reportage est tendancieux et ne rapporte que le point de vue des personnes interviewées, pas les faits.

Premier grand titre: Les suppléments ne sont pas règlementés.

Il faut voir ici un essai de nous garder dans le doute et de préserver le mythe d’une industrie du Far West où rien n’est règlementé. En fait, la réalité est tout autre. Au Canada, sous la Direction des produits de santé naturels (DPSN), une règlementation assez contraignante a été instaurée en 2004. Dès 2006, les produits naturels fabriqués au Canada devaient être élaborés selon les bonnes pratiques de fabrication et dans des usines conformes. Depuis aout 2014, la DPSN a terminé la phase d’implantation intérimaire de la règlementation. Maintenant, tout produit de santé naturel (PSN) doit avoir subi une évaluation avant sa mise en marché pour obtenir son numéro de produit naturel (NPN).(2) Les bonnes pratiques de fabrication impliquent des tests de stabilité et de contrôle de la qualité, l’implantation de procédures standardisées ainsi que le recours à des spécialistes formés. Bref, les exigences ne sont pas tout à fait celles du pharma, mais presque.

Aux États-Unis, la réalité est différente. La FDA (Food and Drug Administration) n’a pas implanté d’autorisation de mise en marché pour les suppléments, mais exige, depuis 2011, des normes de contrôle de la qualité.(3) D’ailleurs, les rappels de produits et les poursuites intentées par la FDA contre les contrevenants sont des preuves de l’existence de cette règlementation et des contrôles effectués.

Second grand titre: Les suppléments ne sont ni testés, ni prouvés. Ils arrivent sur le marché sans preuve d’innocuité (sécurité) ou d’efficacité.

Belle généralisation… En réalité, ce portrait n’est plausible que si vous achetez en ligne des suppléments provenant d’ailleurs (de Chine, par exemple). C’est aussi vrai pour les produits pharmaceutiques achetés en ligne. La contrefaçon est un fléau mondial important.

La DPSN et la FDA requièrent des contrôles de qualité, donc des tests qui confirment l’absence de contaminants, de bactéries, de pesticides, de même que ceux qui montrent la concentration et l’identité des ingrédients.

De plus, la règlementation de la DPSN est basée sur la gestion du risque: l’essentiel de l’approbation d’un produit repose sur le rapport de la totalité de la preuve de son innocuité. Pour ce qui est de l’efficacité, la DPSN accepte les usages traditionnels. On peut argumenter longtemps sur la valeur de ces usages, mais quand un produit est utilisé depuis plus de 50 ans (définition du traditionnel selon Santé Canada) pour une indication X, il y a fort à parier que plusieurs en sont satisfaits. Sinon, le produit serait disparu du marché. Un produit qui ne se vend pas, peu importe le marketing, finit par disparaitre du marché.

Et le test d’ADN?

Un des arguments avancés pour démontrer que les suppléments ne sont pas testés est le test d’ADN (DNA Barcode test) que l’Attorney General de New York a utilisé pour s’attaquer aux compagnies de PSN. Mais pour vérifier la qualité d’un extrait à l’aide de ce test, il faut d’abord en connaitre les limites.

  1. Il faut savoir que l’ADN d’une plante n’est pas nécessairement présent dans son extrait. Par exemple, si vous faites infuser des feuilles de thé dans l’eau chaude et que vous filtrez très bien, votre extrait de feuilles ne contiendra pas d’ADN. L’eau aura extrait les molécules solubles (catéchine, caféine, tannins, etc.), mais l’ADN sera resté prisonnier des cellules dans les feuilles. Le test d’ADN ne détectera donc pas d’ADN de thé.
  2. De même, il faut connaitre le procédé de fabrication du produit avant de procéder au test d’ADN. Si ce test détecte de l’ADN de riz dans un extrait sec, est-ce que cela signifie que le produit est adultéré? Plusieurs extraits en poudre sont fabriqués en vaporisant un extrait liquide sous vide pour le faire sécher. Pour faciliter la manipulation, cette vaporisation se fait sur un substrat (une poudre), comme de la farine de riz. Le test d’ADN détecte évidemment cette poudre…
  3. Bien sûr, il faut aussi utiliser des échantillons d’ADN valables pour procéder aux tests. Comme la compagnie qui a procédé aux tests pour l’Attorney General de New York n’a pas cru bon de rendre les siens public, il est difficile de savoir s’ils sont valables.

