Des trésors cachés dans nos pelouses

C’est avec grand plaisir que je vous transmets ce second texte d’Anny Schneider, herboriste et conférencière. Elle vous offre aujourd’hui ses suggestions pour une pelouse en santé et, surtout, ses conseils pour utiliser votre pelouse pour améliorer votre santé et celle de vos proches:

Au lieu de vous fatiguer à couper votre gazon, ne le traitez plus jamais chimiquement, mais taillez-le sélectivement. Mieux encore, étudiez-le et servez-vous-en à bon escient, pour vous nourrir et vous soigner, hiver comme été!

Apprenez à cueillir au bon moment ces plantes qui sont autant des médicaments, d’ornements, de légumes et de salades, et qui renferment de précieux nutriments: antioxydants, enzymes, protéines, sucres, vitamines et minéraux… Souvenez-vous qu’une pelouse artificielle contient rarement plus de quatre plantes sélectionnées (souvent modifiées génétiquement), alors qu’une prairie sauvage héberge autour de quatre cents espèces qui se relayent joyeusement, saison après saison.

Sachez profiter abondamment de cette pharmacie du bon Dieu, trésor inespéré qui pousse et s’offre, tout près de chez vous, gratuitement, sous vos yeux, à vos pieds!

Photo: Suzanne Gaudette

Photo: Suzanne Gaudette

Achillée millefeuille (Achillea millefolium)

Cette chère Herbe à dindes combat les fièvres intenses et les chaleurs de ces dames, mais aussi les hémorragies de tous types, même utérines. On peut la boire en tisane (une sommité par tasse), froide de préférence, et même mettre ses feuilles écrasées dans les narines ou sur une plaie pour arrêter le sang. Au Québec, elle a sauvé des milliers de vies durant l’épidémie de grippe espagnole.

Bardane (Arctium lappa)

Les feuilles de bardane ou gracchia sont très amères, mais chauffées à la vapeur, elles font aboutir les abcès et désinfectent les plaies. La racine de première année (sans fleurs ni fruits), cueillie en automne, se mange comme un légume ou en bouillon et a un goût délicieux. Elle soigne aussi de l’intérieur, en décoction ou teinture mère, le diabète mineur et les problèmes de peau chroniques.

Brunelle (Prunella vulgaris)

Cette jolie petite fleur mauve violet fleurit une bonne partie de l’été. Elle soigne tous les types de maux de gorge, mais aussi les grippes et les maladies du système immunitaire déficient en général. Ses petites corolles s’ajoutent aux salades. Elle stimule le processus d’auto guérison et la volonté profonde de vaincre la maladie.

Chiendent (Agropyron repens)

On l’appelle la peste des jardiniers et pourtant les chiens l’adorent pour se purger, à juste titre, les intestins et le sang avec ses feuilles coupantes, mais agréablement sucrées et chargées de chlorophylle et de vitamine E et C. En décoctions répétées, les racines sont de puissants dissolvants des pierres aux reins et à la vésicule.

Lierre terrestre (Glecoma hederacea)

Ce couvre-sol très vivace au parfum camphré se boit bouilli (frais ou séché) en tisane contre le rhume, les allergies et toutes sortes d’inflammations, des intestins aux sinus. On peut même inspirer sa poudre séchée par le nez pour le déboucher et soulager certains maux de tête!

Millepertuis (Hypericum perforatum)

Cette grande plante garnie de petites fleurs en forme d’étoiles jaunes est réputée pour être un des meilleurs antidépresseurs modérés que la nature nous offre. On peut la cueillir dès la St-Jean et la boire en tisane (5 à 7 fleurs par tasse, 2-3 fois par jour) ou en faire une teinture mère pour l’hiver. Pour l’usage externe, faire macérer les boutons floraux dans l’huile d’olive, les filtrer au bout d’une lune. L’Huile de St-Jean ainsi obtenue constitue un bon remède de premiers soins contre les brûlures, névralgies, douleurs musculaires et même le zona.

