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Une étude sur les multivitamines

Des chercheurs suédois ont suivi une cohorte de plus de 35 000 femmes depuis 1987.(1) Aucune des participantes n’avaient de diagnostic de cancer au début. Elles ont été suivies jusqu’en 1997, date à laquelle elles ont reçu un questionnaire sur les facteurs de risques du cancer du sein, incluant l’usage des vitamines.

70% des femmes ont répondu au questionnaire en 1997. À l’aide de ces données, les chercheurs ont pu établir une relation entre la prise de multivitamines et une augmentation du risque de cancer du sein (tous types). Il semble que la prise de multivitamine quotidienne, sur une période de plus de 3 ans, apporte une augmentation du risque relatif de 19% chez les femmes qui ne consomment pas d’alcool. L’augmentation du risque disparaît si les femmes rapportent une consommation régulière d’alcool et semble même s’inverser pour celles qui en consomment de façon plus importante. La multivitamine aurait donc un effet protecteur dans ces cas. La prise d’acide folique est aussi rapportée comme augmentant le risque dans la même proportion (19%). La prise de calcium, par contre, semble protéger du cancer du sein par un facteur de 26%.

Que penser de cette étude?

De prime abord, cette étude semble très bien faite. On ne peut pas critiquer l’intégrité des chercheurs puisque la chercheure principale, SC Larsson, et ses collaborateurs ont déjà publié une étude positive sur la vitamine B6 et son métabolite (le pyridoxal phosphate) qui confèreraient une protection importante contre le cancer colorectal.(2)

D’un autre côté, le titre est trompeur puisqu’il annonce une étude prospective, donc une étude dans laquelle l’information est comptabilisée durant toute la durée de l’étude. En réalité, même si la cohorte a été formée et suivie, cette étude est rétrospective puisque les données analysées proviennent d’un questionnaire que les participantes ont rempli à la fin de l’étude. Pourquoi cette mauvaise information?

Regardons un peu la méthodologie.

Les résultats sont basés sur un questionnaire qui fait appel aux souvenirs des participantes. Ce type de questionnaire, c’est bien connu, a une marge d’erreur importante. Vous rappelez-vous si vous preniez une multivitamine à tous les jours il y a 10 ans? On estime que les personnes rapportent correctement l’usage de multivitamines dans une proportion entre 69% et 98%.(3) Il s’agit donc d’une première source de biais potentiel.

Comprendre les chiffres

Qu’est-ce que le risque relatif? Dans cette étude, le risque absolu (dans la cohorte complète) de développer un cancer du sein est de 2,8% (974/35 329). Ce risque est de 2,6% (681/26 312) pour les non utilisatrices de multivitamines et de 3,3% (293/9017) pour les utilisatrices. La différence est donc de 0,7% entre les deux groupes. Lorsqu’on considère ce chiffre avec le biais potentiel dû au questionnaire, on est en droit de se demander si le résultat est significatif.

Malgré ces précisions, les résultats de cette étude nous laissent un doute, imprécis certes, mais réel quant à la sécurité ou plutôt au bénéfice de la prise de multivitamines.

Faut-il cesser toute multivitamine chez les femmes?

D’autres études sur le lien entre le cancer du sein et la prise de multivitamines pointent dans le même sens(4) et d’autres encore dans le sens contraire(5,6). Après analyse, je suis d’avis qu’aucune d’entre elles (et pas plus celle dont il est question dans cet article) n’est réellement significative.

Ce n’est certes pas sur la base de son effet contre le cancer du sein que je recommande souvent l’usage d’une multivitamine. On sait que les carences nutritionnelles sub-cliniques ont des impacts santé non négligeables, mais difficilement mesurables. Par exemple, une carence légère en B12 est associée, chez la personne âgée, à des dégénérescences neurologiques majeures comme des déclins cognitifs importants, etc. Une étude(7) dont je parle dans Multivitamines: outils de prévention? arrive à la conclusion que la prise régulière d’une multivitamine confère une protection contre la mortalité due aux maladies cardiaques. L’usage de multivitamines est également associé à un âge biologique plus jeune. De plus, avis aux femmes en âge de procréer, la prise de multivitamines est un incontournable pour prévenir un grand nombre de malformations congénitales.(8)

Face à la polémique grandissante qui entoure l’usage des multivitamines et surtout au fait que les outils d’évaluation (comme les études épidémiologiques) sont trop imprécis pour obtenir des conclusions fiables par rapport aux multivitamines, je vous réfère aux différents articles que j’ai écrit sur le sujet (onglet Suppléments/Vitamines et minéraux) ainsi qu’à un article(9) et un dossier complet(10) disponibles sur le site www.lanutrition.fr. Ce site, qu’on doit au journaliste français Thierry Souccar et à son équipe, est une référence que je vous encourage fortement à consulter.

Conclusion

Je suis d’avis que le poids de la preuve du risque ne dépasse pas le bénéfice des multivitamines, surtout dans le contexte d’une alimentation occidentale raffinée.

Santé!

