banner ad
Imprimer cet article

Le ginkgo, à quoi ça sert ?

La dernière étude à grand déploiement sur le ginkgo biloba vient tout juste d’être publiée. Vous vous y attendez peut-être, elle nous apporte des résultats négatifs. Pourtant, même à mon œil critique, elle est bien faite. Cette publication, comme la très grande majorité des études à grand budget effectuées sur de longues périodes, nous livre plus de questions que de réponses.

Pour cette étude (1), les chercheurs ont enrôlé 3069 Américains et Américaines autonomes âgés entre 72 et 96 ans. Les volontaires ont été suivis durant 6,1 ans en moyenne. Le but de l’étude était de déterminer si le ginkgo peut ralentir le développement du déclin cognitif et d’autres paramètres associés aux démences séniles et aux pertes de capacités. 1545 personnes ont reçu l’extrait de ginkgo le plus étudié, le EGb 761 à une dose de 240mg (120mg, 2 fois par jour), et 1524 ont reçu un placebo d’aspect identique.

Résultats: selon les divers tests, il n’y a eu aucune différence entre les deux groupes. Cet extrait de ginkgo, dans ce groupe, à cette dose, n’a pas eu d’effet préventif.

On peut se demander si l’extrait a amélioré la mémoire sans changer la vitesse du déclin… Le même groupe a publié, en 2008, leurs résultats à ce sujet.(2) Eh bien non, dans ce groupe de personnes âgées américaines, cet extrait de ginkgo (EGb761) à cette dose (240mg par jour) n’a pas modifié l’apparition de démences et autres maladies de type Alzheimer.

Une revue systématique effectuée par la collaboration Cochrane a révisé les principales études sur le ginkgo pour en arriver aux mêmes conclusions. L’efficacité, si existante, n’est pas convaincante. Seul bon point, ici comme dans les 2 autres études, le ginkgo est très sécuritaire. Son profil d’effets secondaires est similaire à celui du placebo.(3)

Pourtant, lors d’autres études bien faites, le même extrait a donné des résultats probants…(4)

Que penser de tout ça?

Le ginkgo est un antioxydant puissant. C’est également un vasodilatateur. Il est utilisé avec succès dans les problèmes de circulation périphérique comme la claudication intermittente (les personnes atteintes ne peuvent marcher qu’une courte distance avant d’être prises de douleurs et de devoir s’asseoir pour attendre que ça passe. On la nomme aussi maladie artérielle périphérique). Alors, est-ce que le ginkgo pourrait être efficace uniquement dans les cas où la démence est d’origine vasculaire? Peut-être… Il faudrait une autre étude…

Est-ce que l’étude (1) souffre d’un biais? Il est bien connu que les études de longue durée souffrent d’un biais particulier: après un certain temps, les participants devinent s’ils reçoivent le produit thérapeutique ou le placebo. Ainsi, quelques mois après le début de l’étude, lorsqu’une personne recevant le placebo le découvre, elle a tendance à s’autotraiter (les participants font évidemment passer leur propre santé avant le protocole d’une étude!). Donc, il est parfaitement plausible que le groupe thérapeutique ait été comparé, finalement, à un autre groupe thérapeutique, ce qui enlèverait toute validité aux résultats. Peut-on affirmer que c’est ce qui s’est passé dans cette étude? Non, nous n’en saurons jamais rien. Il faut simplement garder le doute. Je trouve quand même curieux de voir cette lourde tendance de très grandes études à long terme et très grands budgets arriver à des conclusions négatives sur des produits utilisés depuis si longtemps…

Petit détail curieux dans cette étude: l’âge des volontaires. On sait que le développement de la maladie d’Alzheimer et des démences séniles commence longtemps avant le diagnostic ou même les premiers symptômes. Alors que notre cohorte a un âge moyen dans les 80, ne peut-on présumer que le dommage est déjà fait? Que les participants des deux groupes ont déjà des plaques amyloïdes bêta au cerveau? Dans quel cas, le ginkgo pourrait-il être inefficace pour contrer la progression, mais efficace pour la prévention chez des plus jeunes?

Tant de questions non résolues.

JYD

Références:

1. Snitz BE, O’Meara ES, Carlson MC, Arnold AM, Ives DG, Rapp SR, Saxton J, Lopez OL, Dunn LO, Sink KM, DeKosky ST; Ginkgo Evaluation of Memory (GEM) Study Investigators. Ginkgo biloba for preventing cognitive decline in older adults: a randomized trial. JAMA. 2009 Dec 23;302(24):2663-70. PubMed PMID: 20040554.

2. DeKosky ST, Williamson JD, Fitzpatrick AL, Kronmal RA, Ives DG, Saxton JA, Lopez OL, Burke G, Carlson MC, Fried LP, Kuller LH, Robbins JA, Tracy RP, Woolard NF, Dunn L, Snitz BE, Nahin RL, Furberg CD; Ginkgo Evaluation of Memory (GEM) Study Investigators. Ginkgo biloba for prevention of dementia: a randomized controlled trial. JAMA. 2008 Nov 19;300(19):2253-62. Erratum in: JAMA. 2008 Dec 17;300(23):2730. PubMed PMID: 19017911.

3. Birks J, Grimley Evans J. Ginkgo biloba for cognitive impairment and dementia. Cochrane Database Syst Rev. 2009 Jan 21;(1):CD003120. Review. PubMed PMID: 19160216.

4. Mix JA, Crews WD Jr. A double-blind, placebo-controlled, randomized trial of Ginkgo biloba extract EGb 761 in a sample of cognitively intact older adults: neuropsychological findings. Hum Psychopharmacol. 2002 Aug;17(6):267-77. PubMed PMID: 12404671.

Popularity: 14% [?]

Classé sous: Plantes

Mots-clefs:

RSSCommentaires (2)

Inscrire un commentaire | Trackback URL

  1. Lefebvre Hélène dit :

    Bonjour,

    C’est toujours avec grand plaisir que je lis vos articles sur des sujets de santé, d’actualité.
    Beaucoup de bon sens, de lucidité, ce qui semble faire défaut à beaucoup de personnes actuellement.
    Pas de critiques gratuites, mais toujours bien argumentées.
    Un vent de folie semble actuellement souffler sur tout ce qui touche, non pas notre santé, mais surtout nos “éventuelles maladies”… et les gens gobent tout et n’importe quoi (au sens propre comme au sens figuré).
    Donc, il faut garder plus que jamais notre esprit critique et éclairé à la fois !
    Très bonne année et merci pour vos articles.

    Hélène… from France !

    [Répondre]

  2. Rachel McGraw dit :

    J’ai pris pendant quelques années du Ginko Biloba. Je ne sais pas si cela a amélioré mes facultés intellectuelletes mais depuis je n’ai plus le mal de transport et je peux lire en auto, quelquechose que je n’avais jamais pu faire auparavant. Donc pour moi,cela a valu cet effet positif. Cependant j’avais commencé à faire de l’acouphène et c’est la raison pourquoi j’ai arrêté d’en prendre. Il faut écouter son corps très attentivement… lorsque l’on prend des médicaments naturels….

    [Répondre]

Inscrire un commentaire

  • Jean-Yves à la radio de Radio-Canada
    Tous les mercredis après-midi, écoutez ma chronique à "L'après-midi porte conseil"!
  • Envoyer cette page à un(e) ami(e)