3ème grand titre: Avec les produits pharmaceutiques, c’est différent! La FDA analyse les médicaments en profondeur avant qu’ils ne soient commercialisés.

Eh bien ça, c’est carrément faux. La FDA et Santé Canada ne font pas de test sur les médicaments pharmaceutiques. Ces tests et études sont sous la responsabilité du fabricant. Certains professionnels de la santé affirment même qu’on devrait, en tant que professionnels, attendre quelques années après l’approbation d’un médicament avant de le recommander, pour mieux connaitre son innocuité. Rappelez-vous l’histoire du Vioxx™ qui a été retiré après sa mise en marché pour cause de toxicité cardiaque.

Les autorités règlementaires (FDA, Santé Canada, etc.) évaluent les documents fournis; elles ne procèdent pas aux études. Ce système est basé sur la confiance des autorités envers les compagnies qui doivent fournir toute l’information, et uniquement la vérité. L’histoire nous raconte une tout autre histoire. Pensez à la thalidomide, au Redux, au Halcion, etc.

Le magazine Forbes a publié un dossier très intéressant, sous la plume d’Érika Kelton, qui montre que l’industrie pharmaceutique n’a pas la réputation d’être la plus transparente.(4)

4ème grand titre: Les suppléments sont dangereux, voire mortels

Pourtant, contrairement aux médicaments qui, eux, entrainent des milliers de morts tous les ans, les vitamines et minéraux n’ont causé aucun décès depuis que le CDC (Center for Disease Control, USA) compile des statistiques.(5)

Tel que mentionné au second grand titre, l’innocuité est le point le plus important pour permettre ou non la mise en marché d’un PSN. On peut discuter longtemps de certains produits en particulier, de l’efficacité réelle dans certaines indications, de bien des choses, mais la réalité est que les suppléments sont très sécuritaires, beaucoup plus sécuritaires que les médicaments.

Controverse… payante

Bref, voilà encore un documentaire avec des intentions cachées de propagande dans le but de créer de la controverse et de la confusion. Ne serait-il pas plus intéressant d’avoir un point de vue plus nuancé, plus objectif, plus utile à la population dans le but de l’aider à faire des choix éclairés?

Probablement pas, puisque la controverse crée la cote d’écoute… La voie du milieu, le gros bon sens, ne paie pas.

Santé!

Références:

  1. http://www.pbs.org/wgbh/frontline/film/supplements-and-safety/
  2. http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/prodnatur/index-fra.php
  3. http://www.fda.gov/Food/DietarySupplements/
  4. Is Big Pharma Addicted To Fraud? http://www.forbes.com/sites/erikakelton/2013/07/29/is-big-pharma-addicted-to-fraud/#446cc5e45fac
  5. No Deaths from Vitamins. Absolutely None. Saul A. 3 janvier 2016. http://orthomolecular.org/resources/omns/v12n01.shtml qui cite «2014 Annual Report of the American Association of Poison Control Centers’ National Poison Data System (NPDS): 32nd Annual Report» http://www.tandfonline.com/doi/full/10.3109/15563650.2015.1102927

15 commentaires

  1. Bonjour
    je fais des rhumes à répétition,et pour cause ASTHME,je suis à nouveau,sous antibiotiques.Je prend en complément alimentaires,du RHODIOLIA,pour me booster un peu,ainsi,que du GRIFFONIA,avant de me coucher.(je prend le Rhodiola le matin,à distance des médicaments,(le soir.Singulaire pour asthme.
    Merci à vous

  2. Salut Jean-Yves, je suis Laura conjointe de Charlie, ancien propriétaire du Resto K2 à Rawdon, tu te souviens. Pour que tu me places. Je suis au prise avec la fibromy…S.F.C. et S.M.F., je suis très mal en point, du moins les pires moment furent en 1998, je ne pouvais même plus me nourrir moi-même…etc…mémoire nul, sommeil 18-20 heures ou rien pis y a pas vraiment de différence)etc etc… je crois que tu peux facilement deviner. J’ai vu les livres que tu recommande, mais vois-tu, après 30 ans d’essaies, y a eu que le Mexique qui m’a fait du bien et l’hypnothérapie, malheureusement Charles est très malade et il ne peut voyager, ben son gastro-entéro…. lui interdit, alors à part la piscine chaude, que puis-je faire? s’il y a innovation. Les médecins que j’ai vu sont dépassés, voir même incompétents (clinique de la douleur Hop. Général, rhumathologues” je ne comprends pas leur expertises en tant que rhumathologues)

    J’ai l’impression de me plaindre, mais je suis tellement seule avec tout ça à part mon Charles qui s’occupe de moi sans rien dire.)