JYD

Références:

1. Larsson SC, Akesson A, Bergkvist L, Wolk A. Multivitamin use and breast cancer incidence in a prospective cohort of Swedish women. Am J Clin Nutr. 2010 Mar 24. PubMed PMID: 20335555.

2. Larsson SC, Orsini N, Wolk A. Vitamin B6 and Risk of Colorectal Cancer: A Meta-analysis of Prospective Studies. JAMA. 2010;303(11):1077-1083

3. Messerer M, Wolk A. Sensitivity and specificity of self-reported use of dietary supplements. Eur J Clin Nutr 2004;58:1669–71. PubMed PMID: 15226758

4. Stolzenberg-Solomon RZ, Chang SC, Leitzmann MF, et al. Folate intake, alcohol use, and postmenopausal breast cancer risk in the Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Cancer Screening Trial. Am J Clin Nutr 2006;83:895–904. PubMed PMID: 16600944. (Texte complet gratuit disponible)

5. Ishitani K, Lin J, Manson JE, Buring JE, Zhang SM. A prospective study of multivitamin supplement use and risk of breast cancer. Am J Epidemiol 2008;167:1197–206.

6. Zhang S, Hunter DJ, Hankinson SE, et al. A prospective study of folate intake and the risk of breast cancer. JAMA 1999;281:1632–7. PMID: 10235158

7. Pocobelli G, Peters U, Kristal AR, White E. Use of supplements of multivitamins, vitamin C, and vitamin E in relation to mortality. Am J Epidemiol. 2009 Aug 15;170(4):472-83. Epub 2009 Jul 13. PubMed PMID: 19596711; PubMed Central PMCID: PMC2727181.

8. Goh YI, Bollano E, Einarson TR, Koren G. Prenatal multivitamin supplementation and rates of congenital anomalies: a meta-analysis. J Obstet Gynaecol Can. 2006 Aug;28(8):680-9. Review. PubMed PMID: 17022907.

9. 6 (mauvaises) raisons de ne pas prendre de compléments alimentaires. LaNutrition.fr, le 19/05/2008 http://www.lanutrition.fr/6-(mauvaises)-raisons-de-ne-pas-prendre-de-compléments-alimentaires-a-2543-.html

10. Tout savoir sur les vitamines. http://www.lanutrition.fr/Tout-savoir-sur-les-vitamines-d-338.html

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Classé sous: CancersVitamines et minéraux

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  1. Oeuvrant dans le domaine des PSN depuis 30 ans , ça fait déjà plusieurs années que je ne prend plus de multivitamines et minéraux combinés tout en un, Mes raisons: trop d e composantes en même temps et en trop petites quantités, la plupart indigestes , même si enzymes ajoutés, trop grosse pilule (qui a failli m’occire une fois par étouffement) et surtout , surtout: beaucoup de substances(surtout les B et le Zinc sont de source synthétique, parfois douteuse et peu assimilables.
    J’aime mieux en prendre sous forme isolée: les B de la levure de bière vivante par ex ou zinc dans les graines de citrouille, calcium de la coquille d’oeuf ou corail, oligos des algues etc…Qu’en pensez-vous, grand spécialiste des compléments aux effets parfois paradoxaux ?
    En cette veille de Pâques estivale, soyez béni, grand éclaireur sur le chemin de la santé, Dionne de Dieu!

    [Répondre]

    JYD répond:

    Bonjour Anny
    Un tel message me touche droit au coeur. Merci beaucoup.
    D’ailleurs, concernant l’usage de vitamines et autres suppléments, Vous avez tout à fait raison : D’abord l’aliment. (pour le calcium, par contre, le corail n’est pas un bon choix).
    Je suis personnellement en réflexion sur l’indication des vitamines pour tous.
    Dans les cas de stress élevé, de prise de médicaments, de vie sur la route, pour les populations à risque (âgées, diabète, etc.), l’usage des multivitamines, dans ma vision, ne fait pas de doute.
    Par contre, pour ceux qui n’ont pas de facteurs de risque, alors… je me questionne. Il y a beaucoup de controverses et les effets ne sont pas très clairs.
    Par contre… je prends toujours ma multi… 5 à 6 jours sur 7.
    Au plaisir!
    JYD

    [Répondre]

  2. Marie-Hélène Vaillant dit :

    Bonjour M. Dionne!

    J’ai bien cherché sur vos posts mais je n’ai rien trouvé à propos des petites questions que je me pose sur les multivitamines… Je prends une multivitamines disons 2 jours sur 3, je crois comme vous que c’est la bonne solution… Mes propres comparatifs des vitamines et lectures sur le sujet m’ont amenée à croire que, comme vous le dites, il n’est pas nécessaire d’opter pour la multivitamines la plus chère. Effectivement, il semble que la concentration des vitamines/minéraux dans les multi n’ait rien à voir avec le prix. Là où je suis embêtée, c’est que certains prétendent que certaines multi (plus chères souvent) valent mieux que d’autres à cause de leur biodisponibilité. Autrement dit: elle est plus chère et contient moins de la vitamine X, mais en bout de ligne tu assimileras plus de X qu’avec une multi « cheap ». Qu’en pensez-vous? La fameuse biodisponibilité, est-ce un problème avec les marques maison des pharmacies, moins chères?

