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On les voit dans la rue, dans le métro, l’autobus ou, pire, au volant. Ils «chattent» (ou clavardent, selon l’Office de la langue française), textent, parlent, surfent, restent en «contact» avec leurs «amis»… Cet usage immodéré, ce besoin impératif d’être «connecté» est préoccupant. Même Parc Canada veut offrir le WiFi dans les parcs sauvages nationaux!(1)

Laissons de côté un moment les effets des ondes et le très réel problème des électrosensibles (consultez les divers articles à ce sujet), et concentrons-nous simplement sur les effets de l’usage.

Changement d’attitude

N’importe quel parent aura observé un changement de comportement chez ses adolescents/enfants lorsqu’ils passent trop de temps sur Internet ou à jouer à des jeux vidéos. Ces changements, comme j’ai pu le constaté moi-même chez plusieurs enfants, sont consternants. L’enfant qui, de prime abord, est affable et coopératif, devient en assez peu de temps négatif, peu coopératif et agressif s’il passe une grande partie de ses temps libres sur Internet.

La question se pose donc: est-ce que l’Internet rend véritablement dépendant? Si oui, peut-on mesurer des effets physiologiques dans le cerveau?

Internet, la nouvelle drogue

Une recherche visant à documenter le phénomène a été présentée au congrès de la Société américaine de psychiatrie qui a eu lieu du 3 au 7 mai à New York. Dr Sree Jadapalle a relevé 13 études sur le sujet.(2) Elle a constaté que, au-delà du comportement de dépendance, on peut mesurer des changements dans la circulation sanguine du cerveau. En effet, la cyberdépendance (c’est ainsi qu’on la nomme communément) entraine une augmentation du flot sanguin vers les zones du cerveau associées à la récompense et au plaisir et une réduction de l’irrigation des zones impliquées dans le traitement de l’audition et de la vue. Cette dépendance est aussi associée à une réduction des transporteurs de dopamine, ce qui provoque un surplus de dopamine dans les synapses (zones de contact entre les neurones). Ce surplus cause une stimulation des neurones adjacents suscitant une sensation d’euphorie. Ce phénomène est identique à celui déclenché par les drogues!

Les cyberdépendants ont une sensibilité accrue aux récompenses et une sensibilité réduite aux pertes monétaires, tout comme dans d’autres addictions comportementales.

Toujours selon les recherches de Dr Jadapalle, la cyberdépendance s’observe chez 23% des jeunes américains. C’est plus que pour l’alcool ou les drogues illégales.

Être le premier à savoir…

Il n’y a pas si longtemps, l’Internet était limité aux ordinateurs. On y avait donc accès de façon plus limitée. Maintenant, avec tous les appareils mobiles, téléphones dits intelligents et tablettes, l’accès est perpétuel. Les Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, les textos et SMS augmentent le sentiment d’avoir besoin d’être connecté en permanence. Il devient impossible de se déconnecter, de fermer son téléphone pour se consacrer entièrement au moment présent… au cas où un(e) «ami(e)» voudrait nous contacter! Ne pas être le premier (ou la première) à savoir ce que font vos ami(e)s, quelle horreur! En bout de ligne, le virtuel en vient à avoir préséance sur le réel.

La drogue des élèves du primaire

Le plus troublant est que la génération la plus affectée est la jeunesse. Des enfants du primaire sont déjà pris dans ce cercle vicieux de dépendance. Et les pressions sociales et commerciales font en sorte que la réduction du phénomène n’est pas envisageable à court terme.

Un brin d’espoir

Dans un livre passionnant, des chercheurs éminents dans le domaine des neurosciences (Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner. Albin Michel Éd. Coll. C.L.E.S. 2012 France) partagent leur enthousiasme pour la plasticité neuronale, cette capacité qu’a le cerveau de s’adapter, de rebondir et de réparer les dégâts. Ils constatent que le cerveau se remodèle constamment (nouveaux neurones, nouvelles connexions ou atrophie de certaines régions) selon les divers stimuli auxquels nous l’exposons. Ainsi, tout n’est pas perdu! D’ailleurs, retirez l’accès Internet à un enfant dépendant et vous verrez son caractère revenir à la normale rapidement.

Êtes-vous cyberdépendant?

Le Centre de santé et de consultation psychologique des Services aux étudiants de l’Université de Montréal a publié un dépliant fort instructif sur la cyberdépendance. Vous pouvez le consulter à l’adresse http://www.cscp.umontreal.ca/documents/capsule_cyberdpdce_dépliant.pdf.

