Les plantes médicinales sont offertes sous plusieurs formes: plantes séchées brutes, extraits solides, extraits liquides et extraits standardisés (on dit aussi titrés ou normalisés). La plupart des gens ont une vague idée de ce qu’est un extrait, mais rares sont ceux qui possèdent à fond cette notion. Cet article devrait vous éclairer un peu sur le sujet.

Question de ratio

Lorsqu’il s’agit d’un extrait, le ratio d’extraction est inscrit sur l’étiquette. Ce ratio est indiqué à l’aide de 2 chiffres séparés par 2 points (:), comme 12:1, ou 1:4.

Ratio d’extraction solide

Il est important de définir la notion de ratio d’extraction solide. Le ratio est le facteur par lequel on concentre la plante pour obtenir ses principes actifs. Par exemple, le ginkgo biloba est souvent extrait suivant un ratio moyen de 50:1, ce qui signifie qu’il faut utiliser 50g de feuilles séchées pour obtenir 1g d’extrait (le ratio est parfois noté dans le sens inverse, soit, par exemple, 1:50). À l’aide du ratio d’extraction solide, on peut comparer certains produits ayant des ratios d’extraction différents et ainsi obtenir une dose équivalente. Par exemple, toujours pour le ginkgo, la dose habituellement utilisée dans les études est de 120 mg d’un extrait 50:1. Si le produit disponible sur la tablette ne contient qu’un extrait 8:1, une dose équivaut donc à 750mg (120 X 50 ¸ 8 = 750mg) au lieu de 120mg. Si, par contre, le produit ne contient que de la feuille séchée, il faudra 6g (120 X 50 = 6000mg) pour obtenir une dose équivalente!

Ratio d’un extrait liquide

Le ratio d’un extrait liquide, teinture ou extrait fluide, réfère à une notion très différente. Il s’agit plutôt d’un facteur de «dilution» qui indique la quantité de solvant, en millilitre, utilisé pour « diluer » un gramme de plante. Par exemple, une teinture d’échinacée a généralement un ratio de 1:5, ce qui signifie qu’on a fait macérer 1g d’échinacée dans 5ml d’un mélange alcool eau. Les teintures ont des ratios plus élevés que les extraits fluides parce qu’il faut «faire tremper» la plante dans un. Les extraits fluides ont des ratios plus faibles (1:1, 1:2) que les teintures parce que leur extraction ne nécessite pas la macération («marinage») de la plante dans un assez grand volume d’alcool. On fait plutôt passer le solvant sur la plante à plusieurs répétitions, un peu comme un percolateur.

Norme, titre ou standard

Le standard est la concentration d’une ou de plusieurs molécules caractéristiques à une plante donnée. Les termes norme ou titre sont des synonymes, standard étant plutôt considéré comme un anglicisme. Reprenons l’exemple du ginkgo. L’extrait utilisé dans les études a deux titres distincts. Il est titré à 24% ginkolides (ou bilobides ou flavones glycosides) et 6% terpènes, ce qui signifie que l’extrait garantit une teneur toujours égale pour ces 2 types de molécules. Le but de la standardisation est de fournir des produits comparables d’un lot à l’autre et d’une origine à l’autre, puisque la teneur en principes actifs d’une plante varie en fonction du sol où elle pousse, du niveau d’ensoleillement, etc. On n’a qu’à penser aux variations des vins, d’une année à l’autre, pour comprendre l’importance de ces fluctuations. Les chercheurs ont donc tenté de mettre au point un système qui pallie ces variations et permet d’obtenir un dosage toujours égal.

Quoique la notion de standard soit plaisante à l’esprit pharmacologique, elle apporte son lot de controverse. La standardisation implique une manipulation plus ou moins importante de l’extrait et cette manipulation laisse malheureusement place à la falsification: il est possible de prendre un extrait de mauvaise qualité et d’y ajouter le pourcentage nécessaire du marqueur pour le faire passer pour un produit haut de gamme. Par exemple, au milieu des années ’90, la FDA américaine a intercepté un lot de millepertuis en provenance de Chine. Après analyse, on a découvert que, quoique le produit contienne bien le 0,3% d’hypericine attendu, il ne contenait même pas la bonne plante. Les détracteurs de la standardisation considèrent également que la manipulation de l’extrait affecte la synergie des composants de la plante entière.

Marqueur vs principe actif

Un point important : marqueur et principe actif sont deux concepts différents. Les molécules utilisées pour la standardisation sont choisies parce qu’elles sont spécifiques ou quasi-spécifiques à la plante. Ces molécules servent donc à identifier la plante. Elles ne coïncident pas nécessairement avec les principes actifs. Par exemple, l’hypericine, généralement utilisée comme marqueur du millepertuis, n’a aucun effet antidépresseur. De même, les parthénolides utilisés pour titrer la matricaire (Tanacetum parthenelum) n’ont, une fois isolés, aucun effet préventif sur la migraine.

