En fouillant dans mes archives, j’ai déniché cet article que j’ai écrit à l’été 2006. Vous verrez en le lisant que plus ça change, plus c’est pareil!

Les antioxydants seraient néfastes pour la santé !

Dans un article intitulé The antioxidant myth: a medical fairy tale (Le mythe des antioxydants : un conte de fée médical), paru dans le magazine The New Scientist du 5 août 2006, l’auteur Lisa Melton nous offre son opinion (puisqu’il ne s’agit aucunement d’une recherche) sur l’inefficacité des antioxydants. Cet article à saveur éditoriale apporte d’ailleurs des conclusions qui ne sont absolument pas supportées par les recherches citées.

Regardons de plus près comment cet article (et tous les articles de ce type) est écrit pour que la thèse défendue soit crédible aux yeux du lecteur.

Titre scandaleux

L’engouement légitime pour les produits de santé naturels fait en sorte qu’ils sont une cible de choix pour la controverse et donc un plus pour qui se préoccupe de cote d’écoute et de tirage. Ajoutez à cela un titre plus que controversé, scandaleux: Le mythe des antioxydants: un conte de fée médical. À la fois accrocheur et scandalisant, il est sûr d’attirer l’attention. Grâce à ce titre, l’auteur atteint déjà partiellement son but: semer le doute quant à l’efficacité des antioxydants.

Crédibilité du travail de l’auteur

Question d’installer sa crédibilité, l’auteur cite généralement des études qui vont dans le sens opposé à la thèse développée pour montrer qu’il a bien fait le travail. Dans l’article qui nous intéresse, l’auteur cite des études positives sur la vitamine E comme celles de Harvard, du début des années 90 (réduction du risque de 20% de maladies cardiaques) et l’étude CHAOS (réduction du risque de 77%). Par contre, le ton est désobligeant avec des petits commentaires du genre: «C’était trop beau pour être vrai!».

Études supportant la thèse défendue

Ensuite, viennent les citations des dernières études négatives, celles qui vont dans le sens de la thèse développée, et des entrevues de chercheurs prestigieux et de personnalités crédibles qui rivent le clou avec un ton je vous l’avais bien dit! Notons que, suite à la parution de cet article, une des citations a été démentie par son auteur (Dr Andrew Shao du Council for Responsible Nutrition, une association de fabricants de produits naturels basée à Washington DC) qui dit avoir été incomplètement et incorrectement cité. Son commentaire original n’allait pas du tout dans le sens des conclusions du Dr Melton.

Abstentions

Évidemment, l’auteur évite soigneusement de parler de certaines recherches qui sont, ma foi, un peu trop concluantes. Ici, l’article ne fait aucunement mention d’antioxydants comme le sélénium ou encore des études qui s’intéressent à des combinaisons d’antioxydants, comme l’étude SU.VI.MAX., en France, qui a obtenu des résultats très significatifs. D’ailleurs, combien de fois faudra-t-il le répéter? Les combinaisons d’antioxydants lipophile + hydrophile sont beaucoup plus efficaces que les antioxydants isolés. Mais lorsqu’on désire obtenir des résultats négatifs, n’est-il pas plus facile d’ignorer cette simple règle et d’effectuer une étude sur un antioxydant unique?

L’auteur

Dans ce genre d’article, il faut également comprendre les intérêts de l’auteur. Dans ce cas-ci, Dr Lisa Melton (http://www.biped.org.uk/about.htm) travaille pour la fondation Novartis (fondation crée par une compagnie pharmaceutique) en Angleterre depuis 1999. On voit tout de suite où se situe son intérêt. D’ailleurs, dans son CV, il est clair que les articles qu’elle écrit ont tous pour but de vanter les mérites d’une certaine science et des médicaments ou de décrier les autres approches.

Une bonne vieille stratégie

Ce genre d’article démagogique a un but bien précis: instaurer le doute et miner la confiance dans les outils disponibles en vente libre. Il s’agit d’une stratégie toute simple et vieille comme le monde pour s’attaquer à un marché compétitif. Il est facile de comprendre que, en prenant soin de sa santé par une diète ou l’usage de suppléments à visée préventive, on diminue le risque de maladie et, de même, le besoin de médicaments. On peut se scandaliser de constater de telles pratiques, mais ce sont des stratégies classiques pratiquées par tous les grands consortiums mondiaux (transnationales), pharma ou autres, pour s’accaparer des parts de marché.

