• Recherche

Depuis des années, on nous vend des aliments et boissons sans sucre (sucrés avec des édulcorants synthétiques non caloriques) en nous promettant qu’ils ne font pas engraisser et qu’ils sont sécuritaires pour les diabétiques et toute personne qui se soucie de sa santé. Déjà en 2010, j’abordais le sujet dans un commentaire à propos d’une étude d’observation (Les édulcorants synthétiques: sécuritaires? https://www.jydionne.com/les-edulcorants-synthetiques-securitaires/). Cette étude portait sur le risque que courent les femmes enceintes qui consomment des boissons gazeuses «diète». Plus récemment, en 2013, une étude montrait le lien entre la consommation de boissons sucrées (sucre rajouté) et/ou de boissons gazeuses sans sucre et le risque de diabète (Les édulcorants non caloriques, pires que le sucre? https://www.jydionne.com/les-edulcorants-non-caloriques-pires-que-le-sucre/). Dans cette publication, on montrait une augmentation du risque de diabète de 121% avec une consommation de 603 ml par semaine de boissons sucrées sans sucre (un cannette contient 355 ml, donc moins que 2 cannettes par semaine).

Ces 2 études étayent le doute que nous avions déjà quant à la sécurité de ces substances, mais elles ne peuvent ni le prouver, ni l’expliquer.

Quel est donc l’effet des édulcorants synthétiques?

En septembre dernier, la prestigieuse revue Nature a publié les résultats d’une équipe de chercheurs qui a tenté d’expliquer ce phénomène. L’équipe de Suez et collaborateurs a donné à des souris, en plus de leur nourriture habituelle, différents cocktails à boire durant une semaine: eau seule; eau + sucre (sucrose); eau + glucose; eau + saccharine; eau + sucralose; eau + aspartame.

Leurs résultats ont de quoi en surprendre plus d’un: les 3 groupes ayant consommé des édulcorants synthétiques (saccharine, sucralose, aspartame) ont développé une intolérance au glucose (leur glycémie [sucre dans le sang] s’est mise à monter), alors que les 3 autres groupes (eau seule, sucre, glucose) n’ont pas eu cet effet.

Une action sur les bonnes bactéries

L’hypothèse a été lancée que l’effet sur la tolérance au glucose pourrait être dû à une action sur le microbiote, c’est-à-dire sur les bactéries intestinales. On le sait maintenant, cet univers complexe qu’est notre microbiote joue un rôle important dans notre vie, notre santé et/ou nos maladies.

Pour confirmer cette hypothèse, les chercheurs ont soumis toutes les souris à un traitement antibiotique qui avait pour but d’annuler la différence postulée au niveau du microbiote. L’antibiotique a bien joué son rôle: la différence de tolérance au glucose entre les groupes a disparu.

Les chercheurs ont poussé l’étude encore plus loin. Ils ont analysé l’ADN du microbiote (le génome du microbiote, aussi appelé microbiome) des souris ayant consommé de la saccharine. Ils ont constaté que la prise de cet édulcorant a profondément perturbé le microbiome des souris.

Ensuite, les chercheurs ont pris le microbiote de ces mêmes souris et l’ont transplanté dans des souris saines qui n’avaient pas participé à l’étude (on les appelle «souris naïves»). Ces souris naïves ont soudainement développé une intolérance au glucose, sans avoir jamais consommé d’édulcorant synthétique…

Et chez l’humain?

Pour confirmer leurs découvertes chez l’humain, les chercheurs ont demandé à 7 volontaires de consommer la dose maximale de saccharine permise par le gouvernement américain durant 6 jours. Durant cette courte période, 4 d’entre eux ont développé les mêmes perturbations de la glycémie que les souris. Finalement, ils ont prélevé un échantillon du microbiote d’un de ces 4 volontaires et l’ont transplanté dans des souris saines. Résultats: les souris ont aussitôt développé une intolérance au glucose.

L’intolérance au glucose est souvent associée à l’embonpoint, à l’hypertension et aux dyslipidémies (cholestérol, triglycérides). Ces résultats fascinants expliquent donc un effet des édulcorants qu’on constate fréquemment: les consommateurs réguliers de ces boissons sans sucre sont plus gros que ceux qui n’en boivent pas.

Cette recherche nous permet de mieux comprendre l’effet des édulcorants de synthèse. Ces substances agiraient de façon négative sur nos bactéries intestinales (microbiote), et les changements provoqués altèreraient notre capacité à métaboliser les sucres.

Sans que cette étude puisse être considérée comme une preuve absolue, elle pousse encore plus loin la logique qui me fait dire, depuis des années, que les édulcorants synthétiques n’ont pas leur place dans l’alimentation humaine.

Santé!

