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Il n’y a pas si longtemps, un peu avant la flambée médiatique de la pseudo-épidémie de grippe du cochon, toute la presse s’emportait contre les BPA (bisphénols aromatiques), ces agents dits plastifiants inclus dans nombreux plastiques. Les BPA sont des molécules qui ont un potentiel toxique, en particulier comme perturbateurs hormonaux ou endocriniens.

D’un côté du débat, il y a des experts qui prétendent que la dose qu’on ingère est minime et que le corps peut très bien la métaboliser. Selon eux, donc, les BPA sont sécuritaires… De l’autre côté, d’autres experts affirment que les BPA s’accumulent dans le corps, qu’ils ont des effets toxiques même à doses infinitésimales et que leur impact s’ajoute à celui d’autres substances de notre environnement immédiat.

Chez Santé Canada, l’argument qui a finalement fait pencher la balance est que le plastique des biberons en contenait et que le fait de faire chauffer le boire de bébé aux micro-ondes dans ces biberons augmente la pénétration des BPA dans la formule pour nourrisson. DONC, Santé Canada a adopté son habituelle approche mi-chèvre mi-chou lorsqu’il s’agit d’une substance potentiellement toxique en interdisant les BPA dans les produits pour enfants. C’est un début, mais la question est loin d’être réglée!

Il y a trois points dans l’argumentation des opposants aux BPA dont on ne parle pas assez à mon goût!

1- La toxicité apparaît à dose infinitésimale;

2- Les BPA s’accumulent dans le corps;

3- Les effets toxiques des BPA s’ajoutent à ceux d’autres substances de notre environnement.

La toxicité apparaît à dose infinitésimale

Des chercheurs ont démontré que, sur des singes (donc des animaux génétiquement beaucoup plus proches de nous que des rongeurs), la dose usuelle de BPA avait un effet profond sur la capacité du cerveau d’apprendre et de faire des synapses (connections entre les neurones).(1)

Accumulation dans les tissus gras du corps humain

Les BPA peuvent s’accumuler dans les tissus gras et ainsi n’être ni métabolisés, ni éliminés.(2) Mais il faut savoir que les tissus gras du corps ne correspondent pas seulement à la « bedaine », mais aussi au cerveau (qui contient 65% de gras) et aux glandes endocrines comme les ovaires et les testicules… Alors, si les BPA sont de potentiels perturbateurs hormonaux et qu’ils peuvent s’accumuler dans les tissus où ces hormones sont les plus actives (les glandes et le cerveau), n’avons-nous pas ici une bombe à retardement, une catastrophe biologique en puissance?

Les effets toxiques des BPA sont additifs

Même si les doses sont minimes, loin sous les doses létales estimées, même si une forte proportion de la dose ingérée est métabolisée, qu’arrive-t-il lorsque le corps est en contact avec une myriade de perturbateurs hormonaux différents? L’addition des effets et, pire encore, la synergie des effets, sont extrêmement difficiles à étudier. Il y a par contre des pistes de compréhension. En effet, on sait que plusieurs perturbateurs hormonaux affectent les capacités du cerveau. Ces effets sont mesurés chez le primate.(3)

Outre les BPA, il existe plusieurs perturbateurs endocriniens aussi nommés « xénoestrogènes », notamment :

· Les dioxines, PCB et autres polluants

· Les pesticides organochlorés

· Les agents ignifuges (substances appliquées sur les tissus pour retarder le feu… en particulier sur les pyjamas des enfants)

· Les agents antitaches (les Scotchgard et autres de ce monde)

· Les médicaments qui se retrouvent dans l’eau potable (comme les anovulants)

· Les phtalates (d’autres agents plastifiants)

Tous ces agents ont des caractéristiques similaires. Ces composés sont des perturbateurs hormonaux, liposolubles (solubles dans les gras et pouvant s’accumuler dans les tissus gras), difficiles voire impossibles à éliminer complètement de l’organisme, etc. Ils peuvent agir par des mécanismes différents, mais complémentaires, pour affecter le métabolisme hormonal et la survie des cellules. Alors qu’arrive-t-il lorsque les effets de plusieurs de ces substances s’additionnent? On ne le sait pas vraiment, et c’est plutôt inquiétant…

Dans plusieurs pays, des experts se penchent sur la présence de ces composés dans l’environnement, leur toxicité et, surtout, les stratégies à prendre pour éviter leur accumulation.

