Controverse: comment s’y retrouver?

Combien de fois, en feuilletant une revue ou en surfant sur Internet, êtes-vous tombé sur un article qui vous choque? Combien de fois êtes-vous resté perplexe, ne sachant plus vers qui vous tourner pour avoir l’heure juste?

Controverse, science, dogme et provocation

Dans le domaine de la santé et de l’alimentation, les thèses sont nombreuses et ne vont pas toutes dans le même sens. Toutes ne sont pas valides. De même, les divers écrits ont parfois pour but d’expliquer et d’éduquer, et parfois plutôt de susciter la controverse, de provoquer, voire d’endoctriner. Régulièrement, certains de mes lecteurs m’incitent à répondre à un article parce que les affirmations dudit article vont à l’encontre de leurs croyances et de ce que j’écris.

Controverse, science, dogme et provocationMalheureusement, je ne peux pas répondre à tous ces articles. Il faut du temps, de la recherche et une analyse des arguments de l’autre pour pondre un texte qui se tient. Ce texte sera lui-même polémique, et je devrai éventuellement répondre aux objections de l’auteur ou de ses partisans. Je l’ai fait quelques fois, mais comme le temps est limité, je dois choisir mes batailles et je considère que mon énergie est plus utile ailleurs.

Je vous propose donc une grille de lecture qui vous offre quelques pistes pour vous faire votre propre opinion sur les différentes sources d’«information» qui vont à l’encontre de vos valeurs, de votre instinct et/ou de vos connaissances.

Grille de lecture

Cette grille de lecture se base sur le chapitre Entrave au dialogue extrait de Réflexions: Éthique et culture religieuse de Benoît L’Hérault et Caroline Sirois.(1) On y aborde des mécanismes utilisés par plusieurs pour affirmer quelque chose sans vraiment le soutenir. Ces mécanismes ont aussi pour but d’empêcher la réplique, la discussion. L’objectif: ne pas laisser la chance à l’autre de se faire une opinion.

Vous voulez savoir si un article quelconque a une certaine crédibilité? Voici quelques éléments auxquels il faut porter attention.

Généralisation abusive

«Les produits naturels sont dangereux!»

«Les suppléments de vitamines causent le cancer.»

«Les antioxydants sont inefficaces et peuvent même causer des dommages.»

Ce procédé consiste à poser une conclusion générale à partir d’un point spécifique, sans avoir de preuves suffisantes. Dans les 3 exemples cités ci-haut, il est vrai que certains produits naturels peuvent avoir des effets secondaires, que quelques études sur le cancer ont montré une augmentation des cancers suite à la prise de certaines substances dans des groupes particuliers (bêta-carotène en supplément chez des fumeurs; vitamine E dans une étude sur les cancers de la tête et du cou, etc.), que les hautes doses de certaines substances antioxydantes n’ont pas livré l’efficacité attendue. Consultez à ce sujet :

Par contre, malgré le petit fond de vérité dans les 3 titres donnés en exemples, la généralisation n’a pas lieu d’être. Pourquoi cibler tous les produits naturels plutôt que ceux qui ont entrainé des effets indésirables? Pourquoi mettre tous les suppléments de vitamines dans le même panier au lieu de mentionner les produits et les études spécifiques? Pourquoi attaquer tous les antioxydants au lieu d’expliquer que le terme antioxydant ne veut pas dire grand chose si on ne connait pas la substance ni où elle agit?

Les attaques personnelles

On peut toujours s’en prendre au message, aux arguments. Par contre, lorsque c’est une personne qui est ciblée, l’argumentation devient émotionnelle, le jugement et l’indépendance d’esprit débarquent complètement et l’auteur y perd en crédibilité. C’est le principe des animateurs de radios poubelles qui s’en prennent à des personnalités publiques. Il parait que c’est bon pour la cote d’écoute, mais question crédibilité, on repassera.

