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Qu’est-ce qui fait la différence entre un aliment santé, un aliment industriel qui n’a de santé que l’apparence, et un aliment fonctionnel que l’on prétend être encore plus santé que le premier?

C’est là la question sur laquelle des industriels du monde alimentaire et des chercheurs de l’INAF (Institut des aliments fonctionnels et des nutraceutiques) de l’université Laval se sont penchés jeudi dernier, lors du colloque L’innovation en alimentation santé: Comment passer de la théorie à la pratique? organisé conjointement par le Consortium aliments santé, Québec international et l’INAF.

D’abord, qu’est-ce qu’un aliment fonctionnel?

C’est un aliment qui, lorsque consommé en quantité adéquate, pourrait réduire les risques ou prévenir l’apparition de certaines maladies grâce à des substances qu’il contient. Pour que l’aliment soit considéré comme un alicament (un autre nom pour un aliment fonctionnel), les substances en question doivent avoir un effet documenté comme les fibres (santé digestive et cardiovasculaire), les omégas 3 (santé cardiovasculaire, etc.), les probiotiques (santé digestive, immunité, etc.) et les antioxydants (santé cardiovasculaire, etc.).

Un aliment fonctionnel peut donc être un aliment naturellement bon pour la santé: bleuet, ail, son d’avoine… Ou un aliment fabriqué, de bonne qualité, que l’on a enrichi: des jus enrichis d’antioxydants ou de fibres, des pains riches en fibres ou en oméga-3, des boissons de soya enrichies de calcium…

L’ancêtre des aliments fonctionnels est… le sel, dans lequel on a ajouté de l’iode pour régler un problème de carence d’iode, ce qui a permis d’enrayer une épidémie mondiale de goitre (glande thyroïde plus grosse et visible dans le cou).

Les allégations: le nerf de la guerre

Santé Canada se pose en chien de garde pour interdire toute allégation frauduleuse. Par contre, les limites imposées sont très restrictives et ont pour effet secondaire d’entraver le développement. Un fabricant qui veut développer un ou des aliments sortant des cadres habituels doit démontrer ce qu’il affirme à l’aide de la documentation scientifique. Et même une fois la démonstration faite, le discours permis est très restreint.

Les principales allégations permises sont de trois types:

· Allégations nutritionnelles. Basées sur le contenu, par exemple: Riche en calcium, enrichi de fibres ou faible en sodium.

· Allégations fonctionnelles. Basées sur l’effet général d’un nutriment, par exemple: Les fibres aident au transit intestinal.

· Allégations de réduction de risques. Par exemple: Une alimentation adéquate en calcium et en vitamine D réduit le risque d’ostéoporose, ou 5 à 10 portions de fruits et légumes colorés par jour aident à réduire le risque de certains cancers.

Ces allégations ne sont pas très spécifiques au produit lui-même et ne nous aident pas nécessairement à trouver un aliment qui sort du lot. Il existe d’autres avenues pour les allégations, mais la règle de base est que le fabricant doit démontrer ce qu’il avance! Comme un aliment n’est ni un médicament, ni un produit de santé naturel qui traite ou soulage une maladie, les allégations ne peuvent pas être les mêmes. Donc, avant même de mettre en marché un aliment ou même de débuter le développement d’un produit, il faut s’assurer que Santé Canada permettra de publiciser les avantages dudit produit. Sinon, quel serait l’intérêt de concevoir des aliments fonctionnels?

Le rôle de l’INAF

L’INAF (Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels) est un centre de recherche basé à l’université Laval, mais qui regroupe aussi des chercheurs dans plusieurs autres universités. Les chercheurs sont impliqués dans des recherches fondamentales (chercher des nouveaux ingrédients ou des mécanismes d’actions), des études cliniques et des études de stabilité, de dosages d’ingrédients et/ou de formulations nouvelles. Ils servent également de source d’information pour les divers fabricants d’aliments fonctionnels et s’occupent de valider, selon la réglementation, les renseignements autorisés sur l’étiquette.

Crédibilité et transparence

Comme consommateurs, nous en avons soupé de ces aliments qu’on essaie de nous vendre à grands coups d’allégations marketing qui, au fond, ne veulent rien dire:

· Sans cholestérol… pour des chips (qui n’en ont jamais contenu);

· Faible en gras… mais riche en sucres;

· Avec oméga 3… mais plein de nitrites.

