Le 5 août dernier, Radio Canada publiait une nouvelle sur son site Internet mentionnant que le fameux DEET (N,N-diethyl-m-toluamide) utilisé comme chasse-moustique pourrait être toxique pour le système nerveux des mammifères.(1) En effet, une étude qui vient tout juste d’être publiée fait état de cette toxicité dans un modèle animal. Le DEET affecte l’enzyme cholinestérase responsable, entre autres, de la fabrication de l’acétylcholine (un médiateur chimique qui transmet l’influx nerveux). Cette nouvelle est passée en douce, pas de grand titre nulle part.

Mais ce n’est pas nouveau! Il y a quelques années, l’Agence pour la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada exigeait des fabricants de chasse-moustiques qu’ils réduisent la concentration maximale de DEET de 95% à 30%, au plus tard en 2004. Mais pas un mot au grand public sur la raison de cette réduction.

À la même époque, suite à une directive générale du ministre datant de 1990, ARLA effectue une vaste réévaluation des pesticides du marché canadien. Dans la foulée de cette opération, ARLA s’attaque à la citronnelle en prétendant que l’huile essentielle de citronnelle peut théoriquement contenir des substances dangereuses et n’a pas fait l’objet d’études significatives sur son innocuité. Curieux! La citronnelle est utilisée officiellement depuis plus de 50 ans comme répulsif à moustiques. Les quelques cas de toxicité rapportés se limitent à de l’irritation cutanée et, lors d’ingestion orale par des enfants, des désagréments digestifs.

Par contre, dans le cas du DEET, il y a tout un chapitre de cas de neurotoxicité documentés lors d’usage normal sur la peau d’individus adultes. Le Centre de Toxicologie du Québec et le Centre Anti-Poison du Québec ont publié, dans leur bulletin d’information toxicologique d’avril 1998, un rapport sur l’innocuité du DEET qui cite de nombreux cas d’intoxication et donne les signes neurologiques à observer. L’auteur de cet article, Lise Lefebvre pharmacienne, termine en rappelant aux lecteurs (principalement des médecins) que si un patient se présente à l’urgence, l’été, avec des convulsions ou des symptômes neurologiques d’origine indéterminée, le DEET doit être envisagé comme cause des symptômes.

Bref, les alternatives à base d’huile essentielles de citronnelle, de lavande ou autre, ont peut-être des effets moins durables que le DEET, mais elles sont certainement beaucoup plus sécuritaires. Si, malgré tout, vous devez utiliser du DEET, ne l’appliquez que sur les vêtements, pas directement sur la peau et surtout pas sur les enfants.

Si le cœur vous en dit, allez voir la page: http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pest/protect-proteger/use-utiliser/_mosquito-moustique/index-eng.php. Santé Canada y mentionne que le DEET est sécuritaire et que la citronnelle devrait être retirée du marché… Surprenant, n’est-ce pas?

Bonne lecture.

JYD

Références:

1. Santé, Chasse-moustique, Attention au DEET www.radio-canada.ca 5 août 2009.

2. Corbel V, Stankiewicz M, Pennetier C, et al. Evidence for inhibition of cholinesterases in insect and mammalian nervous systems by the insect repellent deet. BMC Biology 2009, 7:47 doi:10.1186/1741-7007-7-47

3. Lefebvre Lise. Innocuité de l’insectifuge DEET. Bulletin d’information toxicologique. 1998, avril;14(2) : 1-2. Disponible au www.ctq.qc.ca

4. Personal insect repellents containing DEET (N,N-diethyl-m-toluamide and related compounds) [Re-evaluation Decision Document RRD2002-01]. Ottawa: Pest Management Regulatory Agency, Health Canada; 2002 Apr 15.

12 commentaires

  1. Chose sûre, le DEET est maintenant ouvertement classé: Neuro-toxique pour l’être humain par la communauté scientifique.

    Alors si certains préfèrent l’efficacité d’un neuro-toxique à l’autre anti-moustique homologué au Canada depuis 1943 qu’on doit ré-appliquer, ne nous plaignons pas.

    Le journal Le Devoir publiait un article sur les tracasseries de Santé-Canada au sujet de la Citronnelle DRUIDE ; sur la page voisine, on lisait un autre article confirmant l’acceptation béate des OGM par ce même ministère, soucieux pour la santé des citoyens!