Il y a là une source de confusion et de distorsion importante. Si l’extrait est standardisé sur le marqueur, il peut très bien ne pas être concentré en principes actifs. De plus, pour de nombreuses plantes, on ne connaît tout simplement pas le ou les principes actifs. C’est ce qui fait dire aux herboristes que la plante entière ou globale est plus efficace, peu importe la concentration de telle ou telle molécule, parce que toute la chimie de la plante travaille en synergie. De façon générale, les herboristes n’aiment pas les extraits standardisés. Ils préfèrent de loin travailler avec les plantes entières ou les extraits traditionnels.

Question de prix

1er constat: L’extrait coûte beaucoup plus cher que la plante brute séchée. Si l’étiquette d’un supplément en capsule ou en comprimé ne mentionne pas de ratio d’extraction ou de standard, il faut conclure que la capsule ne contient que de la plante brute.

2e constat: Un extrait normalisé coûte beaucoup plus cher qu’un extrait traditionnel. Si le titre (% d’une substance particulière) n’est pas mentionné sur l’étiquette, il faut conclure qu’il s’agit d’un extrait traditionnel.

Gare aux mélanges secrets

Normalement, la mention sur les étiquettes des ratios et titres est devenue obligatoire avec la réglementation de la Direction des produits de santé naturels canadienne. Par contre, attention aux produits qui viennent d’ailleurs. Aux États-Unis, par exemple, il n’y a aucune obligation d’inscrire ce que contient réellement le produit sur l’étiquette. Ainsi, il est courant de voir un produit pour lequel on mentionne une quantité globale d’un «proprietary blend» (un mélange «secret») avec une liste des ingrédients, sans aucune quantité. Qu’est-ce que vous achetez? Quelle est la quantité de chaque plante? Le produit contient-il des extraits ou des plantes brutes? Il n’y a aucune façon de le savoir. Préférez donc toujours un produit dont l’étiquette vous informe correctement sur le contenu.

6 commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour cet excellent article, mais j’ai 7ne question en rapport avec le taux en mg d’une molécule indiqué sur le flacon d’un extrait de plante liquide (par exemple).
    Comment font-ils afin de connaître le taux en mg pris quotidiennement d’un extrait de plante ?
    Merci

    1. Bonjour Ale Berth
      Il y a 2 possibilités : soit une véritable analyse de laboratoire, soit ils se réfèrent à des chartes existantes sur le contenu en minéral
      Santé!

  2. Excellent article, très informatif ! Je concède que ça peut faire beaucoup d’information pour les débutants, mais je leur conseille alors de le relire attentivement une fois ou deux de plus, parce que ce sont des notions qui servent très fréquemment.

  3. Comme dit la dame précédemment :

    Merci mais c’est bien compliqué a calculer je trouve moi aussi.

    Je garde quand même ce billet dans mes documents. Un jour je m’en servirai lorsque le ratio sera aussi indiqué sur les petits pots de crème pour le visage. Il n’y a rien qui l’indique sur l’étiquette.. quelque soit le prix payé.. et c’est parfois tres cher l’unité je vous jure!Lol !

    Michelle

    1. Bonjour Michelle,
      Vous avez tout à fait raison. La réglementation des cosmétiques n’exige pas d’indiquer la quantité d’agents actifs (s’il y en a) sur l’étiquette.
      Un seul indice peut vous aider. Les produits cosmétiques sont tenus d’afficher les ingrédients par ordre de concentration pour tous les ingrédients à plus de 1%. Si un ingrédient constitue moins de 1% du produit, la compagnie n’est pas obligée de le lister dans l’ordre.
      Ainsi, les agents de conservation et les parfums (odeurs ou fragrances) ne consituent jamais plus de 1% d’une crème. Donc, tout ce qui est listé en dessous n’est jamais plus concentré qu’un pourcent. Si vous achetez une crème hydratante qui affiche en gros, sur le devant de l’étiquette, soit Lait de chèvre ou huile d’argan ou encore coenzyme Q10 et que, dans la liste des ingrédients, ils se retrouvent plus bas que le parfum ou l’agent de conservation ou encore le colorant, alors vous vous faites avoir.
      Il y a des produits littéralement frauduleux sur les tablettes. Cherchez toujours l’ingrédient “vedette”. S’il est au bas de la liste après les parfums, on vous vend du vent !
      Santé!

  4. Merci mais très compliqué pour une débutante…

    je ne crois pas qu’il est possible pour un expert de faire une liste des compagnies sur lesquelles on peut se fier, par exemple, un produit populaire, plusieurs marques pour comparer.

    je crois que les magasins spécialisés peuvent vraiment nous aider.

    je viens de prendre connaissance, à l’hôpital, d’un programme DASH mais c’est énorme la quantité à manger, on ne précise pas h ou f.

    Merci pour vos renseignements, éducation populaire, je porterai attention lors de nouveaux achats.

    Bonne fin d’été, personnellement je n’ai pas trouvé de remède à part l’air climatisé pour contrer cette chaleur humide que nous avons eue, j’ai hâte de reprendre mes marches….

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