    Les multi plus chères viennent aussi généralement avec un concept « 2,3,4… par jour », sous prétexte qu’on assimile mieux des petites doses à la fois… Bien sûr cela ne fait que multiplier les coûts, chaque comprimé étant à la base plus cher avec ce genre de marques… C’est vrai cette histoire ou c’est un autre prétexte pour allonger la facture?

    Autre sujet qui me préoccupe: la liste longue comme la Bible d’ingrédients non-médicaux aux noms imprononçables dans ces multi « cheap ». Manger bio à 100 % et consommer de la « laque d’aluminium jaune no. 6″…??? J’éprouve un vague malaise et je cherche une multi avec laquelle je peux dormir tranquille sur ce plan!

    [Répondre]

    JYD répond:

    Bonjour Marie-Hélène
    Votre « vague malaise » est tout à fait sain. C’est beaucoup plus dans les ingrédients non médicinaux qu’on reconnait un produit de qualité. Vous avez aussi raison, les plus chères ne sont pas les meilleures. Je donne 2 trucs pour trouver une bonne multi. (à ces 2 trucs, ajoutez « limiter les ingrédients non médicinaux étranges »)
    1- regarder le magnésium : choisir un sel de magnésium qui n’est pas de l’oxyde. L’oxyde de magnésium est le moins cher et probablement le moins bien assimilé. Si vous voyez sur l’étiquette une série de sels de magnésium qui se termine par oxyde, considérez qu’il s’agit surtout d’oxyde et des poussières des autres.
    2- regarder l’acide folique. Le dosage quotidien devrait se situer entre 400 et 800mcg (max 1 000 mcg ou 1mg). Plus n’est pas utile et moins que 400 mcg est insuffisant. Dans les produit très haut de gamme, vous verrez peut-être une autre forme nommé tétra hydro folate. C’est mieux, mais beaucoup plus cher, et je ne sais pas si c’est si utile que ça en prévention. En thérapeutique, oui.

    Je privilégie les formules à plusieurs comprimés par jour. L’idée est de doser selon votre état. Par contre, je ne suis pas un partisan des microdoses pour autant. Par exemple, j’aime bien une multi qui me fournit un complexe B 25mg ou 50mg. Plus n’est pas nécessaire, mais des dosages thérapeutiques de vitamines B sont utiles pour le stress et l’épuisement.
    Règle générale, les compagnies qui basent leur marketing sur la biodisponibilité n’ont pas fait beaucoup plus que leurs compétiteurs pour vous assurer l’absorption du produit. Ils comparent leur produit à des produits massmarket (Centrum, etc.). Vous trouverez au moins aussi bien sur les tablettes des boutiques.
    Les marques maison sont des copies des produits massmarket. À éviter.
    Question budget : une mutli haut de gamme ne devrait pas couter plus que 35$ par mois. Normalement, une bonne coutera aux environ de 25$/mois
    Santé!

    [Répondre]

    Marie-Hélène Vaillant répond:

    Merci beaucoup pour vos éclaircissements rapides! Très instructif. À propos des marques maison, j’avais été confondue par un de vos articles sur la vitamine D, dans les commentaires duquel vous répondiez à un lecteur quelque chose comme : « Avez-vous remarqué que les humbles marques maison des pharmacies arrivent toutes avec un gros + [dans l'enquête du Protégez-vous] à un prix abordable? Cela confirme ce que je disais: prendre la moins chère. » Je pensais donc que vous préconisiez les marques maison. Votre réponse d’aujourd’hui m’éclaire beaucoup! Je pars à la recherche de quelque chose de mieux. MERCI!

    [Répondre]

    JYD répond:

    Bonjour Marie-Hélène,
    Vous avez raison d’être confondue… Il y a contradiction apparente.
    La vitamine D est une molécule simple qu’on met dans un comprimé simple (ou capsule ou huile). Pas grande technologie là. Les études que j’ai consultées montre que l’absorption d’une forme ou l’autre de vitamine D3 est similaire.
    Par contre, une multivitamine est un produit complexe avec des dizaines d’ingrédients pas tous compatibles. Il faut un savoir-faire pour produire un comprimé efficace et bien absorbé.
    C’est pourquoi, dans le cas des multivitamines, je préfère vous orienter loin des produits de masse. Pour la vitamine D, c’est blanc bonnet, bonnet blanc.
    Santé!

    [Répondre]

  3. woolfgang dit :

    Bonjour Mr,
    que pensez-vous des dires de la revue LaNutrition quand elle explique la toxicité du fer, du manganèse et du manganèse des multivitamines pour le corps. Ces trois éléments sont absents dans la Daily3

    Charles

    [Répondre]

    JYD répond:

    Bonjour Charles
    Si vous parlez de Lanutrition.fr, le site de Thierry Souccar, alors c’est une bonne source d’information. Lui et son équipe sont très bien informés des « dessous » de l’industrie alimentaire. Le fer, pour un homme, ne devrait être pris que si vous êtes anémique.
    Santé!

    [Répondre]

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