 

Références :

  1. Recherche: Suez J, Korem T, Zeevi D, Zilberman-Schapira G, Thaiss CA, Maza O, Israeli D, Zmora N, Gilad S, Weinberger A, Kuperman Y, Harmelin A, Kolodkin-Gal I, Shapiro H, Halpern Z, Segal E, Elinav E. Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. Nature. 2014 Oct 9;514(7521):181-6. doi: 10.1038/nature13793. Epub 2014 Sep 17. PubMed PMID: 25231862. http://www.nature.com/nature/journal/v514/n7521/full/nature13793.html
  2. Commentaire en français: Courie R. Edulcorants, la pilule amère ! JIM.fr (journal international de médecine, section Nutrition) publié le 13-11-2014. http://www.jim.fr/medecin/thematique/06_nutrition/e-docs/edulcorants_la_pilule_amere__148667/document_actu_med.phtml

Photo: Yan morello

20 commentaires

  1. Alors pour quelqu’un, comme mon mari, qui aime et consomme régulièrement des boissons gazeuses, il serait préférable qu’il choisisse des boissons gazeuses régulières plutôt que ‘diète’ avec tout le sucre et les calories que ça comporte ? Je sais que l’idéal est de s’abstenir tout simplement, mais la réalité n’est pas nécessairement évidente (e.g. convaincre de cesser ‘cold turkey’)

    1. Bonjour Carole
      L’un et l’autre ne sont pas bons. Je sais aussi qu’il est particulièrement difficile de convaincre un consommateur de cesser. Aussi pire que le tabac comme dépendance. Au mieux , on peut suggérer de réduire en lui faisant lire les textes de mon site à ce sujet… Ça vaut ce que ça vaut.
      On ne peut que suggérer. Il doit faire sa propre démarche. Je vous suggère de lire à propos de l’approche Prochaska. Cette approche conçue pour le tabagisme nous permet de mieux comprendre où la personne se situe par rapport à sa consommation (pré-contemplation, contemplation, action, etc.).
      Santé!

  2. Cela ne m’étonne pas.
    Mais je voudrais avoir une confirmation pour la STEVIA.
    Agit-elle de la même manière ? J’en utilise beaucoup dans la journée entre thé et infusion.
    Merci

    1. Bonjour Guezenec
      Il serait surprenant que le stévia agisse de cette façon parce que chimiquement, c’est un glycoside donc une substance que les bactéries sont capables de métaboliser. Par contre, je n’ai pas vu d’étude sur le sujet.
      Santé!

  3. Selon Passeport Santé.net –¨>

    Glucose sanguin. Des essais de faible envergure (de 12 à 31 sujets) indiquent que l’extrait de stévia a :
    – augmenté la tolérance au glucose et abaissé le taux de glucose sanguin chez des sujets en bonne santé13.
    – abaissé la glycémie après un repas type chez des patients atteints de diabète de type 214.
    – abaissé la glycémie après un repas chez des personnes minces ou obèses en bonne santé15.
    Malgré ces résultats prometteurs, des études de meilleure qualité et de plus grande envergure seront nécessaires avant de conclure à l’efficacité du stévia.

    Ces résultats tendent à corroborer l’usage traditionnel du stévia qui est utilisé en Amérique du Sud pour traiter le diabète. Cependant, ils n’ont pas été confirmés par 2 autres essais menés sur des sujets en bonne santé11,16. Là encore, l’auteur d’une synthèse émet l’hypothèse que l’effet bénéfique du stévia sur la glycémie ne se manifesterait que lorsqu’elle est trop élevée12.

    Qu’en pense Jean-Yves, finalement ?

    1. Bonjour Marie-Claude
      La plante et/ou ses glycosides ne devraient pas affecter la flore parce qu’il s’agit de composés que les bactéries connaissent et non de substances ayant des effets secondaires de “pesticides” pour les bactéries. Par contre, je ne crois pas que le stévia aura un effet direct sur la glycémie, simplement il permet la réduction de la consommation de sucre.
      santé!

  4. Que dire alors des édulcorants “sains” du type stévia, lucuma, sirop de yakon, sucre de fleur de coco… qui sont des agents sucrants à glycémie zéro ou qui ont un faible index glycémique? Est-ce le même principe? Merci pour votre réponse.

    1. Bonjour Hélène
      Attention, le stévia ne contient pas de calorie mais les autres sont des sucres. Moins calorique et avec un index glycérique moins élevé que le sucre, ils contiennent quand même des glucides. Ce sont des aliments.
      Santé!

  5. Dommage que l’étude n’a pas envisagé un groupe de souris consommant de la stevia. Avez-vous une info concernant un éventuel même effet pervers de la stevia sur le macrobiote ?

  6. Très intéressant.

    La stévia en poudre ou en solution peut-elle être considérée comme un édulcorant de synthèse et avoir les mêmes effets?

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

*