Le centre de toxicologie du Québec (CTQ) veille. Il a publié un document à propos des phtalates (disponible en version PDF) qui mentionne le manque de preuve du lien entre les phtalates et les problèmes de fertilité, mais aussi le besoin de continuer à étudier leurs effets. Il faut savoir que ces composés sont partout, même dans les instruments médicaux. De plus, dans cette optique de gestion des substances à risque, le CTQ a publié l’indicateur de risque des pesticides du Québec.

Le comité de la prévention et de la précaution du gouvernement français a aussi publié un document fort intéressant, mais un peu long: Les perturbateurs endocriniens: quels risques?

Quoi qu’il en soit, toute cette attention scientifique et toutes ces bonnes intentions me laissent un peu perplexe! Les rapports scientifiques sont pleins de précautions et manquent définitivement de prises de position. Un groupe d’experts (un autre) a publié une « prise de position » qui dit essentiellement qu’il ne faut pas se baser sur la preuve scientifique actuelle parce qu’elle n’est pas efficace!!!(4) Personne ne veut se prononcer…

Et nous, là-dedans, que doit-on faire?

Partons du principe de précaution (si cher à nos législateurs quand il s’agit d’interdire une substance naturelle, mais qu’ils ont tendance à oublier lorsqu’il s’agit d’une substance à risque comme les perturbateurs hormonaux).

1- En l’absence de preuve d’innocuité (de non toxicité), considérons ces substances comme dangereuses.

2- Comme ces substances n’apparaissent pas sur les étiquettes, il faut se renseigner sur les sources et diffuser cette information. (Vous pouvez utiliser les commentaires à la fin de cet article si vous connaissez des sources de perturbateurs hormonaux et voulez les partager!)

3- Comme individu, nous devons faire un effort conscient pour éliminer de notre environnement immédiat les sources de ces poisons potentiels.

Dans de prochains articles, je vais couvrir les principales sources de ces polluants (que ça ne vous empêche pas d’en envoyer d’ici là), les risques de l’exposition et les stratégies à appliquer pour les éliminer le plus efficacement possible.

Jean-Yves

Références:

1- Leranth C, Hajszan T, Szigeti-Buck K, Bober J, MacLusky NJ. Bisphenol A prevents the synaptogenic response to estradiol in hippocampus and prefrontal cortex of ovariectomized nonhuman primates. Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 Sep 16;105(37):14187-91.

2- Vandenberg LN, Maffini MV, Sonnenschein C, Rubin BS, Soto AM. Bisphenol-A and the great divide: a review of controversies in the field of endocrine disruption. Endocr Rev. 2009 Feb;30(1):75-95.

3- Morrison JH. Environmental estrogens impact primate brain. Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 Sep 16;105(37):13705-6.

4- Myers JP, vom Saal FS, Akingbemi BT, et al. Why public health agencies cannot depend on good laboratory practices as a criterion for selecting data: the case of bisphenol A. Environ Health Perspect. 2009 Mar;117(3):309-15.

4 commentaires

    1. Bonjour André
      Merci pour le lien.
      C’est bien de voir comment les “grands esprits se rassemblent” !
      Et tu as raison, ton magazine et ton “newsletter” (il faudrait vraiment trouver un mot plus convivial que ça 🙂 sont les meilleures sources d’info pour vivre dans un “environnement immédiat sain”
      À plus
      Jean-Yves

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