      1. Saviez-vous que le “poison” cancérigène que prétent détecter Santé-Canada dans l’essence de citronnelle est le “Methyl-Eugénol”?
        Saviez-vous que malgré qu’il fut clairement établi que les préparations à la citronnelle de DRUIDE n’en contenait aucune trace détectable, Santé-Canada persiste à douter mordicus en répliquant “…de toute façon la citronnelle est peu étudiée, dans le doute, nous préférons en recommander le retrait graduel…” !!!

        Vos lecteurs connaissent le nombre incroyable de substances retrouvées dans les épiceries sur lesquelles le doute est plus qu’évident et que nos “protecteurs” continuent de bénir.

        La question: combien d’argent une substance (aliimentaire ou cosmétique) douteuse génère-t-elle?
        La sécurité des gens, c’est beaucoup plus difficile à établir que les revenus monétaires des ventes mensuelles.
        Et tout ça est d’autant plus rassurant pourles entreprises que les profits subventionnent aisément les études rassurantes.

  2. Un sujet qui pique l’intérêt et me gratte les méninges !
    Juste à lire le nom complet du DEET (Dandereux Et Enplus Toxique), j’en fais une réaction chimique ! À voir les gens se vaporiser de l’insecsuicide, ça me donne de la chair de poule neurologique !
    La soupe à la citronnelle est un de mes mets préférés, mais je n’oserais pas la soupe au DEET !
    Ces fameux mousquetiques sont pas mal trop moringouins à mon goût! Si petits, une chance qu’ils bzzz fort pour nous avertir avant de nous mordre !!
    Une façon naturelle d’éliminer ces piqus mousticus ?
    Ils doivent bien servir à quelque chose !???
    Les guppies (poissons d’aquarium, ne pas confondre avec les hippies! ) et des petits carapacetacés
    aiment beaucoup déguster les bébés moustiques.
    Se promener avec un p’tit bloddy lézard sur l’épaule
    serait aussi original et écologique!

    Très intéressant Messieurs votre échange !
    Tiroline

    1. Bonjour Caroline/Tiroline
      Le gécko de compagnie serait une belle idée. Il pourrait fringaler les petits vampires ailés. Par contre pas très pratique l’hiver. Comment le garde-t-on ? Le répulsif à insectes piqueurs parfait n’existe pas encore. Qui sait si on ne trouvera pas l’ingrédient ou la recette chasse moustique et crème anti-rides et anti-âge tout en un !
      Bref, avec nos 747 mangeurs d’homme, on a pas finit d’en parler.
      À plus
      JYD

      1. Cher M.JY1DI,
        Il n’y a pas vraiment de problèmes, car où j’habite,je n’ai pas vu plus de gecko en manteau de fourrure que de moustiques piqueurs en hiver !! 🙂
        Une crème anti-âge à l’extrait de citronnelle et de bleuet serait peut-être efficace, mais surtout attirante et délicieuse en dessert… pour vos gourmands et nombreux mangeurs d’homme.

        Au plaisir de repiquer votre imagination !
        Tiroline

    1. Bonjour Pierre
      Je suis content que vous aimiez cette façon de soulever les paradoxes de notre système qui veut nous protéger
      Je viens d’aller consulter votre référence on y parle d’une seule molécule le népétalactone qui provient de Nepeta cataria. Très intéressant. Par contre, je suis d’avis que le produit idéal serait une combinaison de plusieurs ingrédients. Un autre aspect (comme je sais que je parle à un intervenant majeur du monde des huiles essentielles, je beurre épais comme on dit) est la très grande volatilité de tous ces composés provenant des huiles essentielles. Il faut donc trouver une façon de fixer ces odeurs pour qu’elles soient efficaces plus longtemps. Dans mes recherches, j’ai trouver l’huile de coco qui semble pouvoir servir à la fois de véhicule, d’agent fixateur et de répulsif lui-même. Par contre, je n’ai aucun idée de l’effet et de la durée.
      Bref, bonne recherche pour trouver le répulsif efficace pour nos bibittus borealis
      🙂 À plus
      JYD

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