Une compagnie désirant mettre un aliment fonctionnel en marché doit donc s’assurer que le message qu’elle transmet au consommateur est crédible et cohérent. Sinon, son message risque fort d’être interprété comme une pseudo allégation santé plaquée sur un aliment de mauvaise qualité. Pour éviter ce piège, les compagnies font généralement attention de ne pas inclure dans leurs alicaments des ingrédients qui causent de la confusion (les imprononçables) ou qui sont connus pour leurs effets négatifs réels (sucre), perçus (cholestérol) ou potentiels (aspartame).

Quelques exemples québécois

Nous avons la chance d’avoir ici des fleurons de l’industrie alimentaire qui se sont lancés dans l’aventure des aliments fonctionnels.

Biscuits Leclerc

Le groupe Biscuits Leclerc a relevé avec brio un quadruple défi pour mener à bien la conception des biscuits Praeventia:

· fabriquer un biscuit, une gâterie bonne au goût;

· à un prix qui permette de le vendre en épicerie;

· en réduisant le contenu en sucre et en incluant des ingrédients bons pour la santé (chocolat noir, thé vert, extrait de vin rouge et inuline) en quantité suffisante;

· et enfin, communiquer ces bienfaits au consommateur sans créer de confusion ni d’image négative.

Leur première allégation se lisait: «Aide à stimuler l’immunité». Elle était basée sur le contenu en inuline qui agit comme prébiotique, améliore la flore intestinale et aide à supporter l’immunité (ce qui est entièrement vrai). Santé Canada a refusé.

Avec Santé Canada, le groupe Biscuits Leclerc a donc revu le type d’allégations permises selon la documentation. Finalement, l’allégation suivante a été approuvée: «L’inuline, une fibre alimentaire prébiotique, favorise un système digestif en santé». Et dites-vous une chose: si Santé Canada donne son aval à une allégation, c’est que l’alicament contient suffisamment du principe actif dans une portion normale pour offrir des bénéfices.

Les autres ingrédients, comme l’extrait de thé vert, le chocolat noir et l’extrait de vin rouge, figurent sur l’emballage et n’ont pas vraiment besoin d’être présentés. Tout le monde en a entendu parlé!

La plus grande qualité de cette compagnie, il faut l’avouer, est qu’elle n’a jamais affirmé ou même sous-entendu que ses biscuits étaient autre chose que des biscuits! C’est là l’application de la transparence.

A. Lassonde

La gamme Pause Santé des jus Oasis, est un autre exemple d’aliments fonctionnels. Dans cette gamme, le produit Antioxia est le premier aliment à afficher un contenu en polyphénols antioxydants.

La Boulangerie St-Méthode

Les efforts déployés par la Boulangerie St-Méthode pour fabriquer des pains agréables sans gras, sans sucre (ni succédané) et sans additif sont louables. Avec leur pain de blé entier club, ils ont réussi à fabriquer un pain contenant 5 g de fibres alimentaires par portion, tout en gardant une texture agréable (c’est le préféré de mes enfants). Dans leur pain club 12 grains: 8 grammes de fibres! Ils ont aussi une gamme de pains bios.

Maison Orphée

Des nouveaux mélanges d’huiles, condiments, moutardes et autres… et toujours bio.

Vigneault Chocolatier

Théobroma est devenu un incontournable dans le chocolat bio et équitable, avec une variété de saveurs… Début 2011, de nouveaux produits fonctionnels sont annoncés… C’est à suivre!

Et d’autres encore…

Je ne peux pas toutes les nommer, mais il y a bien d’autres compagnies qui ont mis la santé des clients en avant dans le but de se démarquer de la compétition. L’industrie alimentaire d’ici se distingue par cet intérêt pour la santé, les ingrédients santé et l’innovation des produits. Fabriquer de bons aliments santé n’est pas uniquement une question de talent. Il faut travailler fort, avoir de bonnes ressources, et s’appuyer sur la science bien faite.

Comme consommateur, pour éviter de se faire passer des p’tites vites, il faut plus que jamais lire les étiquettes.

Références:

1. Alicament définition: http://fr.wikipedia.org/wiki/Alicament

2. Agence canadienne d’inspection des aliments http://www.inspection.gc.ca/francais/tocf.shtml

3. http://www.inaf.ulaval.ca/

4. INAF – Gourmand: http://www.inaf.ulaval.ca/11274.html

5. http://www.leclerc.ca/fr/

6. http://www.lassonde.com/

7. http://www.boulangeriestmethode.com/contenu/les_ingredients.cfm

8. http://www.maisonorphee.com/fr

9. http://www.theobromachocolat.com/

8 commentaires

  1. Bonjour, je sais pas si vous pouvez maider, mais je suis a la recherche de produit ou daliments pour mieux manger. jai des ulcers a lestomac et je ne sais pas quoi manger. le jus antioxia de oasis est ce que cest bon pour pas bruler lestomac ou cest le contraire. je suis perdu, aider moi! stephy

    1. Bonjour Stephy,
      Le jus antioxia n’est pas très acide. Vous devriez bien le tolérer. Par contre, question ulcère, vous devriez consultez une nutritionniste pour vous aider dans vos choix alimentaires.
      Santé!