Beau symbole des effets pro-sérénité de la nature, le millepertuis a été élu plante de l’année 2010 par la Guilde des herboristes et sera fêté dignement partout au Québec le dernier dimanche de juin, juste après la St-Jean!

Oxalide (Oxalis acetolosa)

Cette surette, trèfle acidulé, est très riche en vitamine C et en acide oxalique. On peut la manger en trempette ou l’ajouter aux salades, sans néanmoins exagérer à cause de sa teneur en acide oxalique. En usage externe, elle soigne les plaies infectées, et en concentré vinaigré, elle aide à clarifier le teint brouillé.

Plantain (Plantago major)

Vigoureuse plante à grosses feuilles rondes nervurées ou lancéolées (P. lanceolata) qui pousse dans presque dans tous les gazons et chemins de passage. C’est pour cela qu’on l’appelle le pas de l’homme blanc. (N.D.JYD: Le pas de l’homme blanc est le nom que donnaient et que donnent encore les Premières Nations à cette plante. Le plantain n’existait pas en Amérique avant l’arrivée de l’homme blanc. Ses graines étaient souvent présentes dans les poches de grains de blé ou autres. Comme le plantain est très vivace, dès que sa graine tombait au sol, elle y prenait racine. L’homme blanc parti, le plantain restait seul vestige du passage du conquérant.) Ses jeunes feuilles peuvent s’ajouter à une salade ou une soupe. Fraîchement écrasées, elles soulagent instantanément les piqûres d’insectes de tous types. En interne, elle adoucit les muqueuses, des poumons comme du côlon.

Pissenlit (Taraxacum officinale)

Les premières feuilles printanières de pissenlit constituent une excellente source de vitamines A et de minéraux (calcium, magnésium, fer) et la racine contient bonne quantité d’inuline et de potassium. Les fleurs, en salade, en tisane et même transformées en vin, soignent les problèmes de foie. La racine d’automne ou de printemps nettoie à merveille les reins. Son nom le dit, il est préférable d’éviter d’en boire le soir, sinon… (voir aussi Les dents-de-lion sont arrivées!)

Trèfle (Trifolium pratense)

La fleur de cette plante, la préférée des vaches, est un excellent diurétique, utile contre l’arthrite et un bon dépuratif sanguin. C’est aussi une source de phytoestrogènes et de protéines.

Violette (Viola odorata)

Cette jolie demoiselle violette, mais parfois blanche ou jaune (!), se mange telle quelle ou garnit joliment une salade. Elle se sèche facilement et se boit en tisane contre les maux de gorge et les infections pulmonaires. Ses feuilles soignent les maladies du sang et les déséquilibres immunitaires reliés à la lymphe. La racine est dépurative et vomitive à haute dose.

P.S. Ne cessez jamais de vous laisser épater par les merveilles du monde végétal!

ANNY Schneider, auteure de quatre livres, conférencière et consultante en herboristerie. Courriel: herbanny@videotron.ca ou encore sur repere.tv, la web-télé de M. Languirand, rubrique: Pendant que le loup n’y est pas

«Il est temps de revenir à la médecine simple et naturelle, celle qui a forgé les lignées robustes et les longues vieillesses sereines».

Dr. Madeuf 1834 La santé pour tous.

11 réflexions au sujet de « Des trésors cachés dans nos pelouses »

  1. hélène

    Bonsoir

    Ça serait intéressant d’avoir des photos des plantes mentionnées à portée de main, bien qu’on puisse les retrouver sur le web en faisant des recherches.
    Je tond une partie de « gazon/trèfle sans pesticide, ni engrais » si on peut le nommer ainsi et laisse une partie non tondue (environ 10 pi de diamètre)autour d’un gros érable. Il y pousse des marguerites, millepertuis, je pense, et toutes sortes de fleurs et d’herbes sauvages. Intéressant et ça fait quand même propre dans la cour.