Bis repetitas…

Pour que le public cible retienne le message de base (les produits naturels ne sont pas bons!), il faut le répéter régulièrement. De nouveaux articles chocs paraissent donc périodiquement dans les médias:

Automne 2004: La vitamine E augmente les risques de mortalité

Été 2005: L’échinacée inefficace

Janvier 2006: Grands écarts : Les multivitamines contiennent une vingtaine, voire jusqu’à une trentaine de vitamines et minéraux. Peut-on se fier aux fabricants et à Santé Canada pour s’assurer que le compte y est ?

Février 2006: La glucosamine pas plus efficace que le placebo

Août 2006: Le mythe des antioxydants : un conte de fée médical

Et j’en passe. Pourtant, pour chacune des études négatives citées, il existe une légion d’études positives qui, elles, ne font pas le fil de presse. De plus, lorsqu’on regarde ces études de plus près, on y trouve toujours un point où le bât blesse.

Par exemple, dans la méta-analyse sur la vitamine E, on constate une sélection biaisée des études pour obtenir les résultats voulus. Lorsque Protégez-vous a décrié les multivitamines, la plupart des produits étaient pourtant conformes! Dans l’étude GAIT sur la glucosamine, on constate une mauvaise interprétation des résultats (les auteurs ont-ils oublié de mentionner que la combinaison Gluco/chondro est beaucoup plus efficace que tout le reste?). D’ailleurs, le titre de cette étude aurait très bien pu être Le médicament de référence (Celebrex®) n’est pas plus efficace que le placebo!!!

Malheureusement, ces études ont toujours un impact sur la population. Lorsque l’étude GAIT a affirmé que «la glucosamine n’est pas plus efficace que le placebo», certaines personnes ont arrêté de prendre leur supplément malgré le fait qu’il leur apportait du soulagement. Plusieurs se sont aperçus plus tard que leurs douleurs articulaires étaient revenues et ces mêmes douleurs ont disparues lors de la reprise de la glucosamine!

Pour éviter de se laisser porter par la vague des scandales, il faut absolument consulter plusieurs sources d’information. S’il fallait se fier uniquement à CNN pour se faire une idée de la politique américaine, où irait le monde? Il en va de même du monde des produits naturels…

6 commentaires

  1. Cette question soulève les passions car il est fascinant de voir comment on sème la peur aussi systématiquement par les médias créant du même coup le stress paranoïaque qui justifie la méfiance qui va jusqu’à provoquer les catastrophes et l”écoeurement – oui on finit par se dire de toute façon rien à faire je m’engouffre un (né!) fastfood graisseux-amère-sucré au moins là je sais que ça va me rendre ‘heureux’ pour 5 minutes.

    Quelqu’un disait qu’un des facteurs de maladie était l’obsession de la santé à tout pris (au mépris des vraies questions des vraies actions des vraies compréhensions de ces question complexes mais si accessibles aujourd’hui, merci M. Dionne!).

    N”hésitez pas à partager des trucs des méthodes, des façons d’acheter intelligemment, simplement sans devoir toujours faire le tour de 1000 pages sur le web pour se faire une idée de ce qu’il vaut mieux préférer dans nos achats, et pour nos habitudes de vie)

    mercis

    1. Bonjour Alain
      Le plus grand problème de la mauvaise presse est qu’elle apporte de la confusion plutôt que de l’information. Je continue, persiste et signe. Lentement et sûrement, vous verrez au fil des articles toute sorte de chose apparaître avec un certain favoritisme pour la nouvelle d’actualité 🙂
      Merci beaucoup.
      JYD

  2. Chercher à qui le crime profite !

    Ce vieil adage nous est souvent précieux dans l’analyse d’une information. Il y a une réalité que l’on doit malheureusement tenir compte: l’industrie pharmaceutique axée sur les molécules de synthèse représente des activités de plus de 700 milliards d’euro/an dans le monde. (documentaire: l’or vert, 2006)

    La consommation de produits naturels santé comme vous le savez est en constante augmentation depuis plus de 20 ans à un rythme qui provoque certainement une mauvaise bile aux dirigeants des conglomérats pharmaceutiques.

