Bisphénol A… à Z

Bouteille de plastiqueEn septembre 2010, le Canada a été le premier pays à mettre le BPA (bisphénol A, un biphényle aromatique) sur la liste des substances toxiques et à l’interdire dans les biberons et produits pour enfants (voir La bonne nouvelle JYD).

Depuis cette date, plusieurs produits de plastique, notamment des bouteilles d’eau, sont maintenant vendus avec la mention «sans BPA».

Pourquoi mettre du BPA dans les plastiques?

Le BPA est utilisé comme agent plastifiant, c’est-à-dire qu’il aide à rendre le plastique plus flexible et lui confère les propriétés nécessaires à son usage. Sans agent plastifiant, les plastiques ne seraient que des résines inutilisables, cassantes et/ou collantes.

Le BPA entre dans la formation même des polymères qui constituent plusieurs plastiques. Un plastique est une répétition de la même structure qu’on appelle monomère. Lorsqu’on mélange certains monomères, comme le BPA et le phosgène, on obtient une réaction en chaîne qui crée le polymère connu sous le nom de polycarbonate et très utilisé dans la fabrication des bouteilles d’eau.(1)

Mais voilà, une fois la réaction terminée et le produit fini, le plastique peut encore laisser s’échapper de petites quantités de BPA. Le BPA est considéré comme un perturbateur hormonal ayant au-delà de 40 effets toxiques connus ou présumés chez l’animal ou chez l’homme.(2) Des chercheurs lient la concentration sanguine de BPA à de nombreuses conditions. J’ai d’ailleurs déjà écrit un billet à propos du lien entre le BPA et les allergies (voir Une cause d’allergies?). On associe aussi le BPA au durcissement des artères (3), à des troubles de la thyroïde (4), à l’infertilité masculine (4), à l’obésité (5), etc. (voir aussi Des perturbateurs hormonaux liés (officiellement) à l’infertilité masculine et Perturbateurs hormonaux… présents!)

Répondre à la demande

La demande de plastiques transparents aux propriétés nécessaires pour les produits de consommation n’a pas diminué depuis l’interdiction d’usage du BPA. Les industriels fabricants de plastiques étaient donc aux prises avec un problème de taille. Ils ne pouvaient pas se passer des plastiques comme les polycarbonates, mais ne pouvaient plus utiliser de BPA. Que faire alors? Ils ont trouvé un petit truc… un peu pervers. Ils ont effectivement éliminé le BPA dans la fabrication de plusieurs plastiques, ce qui plait aux consommateurs, mais… ils les ont remplacés…

C’est ici qu’entrent en scène les autres autres dérivés BP. En plus du bisphénol A, nous avons donc maintenant: (6)

  1. Bisphénol AB
  2. Bisphénol AF
  3. Bisphénol B
  4. Bisphénol BP
  5. Bisphénol C
  6. Bisphénol E
  7. Bisphénol F
  8. Bisphénol G
  9. Bisphénol M
  10. Bisphénol S
  11. Bisphénol P
  12. Bisphénol PH
  13. Bisphénol TMC
  14. Bisphénol Z

Chacun de ces dérivés peut être utilisé dans certains plastiques, notamment le BPS (7) utilisé dans l’époxy. De plus, ils peuvent tous avoir des effets toxiques tout aussi pervers que ceux du BPA et, tout comme le BPA, ils s’accumulent dans les tissus. Ainsi, nous avons des contenants en plastique qui portent la mention «sans BPA» ou «BPA Free», mais qui contiennent des ingrédients tout aussi toxiques. C’est bien la preuve, encore une fois, qu’on ne peut pas se fier aux grands industriels pour qui les parts de marché sont plus importantes que la santé de leurs clients.

Que faire pour ne pas s’empoisonner?

1-    Diminuez votre utilisation de contenants en plastique.