L’appel au clan, aux autorités

Des experts affirment… Des chercheurs s’attendent à…

«Certains spécialistes redoutent même un déferlement d’effets secondaires dans les 20 prochaines années.» (voir: http://www.jydionne.com/la-melatonine-est-elle-dangereuse/)

Cette façon de supporter ses affirmations par des «fantômes» est monnaie courante dans le monde des approches alternatives et des produits naturels. Elle est aussi passablement fréquente dans le mauvais journalisme. Quand on affirme qu’une personne ou un groupe prétend quelque chose, notre référence doit être précise. Si on ne peut pas citer de source spécifique, mieux vaut soit affirmer soi-même et en prendre l’entière responsabilité, soit ne pas affirmer du tout!

Je mets dans le même sac tous ces articles qui, avec un ton paternaliste, nous disent quoi penser et quoi ne pas penser; tous ceux qui prétendent connaitre la vérité, peu importe le domaine, et ont la «générosité» de partager leur «sagesse» avec nous, pauvres lecteurs ignorants…

Argument d’autorité

Je le sais parce que je suis… [telle ou telle profession].

Ce n’est pas parce que quelqu’un est diplômé dans un domaine qu’il connait automatiquement les domaines connexes. La science va très vite; elle n’est pas immuable. Certaines connaissances, autrefois perçues comme étant absolues, sont considérées de nos jours comme des faussetés. La Terre était plate, le soleil tournait autour de la terre, etc. Ces dogmes ont valu à leurs opposants d’être opprimés, ou même martyrisés. Pourtant, aujourd’hui, quiconque croit encore à ces dogmes passe pour un attardé.

Il faut donc toujours se rappeler que certaines «vérités» d’aujourd’hui peuvent très bien devenir les faussetés de demain. Oui, la science évolue, n’en déplaise à d’aucuns!

Voici une citation d’Arthur Schopenhauer que j’aime particulièrement et qui résume très bien ce sujet: «Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence.»

Conclusion

Quand, à la lecture d’un texte ou lors d’une discussion, vous sentez que les idées défendues vont à l’encontre des vôtres, demandez-vous si:

  • L’argumentation est solide, elle ne relève pas de généralisations abusives
  • Le ton est correct et respectueux
  • Les arguments sont factuels et non personnels
  • Les références utilisées sont accessibles, ce ne sont pas des ouï-dire
  • Le but de l’article est d’informer et non de passer une opinion pour une vérité, de susciter la controverse

Gardez toujours une distance par rapport aux divers «experts». Certains font un effort pour expliquer et informer, mais d’autres n’ont que leur intérêt à défendre, leurs opinions ou leurs conflits d’intérêts.

Conservez un sens critique (même par rapport à mes articles), et gardez le sourire 😉

Santé!

Référence:

L’HÉRAULT, Benoît et SIROIS, Caroline. Réflexions : Éthique et culture religieuse : Manuel A, Montréal, Chenelière éduc., 2010, p.160-164 https://cheneliere.ca/6246-livre-reflexions-1er-cycle-1re-annee-.html

7 réflexions au sujet de « Controverse: comment s’y retrouver? »

  1. Jacques B. Boislève

    Merci Jean-Yves d’avoir abordé ce sujet, essentiel, et d’une manière à la fois pertinente et élégante.
    Quand je suis face à cette question de crédibilité d’un propos, je reviens aux six causes d’erreur de jugement qui m’ont été enseignées en philosophie :
    – l’inattention
    – la précipitation
    – la généralisation abusive
    – les préjugés
    – les sentiments passionnels
    – les fautes de logique
    Plus spécifiquement en matière de santé, j’essaie de voir s’il y a des intérêts idéologiques (= préjugés) d’un auteur qui milite pour un courant de pensée, et ses intérêts économiques si cela touche à quelque chose qui peut lui rapporter ou lui coûter. Et puis, bien sûr, s’il a la compétence pour affirmer ce qu’il affirme, ou la référence claire à une compétence reconnue.