J’aimerais terminer en citant un article de Lindsay Holmes paru dans le Huffington Post, et repris par le site Canadiens pour une technologie sécuritaire (en anglais uniquement, mais la traduction est en cours). Voici 19 indices qu’il est temps de vous débrancher de votre téléphone intelligent (19 Signs You Need to Unplug from Your Smartphone):

  1. Vous avez la vision brouillée.
  2. La perte de votre téléphone entraine un sentiment de panique très réel.
  3. Vous faites du surtemps (ex: vous vérifiez vos courriels liés au travail après le souper ou durant le mariage d’un ami).
  4. Vous avez des maux de tête, en plus de la fatigue des yeux.
  5. Vous n’avez plus idée comment vous rendre quelque part sans Google map.
  6. Votre sommeil est affecté.
  7. Vous percevez des «vibrations fantômes» quand votre cellulaire ne vibre pas…
  8. LOL, BFF et autres expressions de chat font partie de votre vocabulaire (en conversation réelle).
  9. Votre main prend la forme du cellulaire.
  10. Vous textez quelqu’un qui est dans la pièce à côté (on dans la même pièce).
  11. Vous apportez votre cellulaire aux toilettes.
  12. Vous mettez la photo de votre assiette sur instagram plutôt que de manger.
  13. Vous avez oublié comment maintenir un contact visuel.
  14. Vous n’avez pas parlé à quelqu’un depuis des mois, mais vous connaissez toutes ses nouvelles grâce aux réseaux sociaux.
  15. Vous avez commencé à penser en 140 caractères.
  16. Le dernier numéro de téléphone que vous avez mémorisé remonte à 10 ans.
  17. Votre posture est mauvaise.
  18. Vous n’avez plus conscience de votre environnement.
  19. Vous ressentez le besoin de documenter chaque occasion (photographier, faire des selfie [égoportraits]).

Au plaisir de vous rencontrer dans un environnement sans WiFi et sans cellulaire / portable. 🙂

 

Références:

  1. Parks Canada Launches Wi-Fi plans for Canadian Parks sur Canadian for Safe technology http://www.c4st.org/
  2. Anderson P. Brain Abnormalities Linked to ‘Internet Addiction’. Medscape 2014-05-05
  3. Van Eersel P. et al. Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner. Albin Michel Éd. Coll. C.L.E.S. 2012 France.

Photo : Yutaka Tsutano from Lincoln, United States

12 commentaires

  1. Ayant trouvé un cellulaire, ma fille me disait avoir cherché et trouvé la personne à qui il appartenait et qu’elle aurait aimé qu’on fasse de même pour elle si elle avait égaré le sien car selon elle, de nos jours, sans leur téléphone, les gens se sentent désemparés et perdus… car toute leur vie est dedans. C’est fou lorsqu’on y pense bien car si tu perds ton cellulaire, tu n’es plus rien?!

  2. Merci pour ce bel article mais malheureusement, les gens qui devraient le lire ne sont surement pas abonnés à votre site ! Je connais des gens qui prêtent même leur cellulaire à leurs enfants en bas âge pour qu’ils puissent jouer avec, question de les garder tranquille pour un petit bout de temps. Que d’insouciance ! Non seulement ça cause des problèmes de dépendance et éventuellement de santé mais ça rend les gens très impoli. On dirait que le savoir vivre à pris le bord chez les utilisateurs qui sont visiblement plus intéressés à ce qui se passe sur leur téléphone que ce que vous avez à leur dire. Oui, le futur fait très peur…

  3. Excellent article, j’adore la liste qui peut servir de test, j’en suis à 2/19 donc je penses que ça va. Comme d’autres l’on dit à juste titre, il ne sera pas lu par les gens concernés, je l’ai donc diffusé partout ou je pouvais