  2. bonjour , concernant les étiquettes est-ce vrai que certaines charte nutritionnel sont pas nécéssairement vrai ?

    que le cout de chamgement serait trop couteux donc ils se peux que ce soit plus ou moins a jour ?

    comment fait-on pour savoir la vrai signification des étiquettes les logos etc.. pour etre certain que c est vraiment ce qui est décrit ce qui est approuvé ! ??

    merci
    johanne

    Johanne

    1. Bonjour Johanne,
      Les étiquettes, normalement, sont régies par Santé Canada. Par contre, certaines compagnies pourraient jouer autour des règles. Ainsi, pour un produit plus faible en sel (ou en n’importe quoi), vérifiez que la portion est d’une grosseur normale et non une demi-portion. Par exemple, une certaine compagnie de soupe fait une soupe plus faible en sel, mais ce n’est pas le sel qui est réduit, mais la portion qui est passée de 250ml à 125ml…
      Question logo, personnellement, les seuls logos que je considère sont les logos bio par des tiers comme Ecocert ou Garantie bio, etc.
      Tout autre logo (vert, bleu, coeur, etc.) ne sont, à mon avis, que des stratégies marketing plus ou moins bien ficelées.
      Mieux vaut se fier à son instinct et ses connaissances lors de la lecture d’une étiquette.
      Santé!
      JYD

  3. Bonjour
    J’ai bien aimé votre chronique hier, j’aime être bien renseignée sur ce que j’achète et je mange.
    J’ai 2 questions “chronique” à écouter pour savoir…
    1-beurre d’arachides, seulement arachides “Natur” ou marque maison et beurre d’amandes, coté santé pour le petit déjeuner;
    2-café au lait fait avec cafetière espresso, que vaut le lait dans ce café, j’ai entendu que c’était mauvais pour l’estomac et ne vaut rien comme calcium, pour moi, ça demeure du lait, alors qu’en est-il?
    Merci et bonne fin de semaine !!!

    1. Bonjour mon insatiable Claudette. 🙂
      Vous avez toujours de bonnes questions. Le beurre d’arachide est un aliment très intéressant, pourvu qu’on ne lui ait pas ajouté du shortening, du sucre et du sel. Les marques maison, Natur, même Kraft 100% arachides sont toutes correctes. Je ne connais pas de différence entre ces marques, si ce n’est le prix et peut-être le goût. Toujours choisir un produit en pot et non un produit vendu en vrac. Le vrac pour les noix ou les arachides, pas de problème, mais le vrac pour les beurres de noix n’est pas à recommander à cause du risque de contamination par des champignons qui fabriquent des toxines potentiellement très graves. Mais, dès que le produit est en pot par une industrie licenciée, les vérifications sont faites et il n’y a pas d’aflatoxine.
      Café… Ah la question.
      2 points de vue s’opposent.
      1- le lait dans le café fixe les tannins et diminue l’effet du café sur l’élimination du calcium.
      2- le lait dans le café causerait plus d’acidité à l’estomac (comme le mentionne Johanne dans sa réponse) et serait plus dommageable.
      Curieusement, pour l’avoir essayé et pour l’avoir constaté chez de nombreuses personnes, l’addition de lait semble bel et bien augmenter l’acidité… Curieux n’est-ce pas ?
      De toute façon, le café n’est pas un bon aliment pour la santé, mais c’est joyeusement bon (je suis un grand amateur de café).
      Ce qu’il faut comprendre dans tout ça, c’est que le café s’apprécie avec modération, comme vous l’aimez. Avec un maximum de 4 par jour.
      Peu importe la façon de le prendre… du café, c’est du café… quoique certains soient meilleurs au goût !!!!
      Santé!
      JYD

  4. Très intéressant, utile et concret qui confirme mes choix par la lecture des étiquettes et qui rend fiers de consommer des produits de la région achetés à l’épicerie du coin.

    Ces produits semblent être effectivement un juste équilibre entre la raison ‘santé’ et le plaisir du ‘bon goût’. J’ai confiance que le marché suivra la tendance et … vive les bons exemples !

    Merci Jean-Yves

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