    Votre article est vraiment intéressant.
    hélène

    Répondre
  2. Anny Schneider

    Merci Hélène!
    Vous faites bien de laisser pousser vos herbes folles,effectivement aussi productrices gratis d’oxygène et de tout le reste décrit ci-haut.
    Pour les photos, c’est M Dionne qui décide, mais ce sont des simples faciles à trouver sur le web ou n’importe quel bon livre de phyto, alors…
    Déjà, il fait un boulot monstre, à livrer un dossier étoffé chaque semaine, ce cher rare apothicaire qui honore les racines de sa profession, se tenant à jour sur la science naturelle et la partageant gracieusement , plutôt que de s’enrichir à coup de dérivés pétrochimiques …

    Répondre
    1. JYD Auteur de l’article

      Merci Mesdames Anny et Hélène
      Toujours heureux de partager, avec ou sans dérivé pétrolier… mon clavier a bien des touches en plastique.
      :-)
      Au plaisir et bon été!
      JYD

      Répondre
  3. SuzanneG

    Bonjour Jean-Yves,

    C’est un autre sujet qui me touche beaucoup. Pourquoi chercher à supprimer la biodiversité lorsqu’elle est si belle. D’où viens cette obsession d’avoir une pelouse d’herbe seulement?
    Mes voisins de part et d’autre font traiter leur pelouse, mais, honnêtement, je trouve que c’est la nôtre qui est la plus belle. Je t’ai fais parvenir 2 photos prises l’année dernière de belles fleurs qui poussent dans notre pelouse (note du webmestre: l’une de ces splendides photos a été incluse dans l’article, pour votre plaisir!). Que dire des oiseaux qui viennent plus souvent chez-nous, eux le savent que c’est plus santé chez-nous.
    J’ai été voir une conférence donnée par Hubert Reeves et un des messages qui a donné c’est que l’homme combat les herbes et les insectes avec des herbicides et pesticides mais s’il gagne, il sera en fait un grand perdant!

    Salutations,

    Suzanne

    Répondre
  4. Gigabmi

    Bonjour,

    Le Millepertuis est conseillé (entre autre) lorsqu’il y a baisse de neurotransmetteur (sérotonine…).
    Hors, je lis que le Millepertuis ne peut pas être pris avec certains médicaments – dans mon cas le Lévothyrox -.
    Donc, n’est-il pas souhaitable de mentionner les contre-indications dans l’utilisation des plantes ?
    Merci de votre réponse… Cordialement.

    Répondre
    1. JYD Auteur de l’article

      Bonjoru Gigabmi,
      Il est tout à fait vrai que le millepertuis a beaucoup d’interactions médicamenteuses. À tel point qu’une compagnie d’herboristerie a mentionné sur son étiquette de teinture de millepertuis : ne pas consommer avec des médicaments de prescription.
      Par contre, l’article d’Anny Schneider ne fait qu’un survol des différentes plantes qui peuvent pousser dans la pelouse. Ce n’est pas un article de fond sur l’usage de chacune. Vous faites bien de nous en rappeler les limites.
      Dans le cas particulier de l’hormone thyroïdienne, l’interaction postulée est une extrapolation qui est loin d’être significative. Si le sujet vous intéresse, allez consulter le résumé de la recherche à ce sujet. Notez 2 choses sur cette publication:
      1- l’information sur le taux d’hormone TSH avant l’usage a été obtenu par téléphone. (connaissez-vous le taux de TSH que vous aviez il y a 3 mois ?)
      2- l’effet d’élévation de la TSH a été constaté (sic) sur seulement 4 personnes sur un total de 37. Donc, personne ne peut faire de lien entre la prise de millepertuis et le niveau de TSH.
      Comme quoi, ce n’est pas parce que c’est publié que c’est vrai.
      Santé!
      JYD

      Répondre
  5. Gigabmi

    Bonjour,

    Merci Jean-Yves pour votre réponse.

    Mais combien il est difficile de faire la part du pour et du contre dans tous les articles que nous pouvons lire sur un sujet !

    Répondre

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