  4. Dans les années 90, un psy (Jean-Pierre Rochon, http://www.psynternaute.com) s’est intéressé à la cyberdépendance. Il a aussi écrit un livre sur le sujet.
    J’ai connu Jean-Pierre alors que je cherchais de l’aide pour me sortir de la cyberdépendance. J’ai entré les mots dépendance à internet. Je clavardais presque 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. M’éloigner de mon ordinateur me rendait malade. Souvent je m’endormais sur le clavier. Ma fille qui était préadolescente à l’époque est revenue de l’école et me voyant agressive de la voir venir près de moi alors que je n’endurais personne à mes côtés lorsque j’étais à l’ordinateur, s’est mise à pleurer et elle m’a dit que je n’étais plus là pour elle comme auparavant. Cela m’a donné un coup au coeur. J’ai immédiatement tout fermé et pris conscience que j’étais rendue loin. C’est là que j’ai commencé à chercher de l’aide.
    Et dire que dans ce temps-là, on ne connaissait que l’ordinateur.
    J’ai compris que ce qui me captivait tant en clavardant, je le retrouvais chez-moi auprès des miens. Il me fallait seulement y mettre un peu d’effort afin de comprendre que je tombais en amour avec l’amour, les mots me faisaient vibrer. Je me racontais des contes de fées.
    Aujourd’hui, je n’utilise que l’ordinateur mais j’ai cessé complètement de clavarder. Je n’ai aucun téléphone cellulaire. Je ne suis abonnée à aucun réseau social quoique cela devient de plus en plus difficile de garder un certain contact car tout semble passer par là mais je continue de tenir bon.
    Je regarde ceux qui m’entourent et je trouve pitoyable de les voir agir. Le téléphone semble plus intéressant que les gens. De plus, je me suis mise à détester Facebook puisque plus personne ne m’appelle pour m’annoncer les nouvelles puisque tout le monde reçoit les nouvelles via Facebook, même les décès. J’ai été fâchée d’apprendre qu’une personne près de moi annonce le décès d’un de mes frères avant que je n’aie le temps de l’annoncer à ma fille, à qui je voulais l’annoncer en personne et non par le biais du téléphone.
    Par le passé, j’ai fait plusieurs émissions de télévision, quelques témoignages dans des revues afin de mettre en garde les gens de la cyberdépendance. J’ai mis ma vie de couple en péril. Je constatais de plus en plus que des couples se défaisaient alors que d’autres se faisaient. Combien de personnes ont tout laissé pour traverser l’océan afin de savourer l’amour rencontré via le clavardage…dans le temps, surtout ICQ et un autre dont j’oublie le nom.
    Alors est-ce que je crois que les gens sont cyberdépendants? Plus que jamais! Ce que je vois m’effraie davantage que ce que je faisais dans les années 90.
    Aujourd’hui, je n’entends que des bruits qui annoncent tantôt un texto, tantôt un appel. C’est devenu l’enfer car le téléphone semble plus collé à la peau des gens que leur propre peau.
    Je ne sais pas où cela s’arrêtera mais je pense qu’un jour, il n’y aura plus de téléphone fixe ni de télévision. Seul un téléphone cellulaire fera l’affaire puisque si j’ai bien compris, on peut tout faire par le biais de ce dernier.

    À bon entendeur, salut!

    Merci pour cet article plus qu’intéressant Jean-Yves.

    1. Merci Carole pour ce témoignage tellement éloquent.
      Je partage votre peur de ce qui s’en vient pour notre société. Nous sommes de plus en plus schizophrène…
      Santé!

  5. Bravo, très bon article. Je me demande si les personnes qui auraient intérêt à lire ceci le feront puisqu’ils sont sur leur appareil…. Je veux croire et espérer que tous nous découvrirons que les rencontres, la lecture sont meilleurs pour notre épanouissement que tous les gadgets qui, utilisés à bon escient, peuvent rendre service.

    Merci Jean-Yves et bonne semaine!

  6. Les jeunes de la Corée du Sud (10 à 19 ans) sont les plus grands utilisateurs du sans-fil (7 heures par jour) http://www.usatoday.com/story/tech/2012/11/28/wired-south-korea-to-stem-digital-addiction-from-age-3/1731371/ et des chercheurs ont constaté que leur hémisphère droit ne se développe pas normalement http://www.huffingtonpost.com/devra-davis-phd/cell-phone-radiation_b_3528946.html . En 2013, le Japon a envoyé un demi-million de jeunes à un camp (boot camp) pour les séparer de leurs sans-fils que ni l’école ni les parents n’étaient capables de les obliger à s’en débarrasser http://www.idigitaltimes.com/articles/19638/20130827/internet-fasting-camps-web-addiction-kids-japan.htm .

    La Belgique vient d’interdire l’utilisation du cellulaire aux enfants de moins de 7 ans. La Russie recommande que les moins de 18 ans ne doivent pas utiliser le cellulaire qu’en cas de vie et de mort. Nos gouvernements doivent légiférer cette technologie tout en éduquant le public sur son utilisation responsable. Nous, comme parents devons donner l’exemple et éduquer nos enfants. Placer le cellulaire en mode avion n’est pas suffisant, certains cells émettent des RF même dans cette position; il faut placer le cell dans une boîte métallique fermée hermétiquement quand pas utilisé, sur tour avant d’aller au lit.

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