2-    Ne chauffez jamais des aliments ou de l’eau dans un contenant en plastique. La chaleur augmente la libération des agents plastifiants du plastique. Ces agents sont absorbés dans l’aliment et, par la suite, dans votre corps.

3-    Évitez de conserver des aliments gras dans des contenants en plastiques. Les gras solubilisent les plastifiants, ce qui augmente leur concentration dans l’aliment.

4-    Pour l’eau, préférez des bouteilles réutilisables en métal.

5-    Évitez d’acheter des aliments gras (comme les beurres de noix) dans des contenants en plastiques, même si ce sont des produits bios. Préférez des contenants en verre ou en métal.

6-    Les boîtes de conserve sont souvent enduites à l’intérieur d’un film plastique blanc. Ce dernier contient du BPA. Si l’aliment est particulièrement gras ou acide (comme les tomates en boîte), la concentration de BPA dans l’aliment est plus élevée. Préférez donc les boîtes de tomates et autres conserves ayant un intérieur galvanisé.

Avec de la vigilance, il est possible de réduire de façon significative notre exposition aux perturbateurs hormonaux.

Lectures suggérées en lien avec ce sujet: La vraie prévention du cancer du sein et Faut-il éliminer les plastiques?

 

Références:

  1. http://en.wikipedia.org/wiki/Bisphenol_A
  2. http://www.greenmedinfo.com/toxic-ingredient/bisphenol
  3. Lind PM, Lind L. Circulating levels of bisphenol A and phthalates are related  to carotid atherosclerosis in the elderly. Atherosclerosis. 2011 Sep;218(1):207-13. PubMed PMID: 21621210.
  4. Meeker JD, Calafat AM, Hauser R. Urinary bisphenol A concentrations in relation to serum thyroid and reproductive hormone levels in men from an infertility clinic. Environ Sci Technol. 2010 Feb 15;44(4):1458-63. PubMed PMID:  20030380; PubMed Central PMCID: PMC2823133.
  5. Carwile JL, Michels KB. Urinary bisphenol A and obesity: NHANES 2003-2006. Environ Res. 2011 Aug;111(6):825-30. Epub 2011 Jun 14. PubMed PMID: 21676388.
  6. http://www.greenmedinfo.com/blog/consumer-alert-bpa-free-goods-still-contain-toxic-bisphenol
  7. http://en.wikipedia.org/wiki/Bisphenol_S

Photo: Bodenseemann

19 réflexions au sujet de « Bisphénol A… à Z »

  1. Claude Gelinas

    Le plastique doit sortir de nos paniers d’épicerie et de nos cuisines!

    Il ne semble pas y avoir de demi-mesure possible, surtout lorsqu’on a des enfants. Ou encore, il faut tout garder au froid ce qui se trouve dans des contenants de plastique.

    C’est triste qu’on ne soit pas capables d’inventer quelque chose de mieux que le plastique pour livrer plusieurs liquides et aliments…

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  2. hélène

    Bonsoir JY

    Votre article est concis et dit bien ce que ça veut dire, mais ce n’est pas toujours évident à appliquer dans la vie de tous les jours. Un employé de l’eau vendue chez Tau et ailleurs de la compagnie « Bio-Pure » m’a affirmé que si le bidon de plastique n’est pas chauffé, et ne contient que de l’eau à la température de la pièce, il y a peu ou pas de chance que des BPA ou autres BPXX s’en dégagent, bref qu’il n’y aurait pas de risque. Est-ce possible ? L’eau en contenant d’aluminium, c’est bien beau, mais ce ne sont que de petites quantités à la fois et rien qui va dans les refroidisseurs. Y a-t-il des compagnies qui vendraient des contenants de 11 litres en verre ?

    Bon retour et merci d’être là !!!!!
    hélène

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    1. JYD Auteur de l’article

      Bonjour Hélène,
      Il est vrai que tant que l’eau n’est pas chaude ni exposée au soleil, la diffusion des plastifiants est minimale. Par contre, tout plastique vieillit et la diffusion augmente avec le temps. Donc, dans le meilleur des mondes, le verre est le meilleur choix. Mais ça casse :-)
      Santé!