    Merci pour toute ton attention, et si tu n’as pas grand chose à me dire, un petit coucou fera l’affaire.

    A bientôt, Laura

    1. Bonjour Laura
      Certainement que je me souviens.
      La première recommandation qui ne coute rien est de changer ton alimentation. Regarde tout ce qu’a écrit Jacqueline Lagacé. https://jacquelinelagace.net
      Sans gluten et sans produit laitier. Le plus bio possible selon ton budget et l’accessibilité. Et le plus d’aliments verts.
      D’ailleurs, avec le printemps, informe-toi sur ce qui pousse directement chez toi comme les jeunes pousses de pissenlit.
      Ces simples gestes au bout de quelques semaines donnent des résultats au niveau de l’énergie et de la douleur. On pourrait parler de suppléments spécifiques mais commence par ça.
      Tiens moi au courant
      Santé!

  3. Que peut-on faire pour que PBS et CBC se rétracte mais cette fois en donnant l’information juste et pertinent concernant les NPN! C’est tout à fait évident que “Big Pharma” est derrière ce reportage, mais concrètement comment pouvons-nous les contrer, en tant qu’individu? Nous n’avons pas tous la portée que peut avoir Dr. Mercola et cesser de faire des dons à PBS.

    1. Bonjour Madeleine
      Je ne sais pas. La seule chose qu’on puisse faire est de s’impliquer ici, avec les producteurs d’ici.
      Merci de me lire
      Santé!

  4. Contôle…contrôle…contrôle…Bientôt ils voudrons aussi prendre l’ADN de l’air qu’on respire pour mieux nous contrôler et remplacer les PSN par de puces électroniques….inroyable…À dire que les gens qui décident de tels folies sont nommés «spécialistes» de la santé…mieux pas y penser….

    1. Bonjour Michel
      Et pourquoi pas une taxe sur l’air qu’on respire 🙂
      Bien d’accord avec vous. Une plante médicinale… pousse dans mon jardin
      Santé!

  5. Le plus grand risque des produits de santé naturels est dù aux interactions qu’ils peuvent causer avec les produits pharmaceutiques. Ceux qui mélangent les deux doivent en aviser leur pharmacien.

  6. Je prends des suppléments alimentaires depuis des années et j’en retire des bénéfices observables, pour ma santé.

    Un régime sain et équilibré fait aussi la différence. Si un produit semble mal produit, j’évite de l’acheter, dans la mesure de mes connaissances.

    À date, j’ai confiance aux suppléments alimentaires vendus au Québec.

    Merci pour cet excellent billet.

  7. L’industrie pharma est aux abois : au Brésil, un nouveau médicament naturel (cherchez sur Google “cancer, fosfoetanolamina” et vous verrez de nombreux articles en portugais, que Google vous traduira) a démontré son efficacité contre le cancer, et il a reçu l’autorisation d’un Tribunal, sans passer les tests. Des milliers de personnes ont déjà été guéries. Aïïïe,… Pas bon pour l’industrie, ça.
    Alors, ils essaient de décrédibiliser les thérapies naturelles. Une vraie mafia.

    1. Bonjour Jean-Marc
      Attention, le phospholipide d’éthanolamide est intéressant mais pour l’instant, les études sont en éprouvette et sur des modèles de cellules de cancer implantées sur des rongeurs. Je ne crierai pas au miracle avant d’avoir vu des effets chez les humains.
      N’ai-je pas lu que le gouvernement avait octroyé des subventions et l’autorisation pour des études chez l’humain ?
      directement en anglais http://www.fosfo.etanolamina.com.br/Artigos/Medicina/
      Très prometteur.
      Santé!

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