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  2. Jean Marc Doyon

    Voici une citation d’Arthur Schopenhauer que j’aime particulièrement et qui résume très bien ce sujet: «Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence.

    Cette citation de Schopenhauer (1788-1860) m’apparaît aujourd’hui un peu , beaucoup dépasser … Cet homme a vécu au 19er siecle et sa citation était applicable à cette époque … Je ne crois pas qu’elle le soit encore aujourd’hui …. Nous vivons dans un monde gouverné par l’économie … La force de l’économie dans la pensée moderne est perçue comme étant la toute puissance …. À un point tel que notre écosystème planétaire est sérieusement en danger …. Entre une mesure économique et une mesure écologique le choix est malheureusement aujourd’hui prédéterminé … Toute vérité n’a plus à franchir trois étapes , mais une seule : Cette vérité est-elle MONNAYABLE ?? Si il s’avère qu’elle l’est , alors cette vérité sera fort probablement auréolée d’une reconnaissance …. Sinon elle sera « tablettée » et rejetée … C’est pourquoi , par exemple , la guerre entre Béchamps et Pasteur s’est soldée par une victoire de ce dernier , ses « idées » sur la vaccination étaient monnayables contrairement au véritable scientifique Béchamps qui disait : « Le microbe n’est rien , le terrain est tout ».

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    1. Jean-Yves Dionne Auteur de l’article

      Bonjour Jean-Marc
      Dépassée, peut-être. Mais on voit de plus en plus de concepts passer par le publique mais reniés par les autorités en place. Pensez par exemple, à l’intolérance au gluten. Honnie comme une hérésie, décriée comme une impossibilité si vous n’êtes pas céliaque. Les gens, M. tout le monde, qui souffrent d’une intolérance au gluten non célique doivent se battre. Ils sont ridiculisés dans les médias… Pourtant… La science prouve maintenant que cette intolérance est réelle chez environ 30% des gens, peut-être plus. http://gut.bmj.com/content/early/2016/07/21/gutjnl-2016-311964
      Donc, avant d’être acceptée, très souvent une réalité est refusée.
      Mais votre point est valide. Bien des « vérités » sont écrasées par les pouvoirs économiques simplement parce qu’elles vont à l’encontre de leur bénéfice immédiat.
      Santé!

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  3. C@t

    Bonjour,

    La citation d’Arthur Schopenhauer va comme un gant au Professeur Joyeux, français comme moi… Que pensez-vous du vaccin hexavalent contenant de l’aluminium ? Alors que le DTP suffisait amplement…
    Connaissez-vous le site belge « Initiative Citoyenne », son dernier billet : « Dites « au-revoir » à la science qui s’occupe de la sécurité des vaccins », est très inquiétant !

    Une de mes citations préférées est celle de Marguerite Yourcenar :
    « C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt ».

    Cdlt

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    1. Jean-Yves Dionne Auteur de l’article

      Bonjour Cdlt
      À chaque fois qu’on minimise le côté qui ne nous plait pas, on tombe dans l’erreur dangereuse. Minimiser les effets secondaires, minimiser les impacts écologiques, minimiser la toxicité de l’aluminium, etc.
      Un exemple de cette réduction de la logique qui mène à l’erreur : le soleil est un facteur de risque de certains cancers de peau. Donc il faut éviter le soleil. Les écrans solaires sont donc nos meilleurs outils.
      On oublie les bienfaits du soleil, de la vitamine D et surtout que le taux de survie au mélanome est fonction de l’ensoleillement… Bref, je suis absolument d’accord avec vous.
      Santé!

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  4. Seb

    Qui dit quoi, ou et à qui ?

    Je ne suis pas qui vous croyez que je suis, mais sans le savoir, vous irez faire croire aux autres le contraire de ce que je dis. Bienvenu dans le monde de la psychologie, publicité, attentat et procès inversé.

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