    Dans une simple analyse prospective de la situation on pourrait prévoir que ce secteur va imploser dans les quelques décennies à venir. Pas une prédiction alarmiste qui nous vient d’écrits nébuleux mais une simple constatation tirée de l’histoire moderne de l’ère industrielle.

    Selon le documentaire belge: OR VERT, les 3,000 +++ produits des pharmaCo aujourd’hui seulemnt environ 60+++ sont de premières générations et vraiment originaux. Les autres sont des produits de type évolués mais des moi aussis qui demandent des ressources marketing gigantesques et qui selon certains observateurs du secteur sont de moins en moins efficaces.

    Donc, il ne faut pas se surprendre des techniques de guérilla en dé-information d’un secteur qui semble aux abois dans ses stratégies à la Melton.

    1. Bonjour Pierre
      Un jour, un chercheur a écrit dans le journal médical canadien qu’il faut investir massivement dans les produits non brevetables parce qu’ils représentent l’avenir et que si on n’investit pas dans ce créneau, la connaissance ne sera pas là pour soutenir l’usage. Ainsi, sans connaissance pas de reconnaissance et donc pas possible de distribuer ces bienfaits à bas prix au plus grand nombre. Le produit cité dans son cri du coeur était les huiles de poisson mais on pourrait l’appliquer à bien plus.
      Je dois avouer mon manque de culture par rapport à votre message : Qui est Melton ?
      Concernant l’industrie pharmaceutique, il est tout à fait vrai que les pipelines ne produisent pas de nouveauté et que les produits ne sont que rarement des avancées thérapeutiques réelles. De plus, l’innocuité…
      Pensez au prochain injectable qu’on nous enverra comme panacée!
      À bon entendeur.
      JYD

  3. je partage à 100% les propos de votre article, les médias ne fait que des gros titres, et les études sont très très souvent mal interprétées ou ils prennent celles qui font leur affaire, autrement dit celle qui va dans le sens négatif des produits naturels.
    et que dire des études à conclusion négative, alors souvent lorsqu’on regarde plus en détail, ex: il isole des molécules
    retrouvé dans le millepertuis ou échinacée, et après ils disent que c’est inéfficace. bien sûr la plante elle-même ne vit pas d’une seule molécule alors son tout est important si minime soit-il. donc sa molécule principale active agit oui, mais pas seule. les scientifiques pharmacologiques ne sont pas habitués de faire interagir deux, trois voir une multitude de molécules différentes comme présent dans la nature….

    1. Bonjour Mme G. (en fait je crois que c’est Guylaine 🙂 )
      Merci pour votre commentaire et un très grand merci pour la référence de mon blog sur le vôtre.
      La notion de l’isolation des principes actifs est l’objet d’une controverse aussi vieille que la pharmacologie elle-même. Un France, on vous parlerait du totum versus extractum. Il serait d’ailleurs intéressant d’en faire un article. Vous parlez d’interaction… Imaginez la complexité d’un modèle dans lequel on isolerait tous les principes acitfs de l’ail ou de l’échinacée ou, pire encore, de la valériane. Ensuite, il faudrait les recombiner 2 par 2 pour évaluer les synergies et antagonismes. Ensuite, faire toutes les combinaisons possibles avant de revenir à l’extrait global. D’un point de vue pharmacologique, ce serait la seule façon de comprendre une plante… Bref, nous n’avons pas les modèles pour étudier et comprendre les multiples interactions existant dans la plante elle-même. Souvenez-vous d’une chose plus importante encore que l’isolation des molécules: la possibilité de breveter la découverte. Si la molécule naturelle ou l’extrait de la plante était brevetable (donc payant pour quelqu’un) nous n’aurions pas cette discussion.
      Au plaisir
      JYD

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