La santé, de la tête aux pieds

Je vous partage aujourd’hui un article intéressant qui traite de la posture, un aspect important de la santé. Cet article a été écrit par un ostéopathe, posturologue, et éducateur, Mathieu Boulé (http://matboule.com/). Bonne lecture! Jean-Yves

Pour plusieurs, la santé, ça se joue dans l’assiette et dans la tête. Et c’est bien vrai qu’une bonne alimentation et des pensées positives sont des éléments clé d’une bonne santé.

Il ne faudrait cependant pas oublier les espadrilles! Tous sont d’accord que la pratique régulière d’un sport est importante pour le corps humain et son bon fonctionnement. Mais qu’en est-il lorsque la pratique d’une activité physique gêne ou crée des dérangements?

Et si, pour certains, il est difficile de se donner à une activité physique sans éviter des tensions musculaires désagréables, pour d’autres, le simple fait de tenir debout est périlleux.

Tenir debout, en effet, c’est du sport. On sait que la station debout crée une demande énergétique qui contribue à une augmentation de la tension artérielle et des fréquences cardiaques[1].

Est-ce possible alors que cet acte moteur obligé soit plus difficile pour certains que pour d’autres? Eh bien oui. Ça dépend de deux organes bien particuliers qui sont responsables de la position érigée.

Bon pied, bon œil

C’est dès le début du 20e siècle que Charles Bell (1774-1842), chirurgien et neurologue, se pose la question suivante: comment l’être humain peut-il tenir debout et comment peut-il gérer son corps contre le vent qui souffle?

En 2017, on sait que ce sont surtout les pieds et les yeux qui gèrent la position du corps dans l’espace.

On peut comparer le corps humain à une voiture, le temps d’une explication simple sur le système dit postural. Une voiture a besoin de pneus bien balancés et d’un bon alignement pour fonctionner de manière optimale.

Et si les pneus d’une voiture, c’était les pieds chez l’être humain? On peut alors envisager qu’un déséquilibre d’appui plantaire peut mener à des compensations pour arriver à maintenir la tête au-dessus des épaules. Le but, il faut s’en rappeler, c’est de tenir debout.

C’est justement par le contact de la peau des pieds au sol que notre corps choisit sa stratégie posturale[2].

Maintenant, pour diriger la voiture, ça prend un volant! Et si le volant est incliné à droite ou à gauche, il faut compenser pour la garder sur la route. Le volant du corps humain, c’est le mouvement des yeux. Alors, quelqu’un qui louche, même un peu, doit compenser pour, par exemple, marcher droit! Plusieurs études font d’ailleurs état de cette relation entre les muscles oculaires, la posture et le mouvement[3].

Qui conduit ?

C’est le cerveau qui élabore une stratégie antigravitaire en intégrant les informations que les pieds et les yeux lui fournissent. Il utilise d’abord le système musculaire pour garantir notre position érigée, mais en cas extrême, c’est le système vestibulaire, situé dans l’oreille interne, qui doit intervenir.

Le système vestibulaire est sollicité, par exemple, en cas de chute. Il enregistre les variations positionnelles de la tête et commande aux muscles de se raidir pour nous garder sur nos pieds.

C’est efficace, mais toute sollicitation du système vestibulaire vient à un coût relativement élevé. C’est-à-dire que le système vestibulaire est directement branché sur le système nerveux sympathique, celui qui est responsable des dépenses énergétiques[4].

Question d’énergie

Le système postural, comme tous les systèmes, doit bel et bien carburer pour pouvoir fonctionner. Comme tout système physiologique, il vise à opérer au plus bas coût. En ce sens, toute activité de l’oreille interne pour stabiliser l’organisme vient à un coût plus élevé que nécessaire.

Voici la séquence des événements qui mène à une dépense énergétique exagérée: Déséquilibre postural ® Sollicitation du système vestibulaire ® Augmentation des dépenses d’énergie (activation du système nerveux sympathique)

La posture et la santé

Vous et moi, du matin au soir, allons braver cette force qu’est la gravité et tenir debout. La question est de savoir combien ça va coûter, car nos ressources énergétiques ne sont pas illimitées!

Lorsque ça coute trop cher, parce que les pieds et les yeux accusent des déficits, il peut y avoir des répercussions sur notre santé.

Est-ce qu’une mauvaise posture pourrait être en cause dans les cas de fatigue inexpliquée? Même si cette affirmation n’a pas été prouvée, il existe bel et bien des arguments physiologiques pour penser que oui.

Dans le cas d’un déséquilibre postural, la dépense énergétique supplémentaire nous amène à brûler davantage de glucose. Pour certains, ça pourrait expliquer l’occurrence de fatigues au cours de la journée.

Aussi, cette activation du système des dépenses d’énergie est susceptible de créer un manque relatif de ressources pour les autres systèmes qui sont peut-être moins essentiels pour la survie, mais tout de même importants pour une bonne qualité de vie.

En clinique, ce que je remarque, c’est que ce sont les fonctions dites exécutives (mémoire de travail, planification, raisonnement abstrait) qui semblent écoper lorsque l’organisme n’œuvre pas à son plein rendement.

En effet, il a été démontré que le stress affectait notre qualité de vie, et, tout particulièrement, les fonctions exécutives[5]. Le stress se présente sous trois formes pour l’être humain: biochimique, mental ou physique. Un manque d’énergie est donc un stress pour notre corps.

En posturologie, on peut d’ailleurs mesurer précisément si l’organisme améliore sa réponse au stress en quantifiant l’équilibre et la répartition du poids sur les pieds. Plus ces deux valeurs s’améliorent, moins il en coûte cher pour le corps de tenir debout. C’est à l’aide du Balance Tracking Systems[6] que l’on reconnaît le progrès du client et ces valeurs orientent nos interventions.

Mathieu Boulé

Autres articles sur la posture

Références

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/652391: The influence of body position on the autonomic nervous system

[2] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9831459: The plantar sole is a « dynamometric map » for human balance control

[3] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27695412: Eye Movements Affect Postural Control in Young Women and Older Females

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24715571: Vestibulo-sympathetic responses

[5] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24408441: Stress and decision making: neural correlates between stress, executive functions, and decision making under risk

[6] https://balancetrackingsystems.com

 

4 réflexions au sujet de « La santé, de la tête aux pieds »

  1. nicole gervais

    Merci pout cet article
    Et quelle synchronicité…
    Hier ma mère de 87 ans se plaint de baisse de vue et j’observe des pertes d’équilibre à la marche. Comme si ses pieds ne savaient pas ou se placer.
    Elle est en attente d’opération de cataracte et je réalise que à quel point l’attente devient dangereuse.
    Votre article me motive à pousser sur le système afin de prévenir l’ennemi des personnes âgées soit les chutes

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  2. Ruth

    Merci pour pour cet article….
    Je dois dire que j’ai eut des difficultés à me tenir debout….j’ai fait une neurotite en juillet dernier et on me suit encore pour ceci….j’ai fait bcp d’exercices et maintenant ça va bcp mieux…Il m’arrive qqes fois d’avoir des vertiges surtout en me penchant et vouloir me relever trop rapidement…j’ai trouvé ça très pénible et très long avant de redevenir à la normale!
    Dans ma jeunesse, j’ai fait partie de 2 corps de clairons, pas besoin de vs dire que des tenues debout sans bouger, on en a fait bcp…..je pense que pour cette raison, j’ai bcp de varices aux jambes….enfin je crois!

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