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    2. Ta Hermine

      Bonjour,
      je suis étudiante, et je fais des recherches sur le PET des bouteilles plastiques.
      Je me demandais quels type de plastifiants sont contenus dans nos bouteilles d’eau traditionnelles.
      Et même, si il existait d’autres adjuvants à ce fameux PET.
      Ce sont des informations très difficiles à trouver ^^.

      Répondre
      1. Richard Bourret

        Pardonnez mon ignorance, mais qu’est-ce que le PET des bouteilles de plastique sur lequel vous faites des recherches? Les abréviations ne disent souvent pas grand-chose aux lecteurs qui ne sont pas des spécialistes.

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        1. Ta Hermine

          Ha oui en effet c’est le polyéthylène téréphtalate.
          Il constituerait bien 80-90 % de la bouteille.
          Ce qui m’intérèsse ce sont ces 10-20 % d’adjuvants et additifs plastifiants.
          En vu de votre article il semblerait que le BPA en faisait partie. Mais par quoi a t-il été remplacé aujourd’hui ?
          Merci de votre réponse.

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          1. JYD Auteur de l’article

            Bonjour Hermine,
            La question fondamentale est surtout : Comment fait-on les plastiques ? Ce sont des réactions de polymérisation de diverses molécules. Les BPA sont parmi ces molécules. Le problème vient du fait que peu importe la méthode ou les ingrédients de base, il restera de ces molécules de base pétrolières, potentiellement toxiques. Si les plastiques étaient des polymères stables et purifiés alors on ne parlerait pas des problèmes de toxicité. Mais la réalité est que ces polymères ne sont pas stables et vont donc relâcher de petits molécules comme les BPA et les phthalates en se décomposant. Ils se décomposent facilement à la lumière, à la chaleur ou simplement avec le temps. Donc, dans un monde idéal, pas de plastique. Mais nous vivons dans le monde réel, donc, le moins de plastique possible. En se disant que les plastiques rigides sont plus stables (donc potentiellement moins toxiques) que les plastiques souples.
            Santé!

  3. l_oiseau_rouge

    Intéressant! Dommage qu’il n’existe aucune réglementation pour obliger les fabricants à lister leurs ingrédients… Je m’interroge entre autres sur la soi-disant innocuité de certains produits Tupperware. Ils vendent entre autres la gamme Chof-É-Sert, en plastique solide mais avec un couvercle flexible, et ils affirment que ces contenants peuvent aller au micro-ondes sans problème… Je devrais peut-être m’informer davantage!

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  4. Suzanne

    Bonjour M. Dionne,

    J’ai acheté dernièrement une bouteille Nalgene fabriquée aux USA et ils certifient qu’il n’y a pas de BPA. Faut-il les croire ? Merci !

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  5. Richard Monaco

    C’est très inquiétant. Il n’y a pas si longtemps, on disait que les boîtes de conserve dégageaient plomb et autres substances toxiques. J’étais heureux de constater l’enduit de plastique. Et maintenant il faut rechercher les boîtes galvanisées. Sommes-nous vraiment certain de tout cela?

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  6. Michel

    Il est impératif que le consommateur porte réclamation dans son magasin d’alimentation. Malgré les mises en garde, on assiste de plus en plus au remplacement des contenants en verre, par des plastics, y compris les jus de fruit. Un scandale en soi ! Voir film « La grande invasion » ; BPA, Phtalates, PFOA, PFC constituent un véritable danger, nous sommes à l’aube d’une épidémie mondiale. Les politiques, séides des multinationales, dorment ainsi que les organismes chargés de notre sécurité alimentaires qui sont complices…

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  7. Ping : PharmaBlogue, De la véritable prévention

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